‹ Lettres; traduction augmentée de plus de 70 lettres et 400 fragments, d'après les autographes de la Sainte et les copies authentiques des Pères Carmes déchaussée qui se trouvent à la Bibliothèque Nationale de MadridChapitre 84 sur 255 · Le Père Gaspar de Salasar · texte numérisé non relu

Le Père Gaspar de Salasar

Père Recteur, lorsqu'il s'agit d'une chose où je crois voir la gloire de Dieu, la Compagnie de Jésus tout entière et le monde tout entier ne seraient pas capables de m'empècher d'y travailler.

J'ai ajouté que je n'avais eu aucune part dans cette affaire, et que je ne voulais pas, non plus, m'en mêler pour l'arrêter. Il m'a priée alors d'écrire, du moins, une lettre au Père Gaspar et de lui dire ce que je marque dans la lettre ci-jointe, c'est-à-dire qu'il ne peut exécuter son projet sans encourir l'excommunication. Je lui ai demandé si ce Père connaissait les Brefs. — Mieux que moi, a-t-i^ répondu. — J'ai répliqué : Eh bien ! moi, je suis certaine qu'il ne fera rien où il croira voir l'offense de Dieu. — Et il a ajouté : Peut-être à cause de la grande affection qu'il vous porte, pourrait-il se tromper et poursuivre son dessein. — Je lui ai donc envoyé une lettre par la même voie dont il s'est servi pour me transmettre celle-ci.

Voyez, mon Père, quelle simplicité ! J'ai compris clairement par certains indices qu'ils ont vu ma lettre; mais je ne le lui ai pas donné à comprendre. Je lui disais dans cette lettre de ne pas se fier à ses frères, car Joseph avait, lui aussi, des frères. Je savais bien, d'ailleurs, qu'on verrait ma lettre ; ce sont ses amis eux-mêmes qui ont dû dévoiler son dessein, et je n'en suis pas surprise, parce qu'ils en sont extrêmement mécontents. Ils doivent redouter que cet exemple soit suivi de beaucoup d'autres.

J'ai encore demandé au Père Recteur s'il n'y avait pas quelqu'un d'entre eux qui fût passé chez des religieux déchaussés. 11 m'a répondu que oui, chez les Franciscains; mais qu'où les avait tout d'abord chassés, et qu'ensuite, on leur avait donné cette permission. J'ai répliqué alors qu'ils pourraient encore faire cela; seulement, ils n'y sont pas disposés. Pour moi, je ne le suis pas pour conseiller

au Père Gaspar de ne plus poursuivre son dessein; je veux uniquement l'aviser, comme je le fais dans la lettre ci-incluse, et laisser le tout entre les mains de Dieu. Dans le cas où ce serait son œuvre, on y consentira. Supposé qu'on ne le veuille pas, comme je l'en préviens et comme me l'ont déclaré ceux que j'ai consultés, c'est évidemment que cela ne doit pas être. Ceux qui encouragent le Père Gaspar doivent s'appuyer sur le droit commun, ainsi que cet autre légiste qui me persuadait, lors de la fondation de Pastrana, que je pouvais recevoir une religieuse augustine; et cependant, il se trompait. Maintenant, le Pape donnera-t-il la permission ? je ne le crois pas ; parce qu'on fermera toutes les portes à ce Père.

Que Votre Paternité veuille bien prendre des informations et l'aviser qu'il me causerait beaucoup de peine, le [jour où il commettrait quelque offense contre Dieu. Mais il ne le fera pas, j'en suis sûre, dès qu'il viendra à le comprendre.

Je suis très préoccupée à son sujet. S'il reste chez eux, maintenant que son désir d'entrer chez nous est connu, il n'aura plus le même crédit qu'auparavant. S'il poursuit son dessein, il est tenu de se conformer au droit; sans quoi, c'est impossible. Je ne cesse de songer maintenant à ce que nous devons aux religieux de la Compagnie. Quant à nous nuire, je ne crois pas que Dieu le leur permette jamais pour un tel motif. D'un autre côté, ne pas recevoir ce Père chez nous, quand nous le pourrions, et cela par crainte de ses frères, c'est mal agir à son égard et mal payer son affection pour nous. Plaise à Dieu de tout diriger î Oui, Il dirigera cette affaire. Ce Père a dû, je le crains, se laisser influencer par les visions qu'il aura reçues dans l'oraison; il y ajoute trop de foi, m'a-t-on raconté. Bien souvent je le lui ai reproché; mais cela ne suffit pas.

LETTRE CCÍ. 1578. 1G FÉVRIER 181

Je suis encore préoccupée de ce que nos sœurs de Véas lui ont peut-être dit quelque chose à ce sujet. La Mère Catherine de Jésus montrait un ardent désir de l'attirer chez nous. Ce qu'il y a de bon, au moins, c'est qu'il est certainement un grand serviteur de Dieu. Il peut se tromper, mais il croit suivre la volonté de Notre-Seigneur, et Sa Majesté veillera sur lui. En attendant, il nous met dans le trouble. Et si je n'avais appris de Joseph1 ce que j'ai écrit à Votre Paternité, croyez bien que j'aurais employé tout mon pouvoir pour le dissuader de poursuivre son dessein. Et quoique je n'ajoute pas autant de foi que lui à ces visions, j'aurais beaucoup de peine à m'opposer à son projet. Que sais-je, moi! j'empêcherais peut-être par là un bien notable pour cette âme. Votre Paternité peut m'eu croire, il n'a pas, selon moi, l'esprit de là où il est; j'ai toujours pensé qu'il devait entrer chez nous.

Depuis que ce projet est en train, Arclapilla2 m'a écrit pour queje décide les corbeaux à s'adresser kJoa?iesz et à lui dire d'envoyer à Avila quelqu'un qui instruirait cette affaire. Supposé que cela puisse se réaliser sans moi, je serais très heureuse de ce conseil; mais j'y ai trouvé tant d'inconvénients que je me suis excusée de mon mieux auprès de lui. L'unique but & Ardapilla > je le vois, est de nous favoriser. Cependant, croyez-moi, si l'on n'attaque pas le mal dans sa racine, les choses, au point où elles en sont, ne peuvent s'arranger que par les mains de Paul. Que Dieu le fasse ! tel est mon plus grand désir. Je suis peinée de voir que je suis une pierre d'achoppement et une cause de souffrances pour tous. Je l'ai dit plusieurs fois, le remède ne serait-il pas de me jeter à la mer,

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