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CHAPITRE XIV ^Internationalisme des socialistes patriotes

Les hommes de la Révolution française avaient entrevu la solidarité qui doit unir d'un bout à l'autre du monde les peuples dans leurs luttes contre les classes dirigeantes : ils avaient rêvé de soulever partout les peuples contre tous les « tyrans ».

Presque tous les peuples, aveuglés par leur patriotisme imbécile, y répondirent en se jetant sur la France révolutionnaire pour défendre leurs tyrans : cet accueil fait à leurs avances fraternelles ne contribua'pas peu à rejeter les révolutionnaires français dans le nationalisme belliqueux qui aboutit aux orgies sanglantes de Napoléon I^'".

C'est aux socialistes que revient le mérite d'avoir repris la pensée des révolutionnaires de 1792 et de lui avoir donné un corps, en fondant, en 1864, l'Association internationale des travailleurs qui jeta aux peuples ce cri de ralliement : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ».

La guerre de [1870-71 aurait écrasé dans l'œuf l'Internationale, en développant entre socialistes allemands et français des haines implacables, si l'internationalisme n'était pas, à l'heure actuelle, une des aspirations les plus profondes, un des besoins les plus impérieux d'un prolétariat qui tra-

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vaille, non plus pour un marché national spécial, mais pour le marché mondial tout entier, et qui a affaire à un capital qui, lui, ne connaît pas de frontières.

Il faut rendre cette justice aux Partis socialistes français et allemands, à qui des déclarations d'internationalisme pouvaient être plus particulièrement difficiles et pénibles au lendemain de la guerre, qu'ils n'ont jamais caché le drapeau rouge de Tinternationalisme.

Il est significatif qu'en France l'hymne socialiste par excellence, celui qu'on chante dans toutes les réunions et les manifestations du Parti s'appelle précisément l'Internationale.

C'est la lutte finale, Groupons-nous et demain

L'Internationale Sera le genre humain.

Au Parlement français il n'y a qu'un Parti qui systématiquement ait combattu toutes les augmentations de crédits militaires, c'est le Parti socialiste; et le dernier Congrès du Parti, celui qui a voté la fusion de toutes les anciennes organisations socialistes de France en un Parti unifié, a bien spécifié que les députés socialistes devraient à l'avenir s'abstenir de voter l'ensemble du budget et notamment le budget de la guerre.

En Allemagne, les députés socialistes se sont toujours refusés à voter le budget de la guerre.

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Il y a une question épineuse entre toutes où les socialistes allemands et français ont eu le courage de tenir tête à l'opinion publique de leurs pays : c'est la question d'Alsace-Lorraine.

Au lendemain de la guerre, au moment où l'orgueil des victoires récentes tournait toutes les têtes allemandes, les deux chefs du Parti socialiste allemand, Bebel et Liebknecht ont protesté de toutes leurs forces contre l'annexion, qui leur semblait non seulement une brutalité odieuse, mais encore une maladresse insigne. Pour les faire taire, on les condamna l'un et l'autre à dix-huit mois de forteresse.

En France, alors que les rancunes de la défaite sont encore loin d'être éteintes, le leader des socialistes parlementaires, Jaurès, a osé répudier hautement toute idée de revanche et préconiser un rapprochement avec l'Allemagne.

Par cette attitude, qui n'est pas sans mérite, les socialistes de France et d'Allemagne ont incontestablement contribué à détendre les rapports entre les deux pays et à créer en Europe une atmosphère de paix qui a rendu moins dangereuses les provocations, les imprudences ou les maladresses des diplomates officiels; ils ont fait faire un pas à l'idée d'une Europe une et fédérée; ils ont lancé dans les masses ouvrières la conception des Étals- Unis d'Europe; surtout ils ont commencé à donner au prolétariat des diverses patries la notion qu'il n'y a dans le monde que deux patries, celle des riches et celle des pauvres.

