‹ Leucoplasies et CancerChapitre 20 sur 24 · NES · texte numérisé non relu

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d'atrophie sénile à partir de la fourchette et remontant au-dessus,

il existait une plaque qui couvrait à peu prés chacune des petites lèvres et s'étendait insensiblement sur toute la muqueuse normale. Cette plaque était longue, irrésulière, d'une couleur bleu perle et était couverte par une sécrétion consistante de même couleur qu'on pouvait enlever en partie, et qui était mince, disposée en petits îlots, tantôt réguliers, tantôt irréguliers; au-dessous de ces derniers les tissus sous-jacents paraissaient rouges. La grande lèvre adjacente était aussi légèrement entourée des mêmes productions. Ces plaques opaques, ou plutôt cette plaque (car elle était unique) était épaissie d'une manière appréciable et très sensible au toucher. Les papilles de la vulve en maints endroits étaient développées et proéminentes. On essaya sans succes une autre variété d'application locale et elle quitta l'hôpital, pour y revenir 8 mois après, en 1870, portant un épithélioma très caractérisé de la vulve qui fut enlevé dans la suite (en masse) par le D' Gordon Buck.

Bien que le diagnostic d'ichthyose n’ait été porté que rétrospectivement, ses caractères élaient à ce moment si évidents que Je crois légitime de raconter ici le cas.

A l'époque de la première opération qui fut pratiquée avla clinique du collège des médecins et des chirurgiens de New-York, le D' Thomas observa une membrane épaisse semblable à du fromage couleur crème, de la grande lèvre. On ne pouvait entièrement l'enlever ni par nettoyage, ni par grattage. L'odeur en était repoussante. La grande lèvre n'était pas tuméfiée, bien qu'elle fût revêtue par des papilles proéminentes.

Le D' Thomas donna à cette affection le nom de folliculite vulvaire, mais considéra ce fait comme rare. Il apprit sans étonnement qu'elle s'était transformée en épithélioma. La premiere relation de ce fait a été publiée dans l'American Journal of Obstetrics, en mai 1869.

OBsERVATION IV. — Saixr-PHiLiPre.

Je fus consulté, il y a quelques années, par une femme de 35

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ans, qui se plaignait de vives démangeaisons du côté de la vulve. Ne pouvant l'examiner d'abord comme je l'aurais voulu, je fis un traitement au jugé. Plus tard, à l'examen qu'on me permit, je trouvais une affection superficielle de la muqueuse vulvaire donnant lieu à quelque sécrétion et surtout à des démangeaisons pénibles qui remontaient déjà à 15 ou 20 années. Il était fort difficile de dire, en présence de celte muqueuse soumise à un grattage répété, à quoi l’on avait affaire. Était-ce de l’eczéma ou du psoriasis ? Je me ralliai plutôt à cette dernière affection, vu la médiocre abondance de la sécrétion. Je ne fis pas tout d’abord grande attention à un petit point plus élevé que le reste de la surface malade, et J'associai des toniques variés à un traitement interne. Rien ne put débarrasser cette femme de ses démangeaisons.

Au bout de trois ou quatre mois, un nouvel examen me fit voir que la petite saillie s'était développée, qu'elle était devenue

verruqueuse et d'une sensibilité exquise, Enfin, un mois après, l'affection me parut devenir un épithélioma vulvaire. L'excision en eût été facile ; mais m'attendant à une récidive de sa part, j'appelai en consultation mes collègues, MM. Poinsot et Lannelongue.

Le diagnostic porté fut celui d’une affection ancienne de la muqueuse ayant entraîné la production d'un épithélioma qui prenait l'aspect d'un papillome. Comme ce dernier était isolé sans aucune propagation ganglionnaire, et que l'utérus et le vagin étaient indemnes, il fut décidé qu'on conseillerait l'opération. Je la pratiquai en présence de mes collègues, avec le thermocautère et enlevai ainsi la petite tumeur située à la partie interne de la grande lèvre gauche. La plaie qui en résulta fut très difficile à guérir ; au bout de six mois, elle n’était pas encore cicatrisée. Elle n'était pas guérie, qu une récidive survenait, non pas sur place, mais dans les ganglions de l’aine et plus loin dans le petit bassin. Trois ou quatre mois plus tard, la malade succombait dans une profonde cachexie, sans qu'on püt songer à intervenir, vu la généralisation du néoplasme.

