XVI PRÉFACE
graphologie de F humanité. Comme Je ne pense pas que quelqu'un l'ait tentée avant moi, J'essaierai de l'esquisser à grands traits.
Les Hellènes épris de clarté, de simplicité, prirent d'abord pour rendre leurs idées des signes très clairs, très simples, formés par la combinaison de lignes droites : que l'on considère les inscriptions archaïques de Gortyne e. de Théra (car Je ne parle évidemment pas ici des lettres du grec moderne), et l'on pourra se convaincre que tel est bien le caractère de l'écriture de la Grèce antique. L'architecture, également, autre expression d'une même pensée, se distingue par les mêmes traits de clarté, de simplicité, les mêmes combinaisons de lignes droites. Tlus tard, quand le génie ionique l'eut emporté sur le génie dorique, quand les monuments s'embellirent de colonnades aux chapiteaux fleuris, l'écriture suivit la même évolution : les angles s'arrondirent, certaines lettres reçurent des incurvations harmonieuses. Cette tendance alla croissant, en même temps que croissait le besoin d'ornementation des monuments, inspiré par la voluptueuse Corinthe. Enfin, lorsque l'âme hellénique, de décadence en décadence, pervertie et gâtée par l'influence romaine, par l'influence chrétienne, par l'influence des barbares, en fut arrivée, au temps du 'Bas-Empire, à se complaire dans la recherche de l'étrange, l'écriture, comme V architecture, s' efforçad' harmoniser des lignes
l'hellénisme xvii
biiarres et contournées, à tel point que les manuscrits du temps offrent souvent d'insolubles problèmes à l'helléniste le plus expérimenté. C'est un fouillis de leur es qui se mêlent et se confondent; les appendices des delta, des lêta, des rhô, des lambda se croisent, s'enlacent, forment des noeuds, des paraphes, des méandres, des labyrinthes qui ne ressemblent pas plus aux caractères antiques que Haghia-Sophia ne ressemble au Tarthénon.
Ce fut ainsi pour toutes les races. Leur écriture et leur architecture exprimèrent dans leurs caractères généraux le génie de la race qui les imaginait, et dans leurs caractères particuliers les diverses évolutions de ce génie à travers la suite des générations. Est-ce que le caractère patient et souple des cArabes n'est pas tout entier dans leur écriture, et les lignes, « la physionomie » de cette écriture ne se retrouvent-elles pas dans les monuments du style dit mauresque? Est-ce que la lourdeur des empreintes cunéiformes n'est pas sortie de la même pensée que les monuments massifs et trapus dont s' enorgueillissait "Babylone ? Est-ce que les temples de 'Bénarès et de Lahore n'ont pas l'air d'une page arrachée à un manuscrit du a Kama- Soutra » ? L'œ'd ignorant qui ne les comprend pas plus l'un que Vautre n'y retrouve-t-il pas les mêmes contours, les mêmes capricieux dessins, le même heurt de lignes imprévu et bigarre ? Et pour en revenir au