Au Congrès de Marseille, Liebknecht, le vétéran de la social-démocratie allemande, exprima la conception internationaliste du socialisme tout entier lorsqu'il dit :

« Pour nous socialistes, il n'y a pas de question de nationalité; nous ne connaissons que deux nations : la nation des capitalistes, de la bourgeoisie, de la classe possédante, d'un côté; et de l'autre la nation des prolétaires, de la masse des déshérités, de la clase travailleuse. Et de cette seconde nation nous sommes tous, nous socialistes français et nous socialistes allemands. Nous sommes une seule nation : les ouvriers de tous les pays forment une seule nation qui est opposée à l'autre, qui est aussi une et la même dans tous les pays. »

Dans le Manifeste communiste de 1847, Karl Marx, l'un des Pères de l'Eglise socialiste, avait d'ailleurs exprimé la même pensée avec plus de force encore lorsqu'il écrivait :

« Les prolétaires n'ont pas de patrie; on ne peut leur ôter ce qu'ils n'ont pas. »

Le public non socialiste qui dans les deux pays connait ces manifestations en a conclu que les socialistes des deux pays sont antipatriotes.

Contre cette accusation, les chefs socialistes se sont toujours défendus avec une touchante unanimité.

« Nous, antipatriotes, allons donc! »

« Nous sommes des internationalistes, mais nous sommes patriotes; nous sommes même plus pa-

triotes que vous, c'est nous qui sommes les seuls vrais patriotes! »

En France et en Allemagne, qui n'a pas lu dans un journal socialiste, qui n'a pas entendu dans une réunion électorale socialiste ces protestations enflammées?

A la date du 9 juin 1893, le Parti ouvrier français publiait un manifeste où il s'exprimait comme

suit :

« Dans leur rage impuissante contre la marche ascendante du Parti ouvrier, ses adversaires de classe ont recours à la seule arme qui leur reste : la calomnie. Ils sont en train de dénaturer notre internationalisme comme ils ont essayé de dénaturer notre socialisme. . .

« Non, l'internationalisme n'est ni l'abaissement, ni le sacrifice de la patrie. . . On ne cesse pas d'être patriote en entrant dans la voie internationale qui s'impose au complet épanouissement de l'humanité, pas plus qu'on ne cessait, à la fin du siècle dernier, d'être Provençal, Bourguignon, Flamand ou Breton, en devenant Français.

« Les socialistes français sont encore patriotes à un autre point de vue et pour d'autres raisons : parce que la France a été dans le passé et est destinée à être dès maintenant un des facteurs les plus importants de l'évolution sociale. Nous voulons (ionc — et nous ne pouvons pas ne pas vouloir — une France grande et forte, capable de défendre sa République contre les monarchies et capable de

protéger son prochain 89 ouvrier contre une coalition^ au moins éventuelle, de l'Europe capitaliste... »

Ce document était signé ; Jules Guesde, Paul Lafargue, Dereure, Prévost, etc.

Quatre mois après la publication de ce manifeste, le 11^ Congrès national du Parti ouvrier français, réuni à Paris, les 7, 8 et 9 octobre 1893, prenait la résolution suivante :

« La solidarité internationale n'exclut ni ne limite le droit et le devoir d'une nation de se défendre contre un gouvernement, quel qu'il soit, traître à la paix européenne.

« La France attaquée n'aurait pas de plus ardents défenseurs que les socialistes du Parti ouvrier. »

A mesure qu'on s'éloigne des temps héroïques du socialisme français, les socialistes parlent de la patrie de plus en plus comme des patriotes.

« Il n'est personne ici, disait de Pressensé, député socialiste de Lyon, dans une séance mouvementée du 19 avril 1906, qui ne doute qu'il y a eu des atteintes portées aux principes les plus élevés du droit des gens, du droit des peuples, en 1871, • et que, tant qu'elles subsisteront, ne reconnaisse avec tristesse qu'il y aura fatalement un malaise entre la France et l'Allemagne ».

Evidemment, la tristesse de Pressensé est sincère et son cœur de patriote souffre cruellement de l'annexion brutale de l'Alsace-Lorraine.

Dans la même séance, Jaurès, revenant une fois

de plus avec un courage méritoire chez un parlementaire, sur son idée d'un rapprochement avec l'Allemagne, exaltait en une période magnifique, que hachèrent les applaudissements nourris de toute l'Assemblée, la grandeur de la patrie française.

« La longue histoire de la France est une si merveilleuse accumulation de génie, d'héroïsme^ de noble passion humaine, que même à travers les heures sombres, il émane d'elle un rayonnement (vifs applaudissements) ; la blessure qui a creusé un de ses flancs et meurtri son cœur n'a pas diminué sa taille (vifs applaudissements sur un grand nombre de bancs); il n'est personne au monde devant qui elle soit tenue de baisser le front ou de détourner le regard. » (Applaudissements sur les mêmes bancs). Officiel, séance du i5 avril igo5.

Déroulède lui-même n'aurait pas mieux dit.