Trois points ressortent de cette communication : 19 c’est un

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fait de plus à rapprocher de ceux déjà cités et qui s’ajouteront à l’histoire des affections cutanées se transformant en cancroïdes ; 2° c'est un nouveau cas d'épithélioma de la vulve, bien isolé, bien primitif; 3° la récidive a été tellement rapide après l'opération, qu'on se demande si les tumeurs de ce genre ne sont pas de vrais noli me tangere.

OBSsERVATION V. — VERNEUIL.

Il s'agissait d'un cancroïde de la vulve pour laquelle il pratiqua une opération. Il se rappelle que, depuis de longues années, cette femme âgée de plus de 5o ans avait des démangeaisons extrêmes et portait sur les deux grandes lèvres deux plaques de leucoplasie. Cette observation n'est pas mentionnée dans les revues, mais nous nous sommes autorisé à rappeler ce fait. La malade mourut quelque temps plus tard, d'une récidive de son cancer.

OBsERvATION VI. — MERKLEN.

Il s’agit d’une dame ayant atteint l'âge de la ménopause, M. Merklen fut appelé en consultation pour donner son opinion sur

l’ablation d’un cancroïde de la vulve. Depuis de longues années,

cette malade portait des plaques de leucoplasie, et c'était sur une de ces plaques que la production néoplasique avait eu lieu. L’extirpation en fut faite. Quelques mois après la malade voyait une récidive se faire dans les ganglions. Pour ce fait elle subissait une seconde opération, mais les progrès du mal étaient trop avancés, et peu de temps après elle mourait minée par la cachexie cancé-

reuse,

OgservarTion VII. — Reczus.

Notre malade est une dame de 56 ans, qui fut traitée de 19 à 15 ans pour une « dartre vulvaire » dont elle ignore la nature.

Mie

C'est à 50 ans que survinrent des démangeaisons et une raideur, un épaississement du vestibule, pour lesquels elle consulta M. Besnier, puis elle se confia aux soins de M. Hardy et de mon collègue Raymond, qui me fit appeler; voici l'état que présentaient les parties :

La petite lèvre droite tout entière était envahie par une tumeur ulcérée, saignante, et qui, à plusieurs reprises déjà, avait donné lieu à des hémorragies assez rebelles. L'épithélioma gagnait en profondeur la paroi vaginale, mais avait respecté en haut Île clitoris et l'orifice urétral.

Les ganglions étaient sains ; mais aux limites du mal, on trouvait sur la muqueuse des taches blanches, mates et semblables à de la peau de gants de chevreau; d'autres étaient luisantes, argentées : leur surface était chagrinée, un peu rugueuse, el en certains points se délachaient des pellicules, des squames, des lambeaux nacrés semblables à ceux qu'on chserve dans laleucoplasie buccale. La lésion était encore accessible et je l'extirpai dans sa totalité, le 8 décembre 1885 ; en quelques jours la guérison était complète.

Malheureusement, il restait encore sur le rebord de la muqueuse vaginale, qui remplace la petite lèvre extirpée avec le cancroïde, une plaque blanche, épaisse et rugueuse ; elle était très netle au mois d'août ; en octobre elle s'était accrue ; en décembre, un an après l'opération, elle se hérissait de quelques saillies dou- . teuses et en mai, il n'y avait plus d'illusion à se faire ; une récidive avait lieu sous forme d'une petite tumeur, grosse au moins comme une framboise, et, comme elle, mamelonnée. Grâce à deux injections de cocaïne, j'ai pu extirper facilement et sans douleur, ce nouvel épithélioma, et à cette heure, dix-huit mois après ma première intervention, deux mois après ma deuxième, l’état local et général est excellent : il existe encore toutefois, en avant de la

cicatrice, un léger reflet ardoisé ou bleuâtre qui n’est pas sans assombrir l'horizon.

OgservarioN VIII. — Joux.

