‹ Leur républiqueChapitre 5 sur 14 · TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE CHAMBERY · texte numérisé non relu

TRIBUNAL CORRECTIONNEL DE CHAMBERY

Présidence de M. Comte

Aiidience du 7 décembre 1903

Presse. — Diffamation. — ;Maison de jeu Intervention d'un parlementairb.

L'élément essentiel du délit de diffamation consiste dans V imputation d'un fait net et précis susceptible de porter atteinte à Vlionneur et à la considération de la personne plaignante.

Le croupier d'un cercle étant poursuivi pour fraudes à la table de jeu, IL N'Y A PAS, DANS L'ETAT ACTUEL DE NOS MŒURS, BIPUTATION D'UN FAIT DIFFAMATOIRE dans V allégation que la maison de jeu aurait, pour obtenir une ordonnance de non-lieu, recouru, MOYENNANT FI- NANCES, A L'INTERVENTION D'UN PARLEMEN- TAIRE qui se serait employé dans V intérêt de V inculpé. Ces solutions ont été consacrées par le jugement suivant,

rendu après plaidoiries de M" Dardet et Favre :

* Le Tribunal,

« Attendu...

« Attendu que l'auteur de l'article a ainsi allégué, que,

à l'occasion d'une poursuite dirigée contre le croupier Gineste inculpé d'avoir commis une soustraction frauduleuse dans la salle de jeux du Cercle d'Aix-les-Bains, le conseil d'administration du Cercle avait recouru à V intervention d'une personnalité politique, qui se serait employée, dans son intérêt, moyennant une rétribution importante ;

« Attendu qu'il a ainsi allégué un fait précis et déterminé, mais qu'il importe de recherclier si cette imputation porte atteinte à l'honneur ou à la considération des demandeurs .

« Attendu, si Von tient compte des mœurs existantes, de la situation particulière de la Société demanderesse, qui reconnaît tirer ses principales ressources d'une maison de jeux de hasard, installée dans une partie de son établissement, qu'il paraît certain qu'elle se trouve dans V obligation de recourir fréquemment à V intervention de diverses personnalités politiques;

« Attendu qu'il n'est pas contraire à leur considération que ces personnalités, qui, pour intervenir, sont obligées d'employer leur temps, de faire des démarches, de fournir des conseils, acceptent la rémunération de leurs services;

« Attendu...

« D'où il suit que les éléments constitutifs du délit de diffamation ne se rencontrent pas dans la cause ;

« Par ces motifs :

« Renvoie le prévenu des fins de la poursuite, déclare les demandeurs mal fondés dans leur action, les en déboute, les condamne aux dépens ».

A la séance de la chambre du 29 janvier 1904 le Ministre de la Justice déclara qu'il avait luimême imposé au juge d'instruction l'ordonnance de non-lieu en faveur du croupier, c'est-à-dire

du tripot. Et cette intervention du Garde des Sceaux, avocat de l'un des principaux fripons de l'affaire Humbert, concordait parfaitement avec les trafics quotidiens d'Edgard Combes, fils et collaborateur du Président du Conseil.

Le jugement du tribunal de Chambéry consacre définitivement le « droit au chèque ». La vénalité du personnel parlementaire est reconnue comme un trait caractéristique des « mœurs existantes ».

Pourquoi Thérèse Humbert put-elle défier la justice sous le cabinet Waldeck-Rousseau, alors que l'avocat Waldeck-Rousseau avait dévoilé l'immense escroquerie six ans plus tôt ? Parce que le ministre de l'Agriculture du cabinet Waldeck- Rousseau, sénateur, dh^ecteur du Petit Parisien, possédait une créance de 500.000 francs contre les Humbert, et qu'il tenait à se faire rembourser, aux dépens de nouvelles dupes, avant de démasquer les escrocs.

Pourquoi, au contraire, les Humbert furent-ils poursuivis et condamnés sous le ministère suivant 1 Parce que leur ennemi, l'usurier Cattauï, avait pour conseil rémunéré le nouveau Garde des sceaux.

L'escroquerie avait duré vingt ans, parce qu'elle

avait pour complices tous les personnages influents de la République, politiciens, magistrats, parasites de tout ordre, qui empruntaient aux voleurs l'argent volé, qui profitaient de leur luxe, qui sollicitaient leur patronage, — et qui se taisaient en retour.