Quand on est patriote, on doit être prêt à défendre la patrie, au cas où on l'attaquerait.

En France, les chefs parlementaires du parti socialiste ne manquent pas une occasion de déclarer qu'au cas où on attaquerait la France, ils marcheraient comme un seul homme.

En Allemagne, les chefs socialistes n'ont jamais tenu un autre langage.

En 1891, au Congrès national de la Social-Démocratie allemande, à Erfurth, comme on reprochait à Liebknecht de verser dans le chauvinisme, il ré- Dondit ;

« On me reproche d'avoir déclaré que si nous étions attaqués, si nous devions combattre pour repousser un agresseur, nous étions prêts à défendre la patrie. Ah! certes, oui, je l'ai déclaré à diverses reprises : c'est là quelque chose qui va de soi ; chacun de nous le sent... Est-ce que notre propre intérêt ne nous ordonne pas de chasser quiconque envahit notre pays, comme on chasse un voleur qui fait irruption dans notre domicile? »

Tout récemment,, Bebel répondait, en plein Reichstag, à ses adversaires qui l'accusaient d'antipatriotisme :

« Si jamais on attaquait l'Allemagne, si l'existence de l'Allemagne était en jeu, alors, je vous en donne ma parole, tous, du plus jeune au plus vieux, nous serions prêts à mettre le fusil sur l'épaule et à marcher à l'ennemi. Et ce que je dis là n'est pas pour vous (la Droite), mais pour nous, car cette terre est aussi notre patrie. Elle est la patrie pour nous plus encore que pour vous. Nous nous défendrions jusqu'à notre dernier souffle, je vous en donne ma parole ! »

Ainsi, il n'y a aucun doute là-dessus : les chefs socialistes allemands et français sont des internationalistes patriotes.

Et les Congrès socialistes internationaux n'ont jamais eu, sur la question, une autre attitude : qu'on en juge par les décisions des plus récents Congrès internationaux relatives à la question du militarisme et de l'internationalisme.

Voici d'abord une motion votée par le Congrès international ouvrier socialiste de Paris, 14-21 juillet 1889 :

• « Le Congrès international ouvrier socialiste de Paris, , « Considérant :

« Que l'armée permanente ou la force armée au service de la classe régnante ou possédante est la négation de tout régime démocratique ou républicain, l'expression militaire du régime monarchique ou oligarchique et capitaliste, un instrument de coups d'Etat réactionnaires et d'oppression sociale;

« Que, résultat et cause du système de guerres agressives, danger constant de conflits internationaux, l'armée permanente et la politique offensive dont elle est l'organe, doivent faire place à la politique défensive et pacifique de la démocratie, à Vorganisation du peuple eîitier exercé, armé, non plus pour le pillage et la conquête, mais pour la sauvegarde de son indépendance et de ses libertés;

« Que Vannée permanente, cause incessante de guerre, est, ainsi que l'histoire le démontre, incapable de défendre un pays contre les forces supérieure d'une coalition et que sa défaite laisse le pays désarmé, à la merci des vainqueurs, tandis que la nation préparée, organisée, armée, serait inaccessible à l'invasion ;

« Que V armée permanente est la désorganisation de toute vie civile, enlevant à chaque nation pour l'encaserner, la démoraliser, sa meilleure jeunesse,

à la période d'apprentissage, d'études, de plus grande activité et d'action;

« Qu'ainsi le travail, la science et l'art se trouvent stérilisés, arrêtés dans leur essor; le citoyen, l'individu, la famille atteints dans leur existence, dans leur développement;

« Qu'au contraire, dans Varmée vraiment nationale, ou nation armée, le citoyen poursuit dans la vie nationale le développement de ses aptitudes, de ses facultés, exerce ses fonctions militaires comme un attribut nécessaire de sa qualité de citoyen ;

« Considérant :

« Que Varmée permanente, par les charges incessamment accrues de la dette de guerre, par les impôts et emprunts toujours aggravés qu'elle motive, est une cause de misère et de ruine;

« Répudie hautement les projets belliqueux entretenus par des gouvernants aux abois;

« Affirme la paix comme condition première et indispensable de toute émancipation ouvrière;

« Et réclame, avec la suppression des armées permanentes, l'armement général du peuple sur les bases suivantes :

« L'armée nationale ou la nation armée formée de tous les citoyens valides, organisés par région, de telle sorte que chaque ville, chaque canton ait son bataillon, composé de citoyens qui se connaissent, réunis, armés, équipés et prêts à marcher, s'il le faut, dans les vingt-quatre heures. A chacun, son fusil et son équipement à domicile^ comme on

Suisse, pour la défense des libertés publiques et de la sécurité nationale.

