‹ Leur patrieChapitre 38 sur 41 · LA PATRIE EN DANGER · texte numérisé non relu

LA PATRIE EN DANGER

Il y avait bien quinze jours que les détracteurs du Parti socialiste lui laissaient la paix au sujet de la guerre. Cela ne pouvait durer. L'occasion s'étant offerte, ils l'ont saisie à la gorge et lui ont fait rendre l'habituelle rengaine : les socialistes pactisent avec l'ennemi.

Les variations sur ce thème leur ont été fournies par le discours d'un orateur du meeting clôturai du Congrès d'unité. Cet orateur, dont ils soulignent à dessein la qualité de membre de la Commission administrative, c'est-à-dire de l'organe central du Parti, aurait blâmé les journaux socialistes de leur patriotisme, ajoutant que, dans sa fédération de l'Yonne, la question relative à l'attitude à observer en cas d'agression contre la France était résolue depuis longtemps par la négative.

« Sans nous préoccuper, aurait-il dit, de savoir « quel serait l'agresseur, nous répondrions à l'appel « aux armes par la grève générale des réservistes. »

Je n'assistais pas à la réunion ; j'ignore donc si ces paroles ont été prononcées. Mais, de prime

abord, je mettrais ma main au feu que le sens et le texte en ont été travestis, car elles contredisent formellement et le sentiment et la doctrine socialistes.

Le socialisme étant la révolte contre l'asservissement des hommes par d'autres hommes et se proposant de mettre fin aux violences qu'exercent certains individus sur d'autres individus, certaines collectivités sur d'autres collectivités, un socialiste ne supportera jamais qu'un homme maltraite son semblable, ni qu'un Empire attaque les armes à la main une République dans un but de lucre ou de domination. Si cette République est sa propre patrie, le socialiste ne verra tout de même là un prétexte à l'abandonner sans défense aux coups de l'agresseur^ pas plus qu'il ne refuserait son aide à une femme violentée, sous prétexte que cette femme serait sa mère.

Voilà pour le sentiment socialiste, qui est, en somme, le sentiment humain.

La doctrine de notre Parti confirme cette donnée. En France, nous nous sommes toujours appliqués à dissiper la confusion volontairement établie par nos détracteurs entre l'internationalisme et l'antipatriotisme. Toutes les fractions socialistes professent sur ce point des principes identiques, ainsi qu'en témoignent les déclarations de tous ceux qui font autorité, de Jaurès à Guesde et à Vaillant.

Les socialistes de l'Yonne ne s'exceptent pas de cette règle. Témoin notre vieil ami Camélinat qui, attaqué aux dernières élections législatives dans son

passé de communard, répondait que la Commune avait été, en même temps qu'un soulèvement du Paris républicain et socialiste contre les menées monarchiques de l'Assemblée de malheur, une protestation du patriotisme parisien soulevé contre les capitulards.

Bebel, récemment, prononçait au Reichstag un discours où il réfutait cette accusation d'antipatriotisme, qui semble l'argument international des défenseurs du régime capitaliste. Il disait : « Au moindre danger, nous serions les premiers à mettre le fusil sur l'épaule, car, cette patrie allemande, elle est à nous plus qu'à vous... »

Personne n'a oublié les admirables protestations de Jaurès à la Chambre des députés, au sujet de notre prétendue adhésion à la violation du droit des gens commise sur la personne des Alsaciens- Lorrains.

Enfin, si l'orateur du meeting d'unité avait réellement tenu les propos que la presse nationaliste lui prête, il n'aurait obéi qu'à une préoccupation très forte de pacifisme, à moins d'un puffisme grossier et d'un cabotinage écœurant. Il aurait ainsi travaillé à la destruction de son idéal, car le moyen le moins faillible d'appeler sur soi une agression, c'est de publier son incapacité de défense ou sa résignation systématique à la défaite.

Le membre de la Commission administrative du Parti socialiste qui aurait prononcé le discours, que la réaction exploite avec délices dans tous ses jour-

naux, aurait donc manqué du même coup à la logique, à la doctrine socialiste et au sentiment d'humanité. Voilà pourquoi, il ne faut voir, dans cette invention, qu'un nouvel exploit des faussaires aux abois.

GÉRAULT-RiCHARD.

Viviani, ancien député de Paris, revenait à la charge dans le numéro de l'Humanité du 4 mai, dans l'article suivant, intitulé: « L'Idée de Patrie ».

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