Plaidant pour Thérèse Humbert, M^ Labori prononça ces paroles (texte sténographié) :

On a, de l'autre côté de la barre, parlé avec quelque imprudence de ce que l'on appelait des diversions. Je ne permettrai pas, pour ma part, vous entendez bien, je ne permettrai pas qu'on parle ici de diversions. Dans ma carrière d'avocat, je n'en ai jamais fait une. A la barre, nous sommes les représentants d'un intérêt sacré et nous plaidons un dossier.

N'ayez pas peur, je ne ferai pas de diversion. Il serait pourtant facile d'en faire ! Ah ! messieurs les jurés, quel heaic procès nous pourrions plaider et comme nous serions sûrs des acclamations d'une presse qui, peut-être demain, nous reprochera avec quelque justice de n'avoir pas assez parlé !

Si nous ouvrions des scellés qui sont là (j'en ai des copies dans mon dossier), si nous jetions au vent de la pubhcité tous ces noms e^^ parmi eux les plus illustres, de ceux qui étaient prêts, il y a un an, à se faire les serviteurs de Mme Humbert, qui pourrait dire hautement qu'elle ne leur a jamais rien demandé, il serait facile de faire ici du scandale.

Je vous assure que je pourrais énumérer les noms de ceux qui, craignant peut-être que je ne fusse de ceux qui, parfois, à la barre, songent à irriter des passions personnelles, m'ont

fait supplier de ne point les compromettre, de ne poini les perdre et de ne point les déshonorer !

Qu'ils soient rassurés, je ne prononcerai pas un nom !

A une condition : c'est qu'on ne conteste pas, de l'autre côté de la barre, que les scellés sont pleins de papiers, de papiers dont quelques-uns ont été livrés au public.

Comme ce n'est aucun de nous ici, j'en suis sûr, je dis que c'est la police, que c'est le gouvernement ou quelqu'un qui touche au gouvernement. Et je n'hésite pas à le dire, moi qui, après tout, appartiens, sinon aux amis du gouvernement, du moins au parti qui le suit, sans que ce soit toujours de la façon la plus complète, cela est odieux, cela est infâme, et je proteste ! mais ce n'est pas en livrant des noms que je protesterai, messieurs les jurés, et à moins que l'accusation ne me dise que M. et Mme Humbert n'ont pas reçu chez eux les hommes les plus considérables de VEtat, à moins que l'on ne me dise cela, les scellés resteront fermés.

Si on prétendait qu'il n'en est rien, au risque de vous infliger de longues audiences, je voudrais que tous les papiers fussent ouverts et qu'on vous les lût, un à un, sans distinction.

Il y eut donc marché conclu entre la défense et l'accusation. L'avocat, uniquement attaché à son devoir professionnel, au salut de ses clients, ne divulgua pas les complicités que le pays avait intérêt à connaître.

Mais un peuple qui avait déjà trouvé «les hommes les plus considérables de l'Etat » dans le Panama et dans vingt filouteries ne devait pas s'étonner de les retrouver dans l'affaire Humbert. En les

dénonçant, M® Labori ne les eût pas « compromis, déshonorés, perdus ». L'infamie la mieux prouvée ne rebute point le suffrage universel : elle l'attire. Les pires scélérats du régime ne sont arrivés au faîte des honneurs et du pouvoir qu'après avoir encouru au grand jour les pires flétrissures. C'est en pleine connaissance de cause que la France les éht pour maîtres.

Parmi les « hommes considérables » que le discret avocat de Thérèse Humbert n'avait pas voulu « perdre et déshonorer » figurait naturellement la commandité de Monaco, des Assurances américaines et du Syndicat juif, le citoyen Jaurès Il essaya de nier. i\Iais il avait fait dire maladroitement (Petite République, 18 nov. 1903) que les dossiers Humbert étaient « une paperasserie sans intérêt ». A la Chambre, il refusa de voter l'enquête nécessaire, - comme Baïhaut eût repoussé l'enquête siu: le Panama. Et le Figaro confirma sa compUcité : or, le Figaro était renseigné de première main par le citoyen Henri Turot, collaborateur simultané à la rue Drouot et aux Cent Mille Paletots.

