‹ letude sur l'art de parler en publicChapitre 12 sur 45 · ET CONCEPTION DE L'IDÉE · texte numérisé non relu

ET CONCEPTION DE L'IDÉE

précise ne suffisent pas; il faut encore en avoir Vidée, l'idée vivante, l'idée mère, qui est la source de la vie du discours, et sans laquelle la parole ne sera qu'unjs lettre morte.

Qu'est-ce que cette idée mère, et comment l'obtenir ?

Dans le monde physique tout ce qui a vie sort d'un -^ germe, et ce germe contenu préalablement daus une autre exisleuce déjà vivante y prend vie lui-même, et pour son compte, par la fécondation. Fécondé, il sort de son centre; punctum salicns, il rayonne et tend à se développer en raison de la vie primordiale qu'il porte en lai cl de la nourriture qu'il reçoit, et par son évolution graduelle il forme son organisme et constitue son existence, son individualité, son corps.

Il en va de même dans le monde intellectuel et pour tout ce qui se produit dans notre esprit, et par notre esprit au dehors de lui par le langage et le discours. Il y a dans notre entendement des germes d'existences intelligibles, et quand ils sont excités par l'esprit qui leur est analogue, ils prennent vie, se développent, s'organisent d'abord au sein môme de l'entendement, qui en est la matrice, et ensuite passant dans le monde extérieur par la parole qui leur donne un corps, ils s'y incarnent pour ainsi dire, et forment aussi des productions vivantes, et qui ont plus ou moins de vie en raison du germe fécondé, de l'entendement qui l'enfante, et de l'esprit qui le vivitie.

A tout discours, s'il est vivant, il va une idée mère '(

OU un germe fécond, et toutes les parties du discours sont comme les organes principaux et les membres d'un corps animé. Les propositions, les phrases et les mots ressemblent à ces organes secondaires qui lient les principaux, comme les nerfs, les muscles, les vaisseaux, les membranes et la peau, et les attachant l'un à l'autre les rendent solidaires pour la vie et pour la mort. Puis au milieu de cette masse animée et organisée, il y a l'esprit de vie, qui est dans le sang, qui se répand partout avec le sang, depuis le cœur, centre de la vie, jusqu'à-l'épiderme. Ainsi dans l'éloquence il y a l'esprit de la parole, l'âme de l'orateur inspirée par le sujet, son intelligence éclairée par la lumière spirituelle, qui circule à travers tout le corps du discours et y verse la clarté, la chaleur et la vie. Un discours sans une idée mère est un ruisseau sans source, une plante sans racine , un corps sans âme; ce sont des phrases vides, des sons qui frappent l'air, une cymbale retentissante.

Toutefois, qu'on ne s'y trompe pas, si nous disons qu'il faut au discours une idée mère, nous ne prétendons point que cette idée soit une idée nouvelle, qui n'ait encore été conçue ni développée par personne. S'il en était ainsi, il n'y aurait plus d'orateur possible, puisque déjà du temps de Salomon il n'y avait rien de nouveau sous le soleil, et que le cycle du temps ramène toujours les mêmes choses sous d'autres formes.

Il n'est donc pas probable qu'il y ait de nos jours beaucoup plus d'idées vraiment nouvelles qu'à l'é-

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