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exprime les idées, les intérêts et les aspirations d'une race; pour les autres, il résume un ensemble d'idées, de doctrines, de faits, caractérisant une des phases principales du génie humain. »
C'est dans ce dernier sens que nous entendons parler de l'Hellénisme, au cours des pages qui vont suivre. C\pus examinerons d'abord quelles sont les doctrines dont s'inspirèrent les artistes de la Grèce antique; nous verrons ensuite comment ces doctrines se répandirent sur le monde, comment leur diffusion contribua aux progrès de l'humanité, comment la marche de la civilisation s'est réglée sur leur marche. C^ous étudierons enfin comment elles peuvent sauver la littérature et l'art de la décadence dont ils semblent menacés.
Edgar Quinet, dans la dernière œuvre qui ait occupé ses pensées, avait l'intention de démontrer que l'an de la Grèce est le produit de la Victoire : l'expression sublime de la supériorité de la Grande 5\\ïtion sur les 'Barbares qu'elle avait vaincus.
U^us ne croyons pas que l'éminent écrivain fût parvenu à faire cette démonstration.
L HELLÉNISME Vil
Il est naturel que le plus magnifique épanouissement de l'âme hellénique se soit produit au moment où la Grèce venait de remporter une de ces victoires qui immortalisent une race et une époque. SMais la défaite de l'cAsie n'a été que l'occasion de l'épanouissement du génie grec. Un atavisme profond, une éducation séculaire avaient préparé et formé ce génie. Sans doute, l'œuvre des maîtres du w^ siècle fut le cri de victoire de Tlatée, de Salamine, de zMarathon, mais pour que ce cri pût jaillir de leurs âmes il fallait que l'esprit de la nation entière eût été de longue date préparé à l'accueillir.
Tout, en effet, dans la vie de la Grèce antique était en harmonie avec la pensée philosophique qui inspira l'art national. La religion, les mœurs, les lois étaient hases sur le même respect de la U^ture, sur le même amour de la "Beauté, en sorte que ce double sentiment caractérise a la fois le génie de l'Hellas et l'œuvre de Sophocle et de Thidias.
On a fait remarquer maintes fois l'influence que le climat et la configuration du sol ont sur le caractère des peuples. Ce ne sont pas seulement les événements qui font l'éducation de l'homme, c'est aussi la V^ture. C'est devant ses grands spectacles, devant ses terrifiants cataclysmes, devant ses reposantes sérénités, que l'esprit humain apprend à se connaître et à se juger avec sincérité. L'cArt, qui est l'expression la plus
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fidèle de l'état des esprits, subit d'autant plus cette influence de la CNjiture, que celle-ci est la grande confidente, la grande inspiratrice des âmes d'élite.
Cette loi reçut en Grèce une frappante application, et le premier trait caractéristique du génie grec : respect de la Nature, s'explique facilement, lorsque l'on considère la contrée au sein de laquelle habita la grande nation. Certes, nous ne pouvons pas juger la Grèce d'autrefois d'après la Grèce d'aujourd'hui. Les déboisements, en facilitant l'action dissolvante des eaux, ont contribué à dépouiller les rochers de la terre qui les recouvrait. 'De toutes parts, le squelette de la presqu'île apparaît à nu. Tel qu'il est cependant, le pays reste un des plus admirables que l'on puisse voir et, s'il est impossible au poète de rester froid devant la grandeur désolée d'cAthènes, d'Olympie et de la c( rocheuse Tvtho y), les âmes insensibles à ce charme mystérieux des lieux qui virent les grandes scènes de l'histoire, trouveront en Grèce d'autres émotions en face du merveilleux spectacle que leur ofiiiront les montagnes du éMagne, les vallons de l'cArgolide et les plaines de la "Béotie.
q4 vivre au milieu de cette belle contrée, à voir sans cesse ces collines sculpturales, qui semblent faites pour servir de piédestaux aux chefs-d'œuvre du génie humain, à voir ces vallées inondées d'une lumière éblouissante et limpide, cette mer aux fiots d'or et
l'hellénisme IX
d'ajur, les Hellènes se prirent d'un ardent amour pour cette nature qu'ils voyaient si clémente, si sereine, si belle. Ils lui vouèrent un culte passionne'. Ils dressèrent des autels à ses puissances, à ses splendeurs, à ses forces mystérieuses. cAthéné fut la douceur de l'éther radieux; T)éniéter, la fertilité des campagnes fécondes; Thoibos-cApollon, la lumière vivifiante du soleil.
Une fois dans cette voie, il devenait difficile de ne pas trouver sage et bon tout ce qui était la base de la religion. "De là une philosophie large et tolérante, reposant sur ce principe que l'homme se perfectionne en obéissant à la nature et non en luttant contre elle.
C'est de ce principe que s'inspire l'Hellénisme; c'est à la lumière de ce principe que le génie grec a fixé les bornes de tout ce que l'esprit humain peut découvrir et embrasser, dans le domaine des sciences morales, politiques, sociales, dans le domaine de l'art et de la littérature.
En morale un tel système semble, à première vue, devoir engendrer une véritable anarchie en légitimant toutes les passions. En réalité, il n'en est point ainsi, car pour que l'on puisse dire qu'une passion est inhérente à la nature de l'homme, il faut qu'elle soit commune à tous les hommes. Ici encore le o[énie naturaliste et poétique de la Grèce se manifesta en divinisant les sentiments qui présentent ce caractère : Zeus