‹ letude sur l'art de parler en publicChapitre 41 sur 45 · DE L ART DE PARLER DANS LE GENRE JUDICIAIRE · texte numérisé non relu

DE L ART DE PARLER DANS LE GENRE JUDICIAIRE

On nous a reproché de ne nous être point assez étendu sur l'art de parler au barreau, qui a cependant une grande importance, et où de salutaires conseils seraient très-utiles à la foule des jeunes avocats, afin de les empêcher, autant que possible, de tomber dans les défauts de ce genre , signalés par Racine avec tant d'esprit et de malice dans sa comédie des Plaideurs.

Nous avouons que ce que nous avons dit plus haut sur les discours judiciaires ou la plaidoirie est tout à fait insuffisant à ce point de vue. Notre excuse est dans notre inexpérience de ce genre de discours. Nous n'avons jamais plaidé, et nous sommes convaincu qu'un avocat habile et expérimenté, qui connaît le fort et le faible du métier, tous les dangers et toutes les ressources qu'il présente, parce qu'il a passé sa vie dans la pratique de la plaidoirie et dans les études et les travaux qu'elle impose, est seul capable de donner des conseils utiles à ses jeunes confrères sur l'exercice de leurs nobles fonctions et la meil-

leure manière de les remplir. Sa parole aura l'autorité de l'expérience qui manque à la nôtre.

Il y a en effet deux parties dans l'élude sur l'art de parler au barreau. Il y a la partie théorique, psychologique et logique tout ensemble, qui se retrouve dans les autres genres d'éloquence, laquelle consiste toujours à bien exprimer la pensée par la parole, de manière à convaincre et à persuader les auditeurs.

Cette partie, purement philosophique, est exposée dans tout le cours de notre livre, et ce n'est proprement que cela que nous avons voulu faire. On peut l'appeler la philosophie de l'art de parler. Elle est en effet la théorie de l'expression instantanée de la pensée ou du sentiment dans un discours public, qu'on ait eu ou non le temps d'en préparer le plan.

Qu'on parle sur la place publique, dans les chambres, dans un conseil, devant les tribunaux, dans la chaire académique ou dans la chaire chrétienne, il y a toujours ce fond à établir, qui est comme le gros œuvre du discours, et sans lequel la parole ne peut rien édifier.

Vient après cela l'appropriation des discours à une circonstance donnée, ce qui détermine le genre de l'éloquence ; puis dans le genre la variété des espèces, et par-dessus tout cela l'ornementation nécessaire pour rendre la construction agréable, après qu'on a pourvu à sa solidité. A cette tin on a besoin des gens de chaque métier pour les détails des travaux divers. C'est ce qui nous arrive ici. Apres avoir exposé ce

<jui est essentiel à l'art de parler en général , nous nous déclarons incapable d'enseigner ce qu'il faut faire en chaque genre pour le rendre aussi utile et agréable que possible. Nous laisserons donc ce soin aux hommes du métier en ce qui concerne les détails et la pratique de la plaidoirie, nous bornant à ajouter ici quelques réflexions à ce qui a été dit au chapitre VII.

Nous avons divisé les discours prononcés au barreau en deux sections, les harangues qui comprennent les mercuriales, les allocutions de rentrées et autres œuvres de ce genre, et les plaidoiries qui, avons-nous dit, sont toujours des discours d'atïaires. On nous a reproché ce mot, comme s'il ravalait l'éloquence des avocats. Telle n'a point été notre pensée, pas plus que nous ne la bannissons des chambres et des conseils, où l'on s'occupe cependant presque toujours d'affaires politiques, administratives et contentieuses, qui sont tout ce qu'il y a de plus affaires.

Ainsi nous reconnaissons que dans les procès politiques intentés devant les chambres ou les tribunaux, dans ceux des cours d'assises et de presse, devant les commissions militaires et même dans certaines affaires civiles où il s'agit de l'honneur des familles et des personnes, comme dans les questions d'adultère, de séparation, d'outrage et de violences, la plus haute moralité se trouve engagée comme le bien le plus précieux de la vie sociale , et qu'ainsi le ministère public et l'avocat peuvent s'y élever à la plus haute éloquence.