Dans plusieurs chapitres de V Histoire d'une

Trahison et de la Terreur Juive, on a rassemblé les documents qui établissent la vénalité, la fourberie, l'impitoyable cruauté de l'histrion sociaKste. Les inspecteurs du travail ont publié des rapports terribles contre le sweating System qui lui a valu une fortune; les syndicats ouvriers ont tenté (1) une protestation contre l'exploitation des femmes et des jeunes filles, qui restent quinze heures sur leur machine à coudre pour gagner 0,80 cen-

(1) Ordre du jour voté le 21 septembre 1901, à la Bourse du Travail, à l'unanimité, par la Fédération des chapeliers de France, la Chambre syndicale de la cordonnerie parisienne, a Chambre syndicale des tailleurs et couturières de la Seine, la Chambre syndicale des coupeurs, chemisiers, faux-cols et lingerie.

« Les travailleurs syndiqués, répondant à l'appel des organisations protestataires, réunis le 21 septembre à la Bourse du Travail, protestent énergiquement contre l'exploitation éhontée que fait le journal la Petite République, en vendant au public, des produits dits « primes », alors qu'elle ne fait qu'exploiter la consommation publique ;

« Déclarent la mettre en demeure de cesser cette vile exploitation et de ne vendre que des produits revêtus de la marque de connaissement ;

« En outre, ils invitent le prolétariat conscient à mettre cet organe à l'index et se prononcent affirmativement pour le flétrir avec sévérité.

times : un sou par heure. Mais la Sociale politicienne n'y a rien perdu.

Le 27 avril 1789, l'usine de Réveillon était incendiée, au faubourg Saint-Antoine, parce que ce fabricant de papiers peints avait dit : « Les ouvriers peuvent vivre avec 15 sols par jour ». Ce fut la première fusée de la Révolution. Cependant les 15 sols de 1789 valaient deux ou trois fois les 0,75 centimes du magasin Jaurès, qu'on ne brûle point.

A Pétersbourg, en 1904, la Baletta, maîtresse du grand-duc Alexis, fut huée en plein théâtre et contrainte de fuir, parce qu'elle portait au cou, en une croix de rubis, les millions volés par son amant dans la caisse de la Croix-Rouge. Mais le Prolétariat français se sentit très honoré quand les diamants de la baronne de Bessoulet illuminèrent, à l'Elysée, le gala donné au roi d'ItaUe. Le Parti socialiste de France avait pourtant prouvé le vol commis au préjudice des femmes et des enfants affamés du Creusot.

L'affaire des Assurances américaines (V. Terreur Juive p. 48 et suiv.), comme l'acte social de Y Humanité, comme les engagements des citoyens

Millerand et Briand avec la banque Péreire, comme cent autres épisodes de la vie politique contemporaine, font ressortir la continuelle complicité des meneurs démagogues avec les exploiteurs capitalistes. L'état-major de la Bourse commandite régulièrement Tétat-major de la Sociale-Lucullus pour le tenir en bride, et pour esquiver les futures redditions de comptes. La prédication socialiste, dès lors, prend l'apparence d'un chantage exercé sur la haute finance au profit de quelques gredins.

Quand la bourgeoisie entreprit sa Révolution, l'aristocratie lui dépêcha le noble Mirabeau pour faire dévier le mouvement ou pour le paralyser. Ce Méridional fort en gueule « n'était pas un ascète » ; il lui fallait « la vie large » ; il se vendit à la cour ; les preuves de sa trahison ne furent découvertes qu'après sa mort, dans la fameuse armoire de fer. La caricature de Mirabeau que la bourgeoisie, à son tour, dépêche au quatrième Etafpour l'empêcher d'accomplir Vautre Révolution, étale aussi un large ventre et de gros appétits ; mais la trahison éclate à tous les guichets des sociétés financières, à tous les talons de chèques, à tous les

marchés du Parlement et de la presse, sans qu'il soit besoin d'attendre les révélations du hasard (1).

Et le peuple est corrompu par l'exemple. Comme tous ses maîtres se vendent, il se vend.

