NOTICES. XV
moi (le ne le pas séparer d'amis qui ne faisaient qu'un avec lui ; tout était sérieux dans le fond de notre vie. Les soirées de la rue des Sept-Voies, quelques promenades au jardin du Luxembourg, de longues conversations politiques et littéraires en faisaient les plus vives distractions. C'était sous la Uestauralion, de 1820 à 1825 à peu près. J'ignore ce qui occupe les jeunes gens aux tristes heures actuelles; me voilà trop loin d'eux. S'ils se font encore de généreuses illusions, s'ils croient pour leur pays et pour eux-mêmes à un avenir de grandeur et de liberté salutaire, s'ils rêvent art, poésie, éloquence, ils y ont, je le reconnais de bon cœur, plus de mérite que nous. Tout respirait un air de progrès si naiurel et si sûr dans ces belles années de la Restauration ! M. Doudan était libéral, ai-je besoin de vous le dire ? Nous étions tous libéraux alors, non d'un libéralisme de clubs et de sociétés secrètes ; celui-là, dans notre candeur, nous le connaissions à peine ; nous aurions plutôt poussé la simplicité jusqu'à en nier l'existence ; le nôtre, nous le puisions à une source plus pure, à l'école des Royer-CoUard, des Broglie, des Foy, des Benjamin Constant et de tant d'autres dont les leçons ne sont que trop oubliées aujourd'hui. Sans être passionnés pour la Restauration, nous l'acceptions de bonne foi, ne lui demandant que d'accepter aussi sincèrement la Charte. Attacbés aux grands principes de la Révolution, nous en repoussions les excès et les crimes sans prévoir, hélas! qu'ils pussent jamais se renouveler. L'ère des violences nous paraissait à jamais fermée. M. Doudan faisait partie avec nous d'une conférence politique à laquelle nous avions donné le nom rassurant de conférence Montesquieu, et où M. Duchûtel, de même âge que nous, parlait déjà en ministre. Nous avions une tribune; je ne me souviens pas d'y avoir vu monter M. Doudan, qui n'en exerçait pas moins sur nous cette influence d'un esprit aimable et supérieur à laquelle rien ne résiste.
Une fois, une seule fois, un vrai révolutionnaire, un rouge, comme on dirait aujourd'hui, s'introduisit, je ne sais com-