Nous n'avons rien à dire des harangues, qui sont toujours des discours écrits, lus ou récités. Nous nous occupons de l'art de parler, et non de celui d'écrire et de prononcer ce qui est écrit.

Quant à la plaidoirie, elle est au contraire presque toujours improvisée, et c'est ce qui en fait l'efficacité et les défauts : les qualités, parce que la parole formée au moment même et sous le feu de l'action en est plus vive, plus pénétrante, plus émouvante : les défauts, parce que rien n'est plus variable, plus chanceux que l'improvisation , qui dépendant de la disposition des hommes et des choses, a souvent de la peine à se mettre en train, et même n'y réussit pas toujours. Puis elle est en général prolixe, verbeuse, se répétant souvent, et dans ses moments de défaillance se raccrochant à tout ce qui s'offre à l'esprit : ce qui donne des hors d'œuvre et des inutilités. D'où résulte parfois un discours long, lourd, filandreux, qui dit peu de choses en beaucoup de phrases, contrairement à l'un des principes les plus essentiels de l'art de parler, qui veut beaucoup de choses en peut de mots, multa 'paucis.

Aussi la prolixité et la surabondance sont les défauts les plus ordinaires des avocats, et dont les jeunes gens doivent surtout se garder. On les voit paraître principalement quand les affaires ne sont pas assez étudiées. Alors au lieu de les prendre par le fond, on les débite par le détail, et on n'en finit plus. On se jette dans les circonstances des faits, dans les récits, les explications, les histoires, les suppositions; ce qui

produit une immense kirielle d'alinéas, de chapitres et de sections avant les conclusions qui n'en sortent pas toujours, el auxquelles on n'arrive qu'après avoir battu la campagne et tous les buissons de l'endroit.

Ici donc nous dirons encore aux jeunes gens: étudiez soigneusement votre affaire, lisez patiemment votre dossier; explorez-en toutes les pièces, et les pesant en face du texte de la loi et de ses dispositions, tâchez d'en discerner l'application la plus juste, la plus sincère, la plus vraie, afin de reconnaître le droit. La parole ne vous manquera pas, si vous savez bien ce que vous avez à dire, et quand vous posséderez votre sujet dans votre esprit avec son plan, la division de ses parties el l'enchaînement de ses pensées, il ne vous échappera pas à l'audience et dans le moment critique de la plaidoirie.

Si dans votre affaire il y a quelque chose qui prête au pathétique, réservez-le pour l'exorde et la péroraison, afin de bien disposer votre auditoire au début en le touchant, ou de lui laisser une impression favorable à la fin pour entraîner son assentiment. Seulement prenez garde de ne pas vouloir en mettre là où il n'y a pas lieu, comme cela est si plaisamment représenté dans la pièce de Racine, parce qu'alors on fait rire en cherchant à faire pleurer, et ordinairement le ridicule tue la plaidoirie et l'affaire.

Evitez l'emphase en commençant, et n'employez pas de grands mots, des phrases ampoulées et une grosse voix et de grands gestes pour dire peu de chose. Ne prétendez pas que votre cause est la plus

importante de toutes les causes, et que le monde entier y est intéressé, comme l'ouvrage d'un auteur est pour lui le meilleur des livres, comme l'enfant est pour sa mère' le plus beau des enfants des hommes.

Débutez simplement, modestement, quoique toujours avec dignité, et tâchez d'aller crescendo dans votre plaidoyer, jusqu'à la conclusion, afin de soutenir l'attention de Tauditeur, et de l'entraîner à votre but. Mais si vous vous mettez à crier dès les premiers mots, comme pour produire d'abord une vive impression, vous baisserez nécessairement peu à peu, vous affaiblissant à mesure que vous avancerez, et vous n'aurez plus ni force ni voix au bout de la carrière où on en a le plus besoin.