« Le Congrès déclare en outre que la guerre, produit fatal des conditions économiques actuelles, ne disparaîtra définitivement qu'avec la disparition même de l'ordre capitaliste, l'émancipation du travail et le triomphe international du socialisme ».

Comme affirmation des aspirations pacifiques du socialisme international^ cette déclaration ne laisse rien à désirer; mais en admettant le principe de « la nation armée pour la sauvegarde de son indépendance et de ses libertés », le Congrès de Paris a implicitement déclaré qu'il s'intéressait à la défense des patries actuelles, et par là, il a montré qu'il restait patriote, en quelque manière ; pour être épuré de toute ardeur belliqueuse et de toute haine de l'étranger, ce patriotisme-là n'en est pas moins du patriotisme, puisqu'il admet la possibilité pour le prolétariat de se faire égorger pour la défense des patries actuelles.

Le Congrès de Paris, dans cette déclaration, fait plus que croire à la possibilité pour le prolétariat de se mêler à des guerres internationales : il déclare ces guerres internationales inévitables.

Le dernier paragraphe de la déclaration le dit formellement: « la guerre est le produit fatal des conditions économiques actuelles. Elle ne disparaîtra définitivement qu'avec la disparition même de l'ordre capitaliste, l'émancipation du travail et le triomphe international du socialisme. »

En attendant, si une guerre éclate, malgré les socialistes, quelle doit être l'attitude de ceux-ci?

Le Congrès n'a pas osé aborder la question en face : il a préféré ne pas se prononcer; ou plutôt, il s'est prononcé^ puisqu'il admet le devoir, pour une nation, de se défendre; le devoir des socialistes sera donc de participer à la défense de la patrie à laquelle ils appartiennent.

Les Congrès de Bruxelles (1891) et de Zurich (1893) ont fait plus : ils ont repoussé, — nous verrons tout à l'heure pour quelles raisons, — une proposition qui leur était faite de répondre à une déclaration de guerre par l'insurrection.

Le Congrès de Londres de 1896, revenant aux déclarations générales fort platoniques du Congrès de Paris de 1889, vota la motion suivante ;

« En période capitaliste, les causes principales des guerres ne sont pas les différences religieuses ou nationales, mais les antagonismes économiques auxquels les classes dirigeantes des divers pays sont poussées par le mode de production. De même que le capitaliste sacrifie sans cesse la vie et la santé des travailleurs sur le champ de bataille du travail, il n'éprouve aucun scrupule à faire couler leur sang en vue de nouveaux profits à obtenir par la conquête de nouveaux débouchés.

« La classe laborieuse de tous les pays a donc le devoir de s'élever contre l'oppression militaire au même titre que contre toutes les autres formes d'exploitation dont elle est victime de la part de la classe possédante.

« Dans ce but, elle doit conquérir la puissance politique pour abolir le mode de production capitaliste et refuser, simultanément dans tous les pays, aux gouvernements, instruments de la classe capitaliste, les moyens de maintenir l'ordre des choses actuel.

« Les armées permanentes, dont l'entretien épuise déjà les nations en temps de paix et dont les les frais sont supportés par la classe ouvrière, accroissent le danger de guerre entre les nations et elles favorisent surtout l'oppression toujours plus brutale des travailleurs de chaque pays. C'est pourquoi le cri : « A bas les armes! » n'est pas plus entendu que les autres appels aux sentiments humanitaires de la classe capitaliste.

« La classe prolétarienne seule peut avoir la volonté sérieuse et le pouvoir de réaliser la paix du monde.

« Elle réclame :

« I. La suppression des armées permanentes et l'organisation de la nation armée;

« 2. L'institution de tribunaux arbitraux chargés de régler pacifiquement les conflits entre nations;

« 3. La décision définitive sur la question de guerre ou de paix laissée directement au peuple pour le cas où les gouvernements n'accepteraient pas la sentence arbitrale.

« Et elle proteste contre le système des traités secrets.

