INTRODUCTION. IX
épreuves à M. Doudan. Ainsi de beaucoup d'autres. Quelques-uns se débattaient en passant sous le laminoir ; mais il fallait plier , car, si l'opération était douloureuse, la machine était puissante, et rejetait impitoyablement toutes les scories. M. Doudan devenait indulgent pour qui n'avait pas regimbé contre ses remontrances. En véritable directeur de consciences littéraires, il était moins facile pour les peccadilles des autres casuistes, ses confrères, qui ne pouvaient, par dignité, faire appel à ses lumières. Ils redoutaient tous un peu sa sévérité, et c'était, par exemple, un spectacle assez divertissant de voir les appréhensions mal déguisées de M. Villemain, lorsque, après avoir mis au jour quelque nouvelle production, il rencontrait pour la première fois M. Doudan, qui, d'ailleurs, professait un goût infini pour sa personne et pour son talent d'écrivain.
M. Doudan n'ignorait pas quelle juste autorité on attachait, dans le cercle restreint mais distingué au milieu duquel il vivait, à ses appréciations des œuvres contemporaines. 11 en jouissait discrètement, comme il faisait de toutes choses. Non seulement sa modestie ne l'empêchait pas de se reconnaître juge excellent en littérature, mais il avait la prétention très fondée d'être un merveilleux éducateur des intelligences. Il se vantait d'être plus que personne habile à faire sortir d'un esprit tout ce qu'il était capable de produire. Il se donnait pour être, comme Socrate, un accoucheur d'idées. Il n'a pas seulement
prodigué les conseils autour de lui, il les a rédigés par
X IWTROûUCTIOiN.
écril. C'était tellement son inclination naturelle, son penchant inné, son don particulier, ou, comme on dirait aujourd'hui, sa faculté maîtresse d'étudier pour son compte et d'expliquer aux autres les règles éternelles du goût en matière de composition qu'il en a rédigé, sous forme de lettre, un petit traité d'abord uniquement destiné à la personne qui le lui avait demandé. Peu à peu, et sans s'en ouvrir à qui que ce soiL, il y a mis la dernière main. Cet ouvrage plusieurs fois remanié et prodigieusement condensé, a été le fruit des réflexions de toute sa vie et le travail de prédilection de ses dernières années. L'ordre d'idées danslequell'auteurse meut reste toujours d'une rare élévation. Les considérations qu'il développe s'enchaînent les unes aux autres par un lien subtil et continu qui ne se relâche un instant que pour faire place aux plus vifs mouvements de l'imagination et à des comparaisons charmantes qui sont comme les broderies de ce tissu solide. Si le public fait bon accueil à la présente publication, s'il prend goût aux allures de l'esprit dont les prémices lui sont aujourd'hui présentées, comment douter qu'on ne lui offre plus tard d'autres articles, d'autres lettres et particulièrement le petit traité que je viens de lui dénoncer? Ce ne sera pas, si je ne me trompe, un faible plaisir de curiosité pour lui de savoir comment les principes de la composition et du style ont été compris et exposés par quelqu'un qui a si bien possédé les règles de l'art d'écrire.
La personne distinguée qui a bien voulu me de-
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mander de mettre cette introduction en tête du livre dans lequel elle a rassemblé quelques-unes des œuvres éparses de notre commun ami me permettra de m'arrcter ici. J'ai, pour lui obéir, évoqué de préférence les témoignages des autres, sachant qu'ils valaient mieux que les miens, car je n'ignore pas que je suis suspect. L'affection pour ceux qui ne sont plus est sujette à des illusions involontaires, et la partialité envers la mémoire d'un esprit supérieur qui nous a honoré de sa particulière amitié pourrait bien n'être, après tout, qu'une forme déguisée de l'amourpropre. C'est pourquoi je conseille au public de s'en rapporter plutôt à mes confrères de^ l'Académie, M. de Sacy et M. Guvillier-Fleury. Tous deux ont connu, comme moi, M. Doudan, et tous deux sont, plus que moi, en état de l'apprécier.
c^^ d'haussonville.
Mal 187 G.