Évitez l'abus de l'érudition, tout en en faisant usage. L'avocat a nécessairement beaucoup à citer, des articles de lois, des faits, des antécédents, des opinions de jurisconsultes, tout ce qui se rattache à ces choses et qu'on peut rendre interminable avec les commentaires à l'appui. Ne citez qu'à propos et ce qui s'applique directement à votre cause, et vous serez dispensé de longues explications. Une citation bien adaptée s'explique d'elle-même. Gela est à la fois adroit et de bon goût : adroit, parce qu'on n'ennuie pas ses juges, qui restent mieux disposés : de bon goût, parce qu'on évite l'obscurité et la poussière des textes, qui rendent le discours lourd, embarrassé et sans effet.

Quant à la diction ou à la forme du discours, à la simplicité et à la clarté tâchez de joindre la correc-

tion et l'élégance. On apprend à parler correctement par l'étude de la grammaire et la lecture des bonsauteurs. L'élégance de la phrase est plus difficile à acquérir, parce qu'il faut avoir une nature qui y dispose.

Cependant il en est sous ce rapport de l'esprit comme du corps, on peut le façonner jusqu'à un certain point par l'art, qui l'assouplit et le dirige dans l'exercice de ses forces et dans ses mouvements. La gymnastique et la danse réussissent parfois à donner au corps une tournure agréable, une démarche facile, une désinvolture distinguée.

Il y a aussi une gymnastique de l'esprit, qui doit le former en le fortifiant par les exercices bien entendus de la logique et de la rhétorique, à savoir : la lecture fréquente des écrivains les plus châtiés dont on apprend par cœur les plus belles pages; l'analyse souvent répétée et sous la direction d'un maître de la parole de leurs compositions, de leurs pensées et de leurs phrases; la récitation fréquente à haute voix et devant des juges compétents des morceaux appris avec tout ce que l'action oratoire doit y mettre, le ton de la voix, ses inflexions, sa mesure^ le caractère de la prononciation et du débit, les gestes, les attitudes et les mouvements du corps. Tout cela bien conduit et bien suivi contribue efficacement à former la pensée, le style, et la diction de forateur.

Encore un conseil tout pratique en ce qui concerne la diction. Ce n'est qu'un détail, mais il est

très-iaiportant pour le succès du discours. N'hésitez jamais dans le cours de votre phrase, et quand vous l'avez commencée, menez-la intrépidement jusqu'au bout, quel qu'en soit le début. Cela est parfois difficile , si l'on s'est mal engagé , en français particulièrement où il n'y a qu'une voie pour arriver au terme : ce qui rend l'improvisation plus scabreuse dans cette langue que dans toute autre où l'on peut se sauver par les inversions et la variété des constructions. Allez de l'avant, quoiqu'il en coûte, dussiez-vous briser la phrase et commettre une incorrection. C'est un mal sans doute , mais il est moins grave et surtout moins sensible que de se reprendre, de se répéter, et finalement d'ânonner ou de bégayer : ce qui trahit votre embarras aux yeux de l'auditoire , et lui ôte la confiance en vous rendant ridicule. Si vous avez quelque difficulté à trouver l'expression (et qui ne l'éprouve pas un jour ou l'autre?), allez lentement pour lui laisser le temps de venir, mais sans vous troubler; car alors la cherchant avec précipitation, vous bredouillerez.

L'éloquence du barreau peut prendre deux caractères principaux, ou, comme on dit, deux manières de faire, suivant le genre d'esprit de l'orateur ou même en raison des circonstances, si celui qui parle est capable des deux manières. Mais en général il y en a toujours une qui domine. Il est bien rare qu'un avocat réunisse au même degré et en parfait accord ies qualités de la pensée et celles du sentiment, la logique et le pathéUque.

Assurément il faut partout de la logique, et le discours qu'elle ne dirige pas n'a ni nerf ni portée. Car on parle pour convaincre, c'est-à-dire pour prouver ou démontrer quelque chose : ce qui ne peut s'opérer que par des arguments et des raisonnements.

