‹ letude sur l'art de parler en publicChapitre 11 sur 45 · DETERMINATION DU SUJET ET CONCEPTION DE L IDEE DU DISCOURS · texte numérisé non relu

DETERMINATION DU SUJET ET CONCEPTION DE L IDEE DU DISCOURS

Celui qui veut parler en public doit, avant tout, voir nettement sur quoi il doit parler, et bien concevoir, ce qu'il doit dire. La détermination précise du sujet et l'idée du discours, tels sont les deux premiers moments de la préparation.

Il n'est pas si facile qu'on le croit de savoir sur quoi l'on doit parler. Au moins beaucoup d'orateurs semblent l'ignorer ou l'oublier dans le courant de leur discours ; car il leur arrive parfois de parler de toutes choses, excepté de celles qui se rapporteraient le mieux à la circonstance.

Cette détermination exacte du sujet est encore plus nécessaire quand on improvise; car là il y a beaucoup plus de chances de divaguer. La parole n'étant point maintenue par la mémoire ni par des notes, l'esprit est plus exposé aux influences du moment, et il ne faut que le manque ou l'inexactitude d'un mot, l'entraînement d'une pensée étrangère, une distraction, pour le faire •dévier do son sujet, et

se jeter dans un chemin de traverse qui l'éloigné du but. Ajoutez; à cela la nécessité de continuer, quand une fois on a commencé à parler, parce qu'on ne peut s'arrêter sans embarras ni reculer sans honte.

Donc , pour mener et maintenir ferme la marche

du discours, il faut bien savoir d'où l'on part etoù il

faut aller, et ne jamais perdre de vue le point de départ ni ïe terme. Mais pour cela on doit avoir mesuré la voie d'avance et planté les jalons principaux. Autrement, on risque de s'égarer en chemin, et alors, ou l'on n'arrive pas, même après beaucoup de fatigues, ce qui produit des discours interminables qui ne mènent à rien; ou , si l'on arrive enfin au terme, c'est après une infinité de détours et de circuits qui ont lassé l'auditeur autant que l'orateur sans fruit ni plaisir pour personne.

La détermination du sujet ne doit pas seulement fixer le point sur lequel on doit parler, mais encore le rayonnement de ce point, et la circonférence qu'il produira. Le cercle, évidemment, peut s'étendre plus ou moins loin ; et comme tout se tient dans le monde des idées encore plus que dans le monde des corps, et qu'en définitive tout est dans tout, on peut parler ' de tout à propos de chaque chose, et c'est ce qui arrive trop souvent à ceux qui improvisent.

Alors le discours mène l'esprit et non l'esprit le discours. C'est une barque qui s'en va à la dérive faute d'être gouvernée, et celui qui est dedans, incapable de la conduire, s'abandonne au courant du '-'

fleuve, au risque de chavirer contre le premier écueil, et ne sachant pas où il abordera.

Il est donc sage de ne pas commencer à parler sans avoir, au moins par une vue rapide d'ensemble, si l'on n'a pas le temps de préparer un plan, arrête la ligne principale du discours et ébauché jdans son esprit une esquisse qui en fixe les traits les plus saillants. Ici, les préceptes ne servent pas à grand' chose : il faut du bon sens, du tact et une intelligence nette et vive, afin de saisir justement le point en question et s'y tenir , et pour cela rien n'est plus utile que de le formuler aussitôt par un mot, par une proposition, qui réduisent le sujet à son expression la plus simple et en déterminent les proportions.

Une question bien posée est à demi résolue. De même un sujet bien arrêté se laisse traiter plus aisément et facilite singulièrement le discours. Du reste, la position, les circonstances, la nature du sujet, y font beaucoup. Il y a des cas où le sujet se détermine tout seul par la nécessité de la situation et la force des choses. Cela devient plus embarrassant quand l'orateur en reste le maître, comme dans l'enseignement, où il peut distribuer sa matière à son gré et faire la part de chaque leçon. Dans tous les cas, et de quelque manière qu'il s'y prenne, il faut que chaque discours ait son unité et constitue un ensemble, afin que l'auditeur embrasse dans son entendement ce qui lui a été dit, le conçoive à sa manière, et puisse le reproduire au besoin.

Mais la vue générale du sujet et la formule qui le

Page 1