DE L ART DE PARLER DANS LA CHAIRE CHRETIENNE
Au genre démonstratif appartient le discours prononcé dans l'Église; car là il est question non de délibérer sur un parti à prendre et par conséquent de gagner des voix à son opinion, non d'agir sur l'esprit des juges et des jurés pour obtenir un arrêt favorableà sa cause, mais d'exposer une vérité ou de la démontrer pour convaincre ou persuader les auditeurs. Quand cette vérité est de l'ordre surnaturel ou s'y rattache comme dogme, morale ou discipline, l'annonce que l'orateur en fait s'appelle en général prédication.
Il y a plusieurs espèces et plusieurs degrés de prédication, suivant la manière d'annoncer la parole divine, les circonstances où on l'annonce, et les auditeurs auxquels on parle.
L'homélie est une simple interprétation du texte sacré, sans aucune recherche de la pompe du discours, sans appareil oratoire.
Le prône est une explication pastorale de l'Évangile ou del'Épîtredujour, se rapportant particulièrement
à l'état spirituel et aux besoins moraux des fidèles de la paroisse. C'est une allocution paternelle qui doit être encore plus simple, plus familière que l'homélie.
L'instruction religieuse proprement dite se donne surtout dans les catéchismes. Elle est plus ou moins élevée ou savante en raison de l'âge et de l'éducation de ceux qu'on instruit, depuis le petit catéchisme avant la première communion, jusqu'au catéchisme de persévérance, qui peut aller jusqu'à l'éloquence, surtout celle du cœur, tout en conservant la forme didactique de l'enseignement.
Enfin il y a le sermon qui est devenu un genre oratoire par l'adjonction des grands moyens de l'éloquence humaine, de toutes les ressources de la rhétorique, tandis que primitivement il était l'explication tout unie d'un ou plusieurs versets de l'Écriture sainte pour instruire et toucher les fidèles, c'est-àdire une homélie. Cette explication s'est élevée et agrandie peu à peu sous la plume des grands orateurs du dix-septième siècle, au point de devenir un genre d'éloquence qu'on a appelé l'éloquence de la chaire ou la prédication proprement dite. Les orateurs de ce genre sont nommés des sermonnaires ou des prédicateurs , et on ne regarde aujourd'hui comme un prédicateur que celui qui fait des sermons.
Nous ne parlerons point de l'oraison funèbre où Bossuet et quelques autres ont déployé la plus haute éloquence. Elle appartient à l'art d'écrire plus qu'à
l'art de parler, et toute sublime qu'elle a été parfois, ce que nous avons dit des discours et des éloges académiques, peut en partie lui être appliqué. Seulement elle a ce caractère qui la met bien au-dessus des panégyriques humains, que placée au point de vue chrétien et comme sur un tribunal qui ne relève que du ciel, elle juge les mérites et les fautes des morts, leurs vertus et leurs vices en face de Dieu pour instruire, encourager ou effrayer les vivants par leurs exemples.
La critique nous a reproché de ne nous être pas assez étendu dans notre première édition sur l'art de parler dans la chaire chrétienne, quoiqu'elle nous ait blâmé en même temps d'avoir eu presque uniquement en vue la prédication dans notre étude sur l'art de parler. Ce qui au fond n'est pas exact; car nos observations et nos conseils s'appliquent à l'art de parler en général, en quelque lieu et sous quelque forme qu'il s'exerce. Mais comme depuis ce temps, nous avons donné dans un autre ouvrage une grande partie des détails qu'on a regrettés dans celui-ci, voulant, autant qu'il dépend de nous, satisfaire à ce qui nous a été demandé, et nous épargner d'un autre côté le tour de force de dire la même chose en d'autres termes, sans avoir rien de grave à y ajouter, nous demandons à nos lecteurs la permission de reproduire ici la lettre à un jeune prédicateur, insérée dans le second volume du Chrétien de nos jours.