‹ LettresChapitre 4 sur 42 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

Il serait difficile, à qui n'en a pas été témoin, de se figurer la place occupée par M. Doudan dans la société qui fréquentait habituellement le salon du duc de Broglie. S'il n'en était pas l'âme, il était, à coup sûr, l'un de ses charmes les plus attirants. Ceuxlà mêmes qui n'ont fait que le traverser ont dû y remarquer, non sans curiosité, la physionomie singulièrement aimable et spirituelle de ce commensal si discret, mais si entouré^ dont les visiteurs les plus illustres s'appliquaient à rechercher l'entretien particulier. Rien dans sa figure n'indiquait un âge plutôt qu'un autre. On eût dit qu'il n'en avait point, tant il y avait à la fois de maturité et de jeunesse dans ses traits fins et réguliers qui rappelaient ceux d'Érasme avec lequel il ne lui déplaisait pas qu'on s'amusât à lui trouver certaines ressemblances. Son regard était doux et profond, le plus souvent bienveillant, bien qu'un sourire d'ironie involontaire courût sur ses lèvres chaque fois qu'il entendait exprimer une idée commune ou un sentiment affecté. Tout était tempéré dans sa personne. Cependant la discussion qu'il ne fuyait pas sans la provoquer jamais, sinon comme une joute entre de purs esprits, venait-elle à l'animer, la transformation était soudaine, et sa verve était incomparable. Combien de fois ne l'ai-je pas entendu croiser sans désavantage le fer de la conversation, en politique, avec M. Guizot et M. Duchûtel, en philosophie, avec M. Cousin ou M. de Rémusat, en littérature, avec M. Yillemain ou M. Saint-Marc Girardin ! Avec lui les paradoxes n'étaient pas de mise ;

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