Cependant on convainc aussi en persuadant et on persuade en touchant, c'est-à-dire en s'adressant au cœur et aux affections par des paroles ou des accents qui en font vihrer les cordes les plus vives.

De là des discours différents et deux façons de parler très-diverses et parfois opposées, bonne l'une et l'autre en raison des aptitudes de l'orateur et des circonstances.

Tel avocat est puissant par le pathétique. Il sent vivement les choses et se passionne en raison de ce qu'il sent. Il exprimera donc avec passion ce qu'il éprouve, c'est-à-dire avec feu, avec élan, avec transport, et ainsi il aura le pouvoir d'échauffer, d'émouvoir et d'exalter ses auditeurs.

Si à cette parole ardente il joint une belle figure, un organe sonore, une voix flexible et retentissante, un geste noble et imposant avec de la dignité dans les attitudes et de la grâce dans les mouvements ; si en un mot, à la force de l'élocution il unit le charme de l'action oratoire, il produira au moment même •un grand effet sur les juges et sur le public. Il entraînera les volontés par les cœurs, et sa parole sympathique, qui ira retentir en échos puissants dans les âmes, décidera le succès de sa cause.

Quelquefois il remportera la victoire presque par

surprise; car souvent il y a peu de pensée et d'idées derrière cette splendide élocution. L'intelligence et la logique ne prévalent point dans cette belle exhibition de paroles pompeuses, gracieuses, émouvanîes, entraînantes, mais où il manque de la solidité, de l'enchaînement, et surtout de l'exactitude et de la vérité.

C'est pourquoi ces discours brillants, qu'on a entendus avec tant de plaisir, qui vous ont enlevé à l'audience, paraissent pâles, quand on les lit imprimés, et l'on est tout surpris d'avoir été si fortement impressionné par une parole si peu saillante à la lecture et qui parait faible à la réflexion.

C'est qu'on ne transporte point sur le papier la voix, la physionomie et les gestes de l'orateur, qui animent sa parole et la transfigurent en quelque sorte. Les éclairs de son regard ont disparu, et les accents de sa voix ne retentissent plus aux oreilles, îl n'y a plus sous les yeux qu'une lettre morte, que l'esprit seul pourrait vivifier; car l'esprit, qui s'exerce par la pensée, reste toujours inhérent à la parole qu'il a une fois animée , et se transmet avec elle sous toutes ses formes.

Le sentiment au contraire, si brûlant moment de son effusion ou pendant le discours, si puissant alors par les impressions et les mouvements de cœur qu'il produit à la séance, comme le métal incandescent qui sort de la fournaise se refroidit peu à peu avec le temps, s'afl'aibht par la réflexion, et bien qu'il ne s'éteigne pas entièrement, il a moins de puissance

el d'efficacité à mesure qu'il s'éloigne plus de sasource.

Aussi le discours pathétique est plus émouvant qu'instructif, et à ce point de vue il a moins de valeur comme expression de l'esprit, parce que ce qu'il énonce est plus passager, et que son effet, plus vif au moment même, est moins profond et moinsdurable.

Et cependant aux yeux des peuples il passe pour le type de la haute éloquence, parce qu'il remue davantage les multitudes, excitant leur imagination par de brillants tableaux , les émerveillant par la pompe des phrases, les fascinant par la puissance de la voix et du geste, en sorte que la volonté est comme enlevée à elle-même par l'exaltation de la sensibilité, par une sorte d'enthousiasme, heureux quand il est en faveur do la vérité , très-dangereux s'il est l'instrument de la passion.