« Mais la classe prolétarienne ne pourra, en cette matière, comme en n'importe quelle autre revendication ouvrière, arriver réellement à son but qu'en conquérant une action maîtresse sur la législation et en s'alliant au socialisme international, seul à même d'assurer la paix et d'amener la véritable fraternité des peuples. »

En i8g6, comme en 1889, le Parti socialiste affirme que « la classe prolétarienne seule peut avoir la volonté sérieuse et le pouvoir de réaliser la paix du monde. »

Mais il s'empresse d'ajouter qu'on ne pourra empêcher la guerre « qu'en conquérant une action maîtresse sur la législation et en s'alliant au socialisme international seul à même d'assurer la paix et d'amener la véritable fraternité des peuples. »

Fort bien ! Mais en attendant que le prolétariat ait conquis une action maîtresse sur la législation, si la guerre éclate?

Le dernier Congrès international du Parti qui ait abordé la question, celui de Paris (1900) a continué la tradition des déclarations solennelles et platoniques, qui affirment bien haut le caractère pacifique et internationaliste du socialisme, mais qui n'osent ni s'attaquer au sentiment patriotique, ni préciser le devoir des socialistes en cas de guerre.

Voici les motions votées à Paris en 1900 :

« I. Le Congrès déclare qu'il y a lieu de redoubler, dans tous les pays, de zèle, d'énergie, de vigueur, dans la lutte quotidienne contre le milita-

risme, qu'il y a lieu surtout d'opposer à Valliance de la bourgeoisie et des gouvernements impérialistes, l'alliance des prolétaires de tous les pays.

« Le Congrès indique comme moyens d'action:

« I. Les différents partis socialistes sont engagés à poursuivre avec soin, l'éducation et Voî'gajiisation de la jeunesse, en vue de combattre le militarisme ;

« 2. Les députés socialistes, dans tous les pays, s'engagent à voter contre toute dépense militaire et toute dépense pour Xa. flotte et les expéditions militaires coloniales ;

« 3. La commission socialiste internationale permanente sera chargée d'entamer et de régler, dans tous les cas d'importance internationale^ un mouvement de protestation et d'agitation antimilitariste uniforme et commun dans tous les pays ;

« Le Congrès proteste contre les soi-disantes conférences de la paix comme celle de la Haye, qui, dans la société actuelle, ne peuvent aboutir qu'à des déceptions fâcheuses, comme l'a démontré dernièrement la guerre du Transvaal.

« II. I. Le Congrès international socialiste de Paris flétrit avec indignation la politique sauvage d'oppression du tsarisme russe envers le peuple polonais et finlandais et engage les prolétaires de toutes nationalités, souffrant sous le joug du régime absolu, à se réunir pour la lutte commune contre cet ennemi commun de la démocratie et du socialisme.

« 2. Le Congrès condamne les atrocités du gouvernement anglais envers les Boers de l'Afrique du Sud.

« Le Congrès socialiste international de Paris, affirmant une fois de plus les sentiments de sympathie fraternelle qui doivent unir tous les peuples, s'élève avec indignation contre les violences, les cruautés, les massacres commis en Arménie^ dénonce aux travailleurs des deux mondes, la criminelle complicité des différents gouvernements capitalistes, engage les groupes parlementaires socialistes à intervenir à chaque occasion en faveur du peuple arménien, odieusement opprimé, auquel le Congrès adresse l'assurance de son étroite et ardente solidarité. »

C'est toujours la même chanson !

On créera, dans tous les cas d'importance internationale « un mouvement de protestation et d'agitation antimilitariste uniforme et commun dans tous les pays »; mais on ne revient pas sur les décisions des Congrès de Bruxelles de 1891 et de Zurich de i8g3 qui avaient condamné l'insurrection en cas de guerre.

Des formules vagues ! aucune résolution pratique!

Impuissant à concilier le patriotisme et l'internationalisme, le devoir militaire des socialistes envers leur patrie, en cas de guerre, et leur devoir révolutionnaire, le Parti socialiste international, dans ses Congrès nationaux et internationaux, a préféré ne pas regarder le problème en face.

Avec une habileté acquise dans les milieux parlementaires, ses leaders ont louvoyé, ergoté, ratiociné, parlé à côté de la question.

Un jour, vous les croyez antipatriotes, vous croyez qu'ils considèrent que les prolétaires n'ont pas de patrie, qu'ils n'ont donc aucune patrie à défendre.

Le lendemain, vous les entendez proclamer qu'ils se lèveront en masse si on fait mine d'attaquer leur patrie.

Ils sont patriotes, sans l'être, tout en l'étant.

Jusqu'à quand va durer cette savante stratégie ?

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