XXIV NOTICES
seulement, mais bien connue, de quelques amis délicats et difficiles, quelle œuvre et quel travail ! Je ne l'essaye pas. Je m'attache seulement à rassembler quelques souvenirs d'une fidèle amitié. Si quelqu'un s'occupe un jour de réunir, soit ses rares articles, soit quelques-unes de ses lettres (il était un correspondant très châtié), mon témoignage devra être consulté avec confiance. C'est le seul mérite qu'il puisse avoir.
M. Ximenès Doudan, mort à Paris, à l'âge de soixante et douze ans, avait fait ses études à Douai. 11 ne parlait guère de sa vie passée, non plus que de sa famille. Quand il fut près de mourir, il prononça le nom d'un frère qu'il avait encore et qui put arriver à temps, homme très honorable, qu'il voyait rarement et jamais chez lui. Il avait contribué largement à l'éducation de ses neveux. Tout cela, on ne l'a su que lorsqu'il n'était plus. Il ne s'en ouvrait jamais à personne. Il affectionnait un mot de la langue du xvii*^ siècle, qui rendait bien, selon lui, l'idée de discrétion dans les rapports de la société et de la famille ; je l'applique à Doudan lui-même : il était « secret », secret non pas seulement jusqu'à l'abnégation en ce qui touchait à sa personne, mais jusqu'à une rigueur qui nous eût privés, si on l'eût écouté, de toutes ces indiscrétions piquantes qui ont si souvent enrichi notre littérature épistolaire et charmé nos loisirs. La production des lettres intimes lui inspirait une sorte de colère, même si le temps avait passé sur elles, et il n'admettait pas qu'on appliquât à la célébrité des personnages considérables ce que Montesquieu avait dit de la liberté : « Si chère qu'elle soit, il faut bien en payer le prix! »
Sa vie, d'ailleurs, ne prêtait pas aux confidences. Elle avait été des plus simples, et il n'en était rien sorti pour le dehors, quoiqu'il se fût essayé avec succès dans la presse périodique, comme nous l'avons vu, par des articles non signés, consacrés en partie à des questions philosophiques, où il excellait. Quelques autres plus particulièrement littéraires, notamment en 1838, dans la Revue française (sur A. Dumas, Walter Scott, Villemain), avaient un moment