Chose singulière et qui s'explique en partie par ce que nous venons de dire ! On a vu des orateurs mis au-dessus de tous les autres, et à juste titre, par la puissance de leur parole, très-admirés et très-dignes de l'être par leur improvisation à nulle autre pareille, que tout le monde voulait entendre et que chacun entendait avec ravissement, et cependant de ces magnifiques discours, de cette splendide éloquence, il n'est rien resté pour les générations suivantes que leur renommée ; ou, si l'on a essayé d'en reproduire quelque chose par la sténographie et par l'impression, on n'y a plus retrouvé la vie,^ le feu ,^ ni le

mouvement qui touchaient, enlevaient, enflammaient au moment de l'explosion de la parole. L'âme du discours s'en était comme échappée, et dans cette forme délaissée et vide il ne restait plus rien à offrir en exemple et comme modèle de l'art.

L'autre manière, opposée à la première, produit des effets contraires. L'orateur est un penseur, qui Teut aller au fond de son sujet, l'analyser exactement pour s'en rendre compte, et en exposer toutes les parties dans leur ordre naturel et avec leur enchaînement le plus serré. C'est un logicien qui, après avoir posé ses principes, en tire légitimement les conséquences et les applique à sa cause. C'est un savant jurisconsulte, dont l'érudition exploite habilement les arrêts, les antécédents, les traditions et les faits historiques. En chaque chose il tâche de s'élever à l'idée, à l'esprit de la chose pour expliquer les faits; il a hesoin de démontrer ce qu'il affirme, et pour persuader il veut convaincre.

Ici, comme on le voit, le sentiment est en seconde ligne, et la raison a beaucoup plus à faire que le ■cœur, bien que celui-ci puisse et doive aussi avoir sa part en certaines conjonctures. Mais son rôle est secondaire, puisqu'il s'agit avant tout de prouver, de démontrer, d'instruire.

Il en résulte que cette manière paraît un peu froide au public; car elle n'avance que par les procédés scientifiques de la déduction et de l'induction, de l'analyse et de la synthèse.

Puis elle ne s'adresse pas à tous, parce que tous ne

sont pas capables de suivre l'avocat dans l'exposition savante et subtile de sa pensée, et ainsi, elle ne peut l)as y avoir de succès universel et d'enlhousiasroe comme l'éloquence sentimentale et passionnée. Elle produit beaucoup moins d'effet à l'audience et sur la multitude qu'elle n'atteint pas. Elle lui paraît obscure, difficile, embarrassée, même quand elle n'est rien de tout cela, parce qu'il faut des yeux capables de percevoir sa lumière et des intelligences à sa hauteur.

Mais, par contre, elle est nerveuse, serrée, solide, pleine de sens et d'idées. Elle traite son sujet à fond ; elle en exprime tout le suc, elle l'épuisé, et après elle il n'y a plus rien à dire.

Puis, comme une liqueur précieuse, elle s'améliore par le temps. Elle gagne à être lue tout ce que l'autre y perd, et celui qui médite de pareils discours y trouve toujours plus de -vérité, plus de science, plus d'instruction. Ces œuvres-là subsistent dans les livres, et elles ont l'immense avantage d'aller éclairer et charmer les générations suivantes, tandis que l'effet de l'éloquence passionnée, si puissant au momenî et brillant comme l'éclair ou frappant comme la foudre, disparaît aussi comme l'un et l'autre après son plus grand éclat.

Bien que nous soyons très-sensible aux grands mouvements et au pathétique de l'art oratoire, nous préférons cependant, nous l'avouons, le discours fortement pensé, élaboré avec soin par la réflexion, et exposé avec ordre par une parole calme et forte, animée par le sentiment de la vérité et non par la

passion. Notre sympathie provient sans doute de notre caractère et de la tournure de notre esprit, et nous comprenons très-bien qu'avec d'autres dispositions on ait une autre préférence.

Ces deux manières, d'ailleurs, sont belles et bonnes toutes deux. Elles produisent chacune d'excellents orateurs d'un genre opposé. La perfection serait de les accorder et de parler sous leurs inspirations réunies, avec un exact tempérament du sentiment et de la pensée, de l'esprit et du cœur. 11 y a des orateurs qui en approchent ; mais la perfection n'est point de ce monde, et il n'y a point ici-bas d'homme complet.

Page 1