Il admet leur vénalité parce qu'il en escompte quelques profits. Non seulement l'électeur isolé ne résiste pas à l'attrait d'une faveur administrative, d'une pièce d'or, parfois d'un écu ; mais des circonscriptions entières se mettent à l'encan. C'est par là que les forbans juifs, imjxitients d'exercer en pleine lumière le pouvoir qu'ails détenaient depuis longtemps dans la coulisse, et de se substituer à leurs hommes de paille, envahissent

(1) H est touchant de voir avec quelle sympathie le citoyen Jaurès, vendu à tous les forbans de finance pour défrayer sa « vie large », parle du vendu ]\Iirabeau :

« On souffre à lire le petit billet où Louis X^T parle du grand homme comme d'un intrigant qu'il paie fort cher ; évidemment en acceptant ou même en sollicitant cette mensuaUté royale, Mirabeau avait afîcvibli d'avance l'effet de ses conseils sur le roi. Ses dettes l'avaient acculé ; il se débattait contre des embarras d'argent implacables, et il se disait à lui-même, pour consoler sa fierté secrètement meurtrie, qu'en se délivrant de ces soucis qui l'obsédaient, il pourrait se donner tout entier à la Révolution ». {Histoire socialiste, I. 366).

L'argument final est une \T.'aie trouvaille 1

le Parlement. Nous avons étudié ailleurs {Terreur Juive, p. 40 et suiv.) l'élection de M. L.-L. Dreyfus à Florac (Lozère). Les frères Reinach, portant le nom le plus méprisé de France ( 1 ), incarnant les pires ignominies du régime, ont osé se présenter aux citoyens des Basses-Alpes et de la Haute-Savoie, une liasse de billets de banque à la main. Et ces citoyens les ont élus : pour qu'un peu de l'argent volé à d'autres Français passât dans leurs poches, ils ont livré le mandat législatif à des échappés du ghetto de Frankfurt, aux neveux et continuateurs de Von Reinach.

{\) La Petite République du 7 août 1894 s'exprimait ainsi sur le compte de ce personnage.

« Pas de semaine sans que les journaux n'annoncent un nouveau scandale judiciaire où le nom de Reinach brille du plus vif éclat. C'est- tantôt l'affaire Barbe-Reinach, tantôt l'affaire Arton-Reinach, ou encore Herz-Reinach, Rouvier- Reinach.

« Si les titres varient, la marchandise qu'ils' recouvrent reste invariablement nauséabonde. Partout où l'on rencontre le nom fatidique, on est certain qu'il y a chantage, vol, rapine, corruption, escroquerie.

< C'est, d'ailleurs, ce qui explique l'influence de l'immonde Yousouf sur la politique gouvernementale ».

GÉBAULT-RiCHABD.

Aussi bien que les Hébreux millionnaires, un Boni de Castellane, aristocrate réactionnaire, ou un Berteaux, boursier démagogue, achètent leur part de souveraineté à prix débattu. Le jour où quelque Yankee milliardaire aura la fantaisie de se faire naturaliser Français pour devenir César, il lui en coûtera moins cher que pour fonder une Université à Chicago.

a' Carmaux, avant l'intervention des baïonnettes et du policier Simon pour l'élection du Mangin sociaHste, les Fonds Secrets et les subsides de la Banque juive avaient inondé la circonscription. A Saint-Etienne, pour la réélection du citoyen Aristide Briand, toutes les ressources budgétaires furent mises à contribution.

Les socialistes honnêtes représentaient au troupeau électoral que le candidat officiel avait trahi tous ses engagements, que son Parti avait dû l'expulser, qu'il était l'homme de paille d'une banque juive et d'un ancien député de l'Empire.

— « Que nous importe ? répondaient les électeurs : pourvu qu'il nous arrose... »

Les sociaUstes honnêtes insistaient : comment pourrait-on concevoir que les mineurs de la Loire,

des « prolétaires conscients », choisissent pour représentant le ministre républicain qui offrait son hommage au tsar, qui autorisait l'emprunt impérial pour écraser la Révolution russe, qui — à cette heure même — jetait 30.000 soldats armés sur les mineurs du Pas-de-Calais et du Nord, faisait « dragonner » les corons, traîner en prison les femmes, enchaîner les enfants blessés. — « S'il est ministre pour sabrer nos camarades, ripostaient les prolétaires conscients, il est ministre aussi pour nous distribuer des pourboires ; donc, il est notre homme ».

