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XIV NOTICES

envier aux plus brillantes de ces conversations dont vous avez été souvent le témoin charmé. Pour deux ou trois amis que nous étions là, M. Doudan ^ déployait, avec cette fraîcheur de jeunesse que la maturité ternit toujours un peu, tout ce que vous avez-pu lui connaître de profondeur et de délicatesse d'esprit, de grâce et de séduction. Et quels étaient ces amis ? je n'en nommerai qu'un seul qui, après avoir été le fidèle et inséparable camarade de M. Doudan dans toutes les phases de sa vie, ne lui a survécu, hélas ! que de bien peu de mois, M. Saint-Marc Girardin.

Doudan, Saint-Marc Girardin ! Deux noms qui, tant qu'il plaira à Dieu de me conserver en ce monde où j'ai déjà tant vécu, resteront associés dans ma mémoire et dans mon cœur aux plus doux souvenirs de ma jeunesse. On s'aime plus tard, on s'aime toujours, lorsque l'on s'est véritablement aimé ; on ne s'aime pas comme on s'aime à vingt ans.

Si vous saviez, monsieur, combien nous étions peu préoccupés de ce qu'on appelle un avenir, une carrière, une fortune ! Le plus pauvre de nous tous, Doudan, nous surpassait encore en insouciance du lendemain. Logé comme je vous l'ai dit, nourri ordinairement au collège, vêtu d'une redingote de drap bleu à cgfllet de velours usé, sous laquelle son image me revient toujours à l'esprit, il n'avait pas plus tôt touché le mois de ses modestes appointements qu'il en achetait un des bons livres qui paraissaient à cette glorieuse et féconde époque. La joie éclatait alors sur son visage ; pendant huit jours, on ne lui aurait pas arraché pour un trésor son livre tout neuf. Les huit jours passés, il n'y tenait pas plus qu'à autre chose, et, si l'on avait l'effronterie de le lui demander, ce qui m'est arrivé plus d'une fois, il le donnait avec une facilité qui me confondait.

Cette insouciance de l'avenir trop naturelle à la jeunesse, si je la loue, c'est qu'en vérité la paresse, la dissipation, le plaisir n'y entraient pour rien. L'enjouement n'était que dans l'esprit. Puisque je parle de M. Doudan, permettez-

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