La nommée Gaudin (Jeanne), domestique, âgée de 44 ans, en-

tre dans le service de M. Péan, salle Sainte-Marthe, lit n° 3, le 31 mars de l’année 1881. Elle est venue, dit-elle, dans le service pour se faire opérer d'une tumeur qu'elle porte à la vulve et qui la fait souffrir depuis quelques jours. Nous procédons à l'examen de la région de la grande lèvre droite. A la partie interne et supérieure se montre tout d'abord une ulcération évidemment de nature épithéliomateuse, présentant la dimension d'une pièce de 2 francs, et reposant sur un fond boursouflé et saignant. La base de l'ulcère est indurée et cette induration s'étend au loin, rayonnant d'une façon assez irrégulière. . :

L'hypothèse d'une ulcération syphilitique ne saurait retenir longtemps. Mère de deux enfants bien portants, mariée à un paysan ayant toujours vécu à la campagne, la malade ne paraît jamais avoir été exposée aux dangers de la contagion. Jamais d’ailleurs elle n'a eu de maux de tête, ni de maux de gorge; c'est, dit-elle, le premier bouton qu'elle voit apparaître sur son corps. Et puis l'ulcération existe depuis bientôt 6 mois. Rien donc ne permet de penser à un chancre, ni à aucun accident du même genre. | Ce n'est pas tout. Autour de l'ulcération cancéreuse que nous observons, des plaques blanchâtres, fendillées, présentant cet aspect gaufré qui caractérise le psoriasis buccal de M. Debove, s'étendent à 3 ou 4 centimètres, recouvrant la muqueuse sur tous les points où l'on sent de l'induration. En dedans, elles remontent sur la surface externe de la petite lèvre droite et arrivent jusqu'à son bord libre. En haut, elles atteignent presque la région du clitoris. Sur les points où la muqueuse est à nu, nous la trouvons rouge et framboisée ; ses papilles, enfin, sont évidemment hypertrophiées.

La malade, interrogée, nous dit que les plaques blanchâtres ont précédé de longtemps l'apparition de l'ulcère. Il y a plus de deux ans, au moment où nous l’observons, qu'elle en a constaté l'existence. Indolentes dans le principe, ou déterminant à peine quelques démangeaisons sans importance, elles sont demeurées insensibles et la palpation elle-même ne cause aucune sensation spéciale.

Il n'en est pas de même de l'épithélioma : d'abord peu doulou-

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reux, il est ensuite devenu le siège de cuissons assez vives. Aussi lamalade, avertied'ailleurs de la nature de la tumeur, en demande-telle instamment l'ablation.

Pas de ganglions dans les aines ; l'état général est demeuré excellent et n'a été en aucune façon modifié. Au point de vue étiologique, rien dans les antécédents qui permette d'expliquer le développement de cette affection ; les parents de la malade sont morts d'accidents ; ses deux enfants, comme nous l'avons déjà dit, jouissent d'une excellente santé.

L'opération est pratiquée le 2 avril par M. Péan, qui enlève au thermocautère Paquelin non seulement l'épithélioma, mais aussi toute la partie de la muquéuse envahie par les plaques.

Il n’y a pas d'hémorragie ; un pansement à l'acide phénique dilué est appliqué sur la région. La malade va bien pendant les premières semaines, mais la cicatrisation tarde à se faire, on est obligé d'exciter le travail de réparation par des cautérisations au nitrate d'argent. Après six semaines, la cautérisation est presque complète. De ce Jour, on remplace les pansements phéniqués par des lavages alcalins.

Enfin la malade quitte le service, absolument guérie, le 13 juin suivant. Nous lui recommandons, à son départ, de tenir la région dans le plus grand état de propreté et de continuer encore pendant longtemps les lavages alcalins recommandés, on le sait, par M. Debove, dans le cas de psoriasis buccal.

OBsErRvATION IX. —— E. Mono.

Me C..., 51 ans, veuve, sans enfant, a ressenti il y a cinq ans, à l'époque de la ménopause, des démangeaisons rebelles et tres pénibles aux organes génitaux, qu’elle accuse encore aujourd'hui ; il y a quatre ans, elle a subi une opération pour une ulcération de la base de la grande lèvre gauche.

A l'examen, le vestibule, les petites lèvres, le clitoris, la face

interne des grandes lèvres sont parsemés de plaques leucoplasiques :

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