Et ils l'élurent avec une majorité énorme, sans concurrent sociaHste, sans qu'un seul travailleur se fût trouvé pour sauver l'honneur de sa classe.

Ministres vendus, parlementaires vendus, peuple vendu, RépubUque à vendre (1).

(1) Urbem venalem et mature perituram, si emptorem invenerit.

La Réaction

Depuis trente-cinq ans, cette République est le mensonge. Elle est aussi la réaction.

Les débuts du ministère Clemenceau-Briand, les dragonnades du Pas-de-Calais chez les survivants de Courrières, l'armée entière mobilisée pendant un mois contre la classe ouvrière à propos de la journée de huit heures, les élections générales de 1906 faites sous les baïonnettes, se rattachent aux belles traditions des gouvernements de coup d'Etat. Les textes qu'invoquent les dictateurs et leurs policiers — (quand ils prennent la peine d'en invoquer) — appartiennent aux périodes de coup d'Etat.

Pénétrons dans le détail.

Pendant dix ans, les « militants » socialistes, en quête de mandats, se glorifiaient d'être les « commis- voyageur s » en grèves ». Dans tous les conflits du travail, ils accouraient, exhortaient les ouvriers à la résistance, jetaient feu et flammes

contre les « patrons exploiteurs «. Le citoyen Jaurès, fraîchement échappé des sacristies et tout humide encore de la rosée du Jourdain, soutenait contre le grand patron Rességuier le « droit d'intervention » des politiciens entre le capital et le travail.

A mesure que la bande approche du pouvoir, et qu'elle y accède, elle change de point de vue. Lre mot d'ordre est donné de faire obstacle à tous les propagandistes, flétris du nom de « démagogues » par les démagogues de la veille. Le citoyen Aristide Briand, retardataire, continue d'abord de prêcher la grève générale révolutionnaire et l'insurrection armée. Mais l'avènement du baron sociaUste Millerand au ministère achève la conversion générale. C'est avec l'approbation tantôt tacite, tantôt expresse, de la bande Jaurès au Parlement et dans la presse, que le cabinet Waldeck-GalUffet-Millerand, puis le cabinet Combes ordonnent les sanglantes répressions de Chalon, de la Maitinique, d'Hennebont, de Limoges et de Longwy et font intervenir la troupe dans vingt grèves importantes. C'est avec l'appui du groupe sociaUste parlementaire que le ministre

Combes (circulaire relative aux cantonniers) et le ministre Pelletan (circulaire relative aux ouvriers des arsenaux) suppriment le droit de grève pour les fonctionnaires.

Au commencement d'avril 1906, les facteurs des Postes se mettent en grève à Paris. Appliquant la doctrine de Combes-Pelletan, le ministre. Barthou, ancien collaborateur à poigne de M. Dupuy et de M. Méline, frappe durement ces travailleurs rebelles : et l'ordre du jour d'approbation (12 avril) est présenté à la Chambre parle socialiste Gabriel Deville, ancien lieutenant de Guesde, depuis affidé du citoyen Jaurès.

Dans la grève violente qui suit la catastrophe de Courrières, toutes les mesures de répression sont ordonnées à la requête des élus sociaHstes : de M. Selle, maire et député socialiste de Denain, et de M. Basly, maire et député sociaHste de Lens, tous deux appartenant au Parti unifié. Les journaux socialistes affirment ou insinuent que les « meneurs » de la grève sont des « agents de la réaction » : ce qui impliquerait que les Jaurès, les Rouanet, les Viviani, et tous leurs caudataires, excitateurs de grèves pendant dix ans, étaient

alors à la solde des royalistes ; et la déduction serait confirmée par les copieux émargements de la rédaction de la Petite République socialiste aux caisses réactionnaires àeV Eclair et du Figaro. A Lens, le 20 mars, le député socialiste « unifié » Basly dénonce en ces termes les « meneurs » de la grève :

Regardez ces gens, et d'où ils viennent.

L'un est professeur sans emploi, l'autre est verrier, un autre est journaliste anarchiste...

Aucun n'est du bassin liouiller, tous ^dennent de Paris ou d'ailleurs, sans être appelés par personne, avec de l'argent qui vient de quelqu'un, pour semer la division ouvrière.

C'est mot pour mot ce que disaient les grands patrons, en 1896, contre le citoyen Jaurès et sa bande, pour interdire l'accès de leurs fiefs industriels. En 1906, le langage de M. Rességuier et de ses confrères est repris textuellement par les parvenus socialistes qui veulent interdire aux concurrents l'accès de leurs fiefs électoraux. L'ex-cabaretier Basly parle avec un merveilleux mépris de « ces gens », qui ne sont pas de la localité ; de ces « professeurs sans emploi », (comme le citoyen Jaurès) ; de ces simples ouvriers verriers qui osent frayer avec les mineurs. Et le mi-

nistre socialiste Briand expédie trente mille hommes de troupes à ses compères Selle et Basly pour maintenir les ouvriers dans le devoir.

A la veille du procès de l'Association Internationale Antimilitariste, le Figaro s'était distingué par la violence de ses délations ; il fulminait contre « les énergumènes infâmes, les apôtres de la désertion )) ; il réclamait « une prophylaxie énergique, immédiate, par tous les moyens » (17 et 19 octobre 1905). Au moment où l'on appréhendait la manifestation du pr mai, le même Figaro redoublait de véhémence pour conseiller une saignée ouvrière •

Vis à vis de véritables insurgés (les ouvriers qui demandent la journée de huit heures), d'ennemis implacables de la Société, une seule politique s'impose : celle du maintien de l'ordre par la force et à tout prix. (8 avril 1906.)

Or, le Figaro avait à cette époque, et depuis longtemps, comme collaborateur politique, le citoyen Henri Turot, qu'on avait vu simultanément serviteur obséquieux des princes d'Orléans, rédacteur quotidien de VEclair furieusement nationaUste, rédacteur quotidien de la Petite République socialiste. En 1906, à la fois conseiller municipal collectiviste révolutionnaire du XVIIP

arrondissement, socialiste ministériel à la Petite République, enragé réactionnaire au Figaro, ce remarquable échantillon du Socialisme unifié poussait les travailleurs à la révolte (1) dans les meetings, les mouchardait rue Réaumur, et demandait qu'on les mitraillât rue Drouot.

Ce rôle complexe eût été sévèrement jugé par les répubhcains des anciennes générations ; peutêtre eût-il été dangereux. Il est, aujourd'hui, très rémunérateur et ne surprend personne. Au contraire. Les conciles du Parti n'y voient rien à blâmer.

Le l^r novembre 1905, la Petite République prit

(1) H publiait encore une petite feuille que n'a jamais signalée le Figaro et qui s'appelait la Carmagnole, avec des poésies dans ce goût :

Allons, enfants, vite en campagne Guerre aux exploiteurs, nous dit-on ; Allons, filous, voleurs, au bagne...

Envoyons les curés au diable :

H les ^éclame, nous dit-on ; Que notre haine les accable...

Barons, financiers, faites place, On est bien au château, dit-on Depuis longtemps, l'on s'y prélasse :

Populo s'y plaira

pour secrétaire de la rédaction le journaliste qui remplissait ces fonctions dans un journal ultra-nationaliste .

Au mois de juin 1906, un journal parisien demanda aux représentants de la classe riche leur avis sur la Révolution qui vient. Plusieurs répondirent qu'ils n'étaient pas inquiets « parce que la Haute Banque ne peut pas permettre la Révolution, et qu'elle tient en laisse tous les chefs radicaux ou socialistes ».

Pour la campagne électorale de mai 1906, V Humanité du citoyen Jaurès (13 mars) avait chaudement recommandé la candidature « radicale socialiste » de « M. le comte Mathieu de Noailles », en même temps que les produits littéraires de Madame, née princesse de Brancovan. Les bons ouvriers se sentaient fiers de si belles fréquentations, comme de la candidature « radicale socialiste » de M. le duc de la Trémoille, prince de Tarente, soutenue par un rédacteur socialiste de la Lanterne ; comme aussi de l'adhésion du vidame de Hault de Pressensé, qui donnait à la troupe Jaurès des leçons d'élégance et de maintien pour dîner chez les comtesses,.

Le prolétariat conscient organisait ainsi la lutte de classes.

Quand le Bloc et l' anti-Bloc se disputèrent la succession prochaine du Président Loubet, les citoyens Jaurès et Clemenceau menèrent une campagne féroce contre M. Doumer. Les bons arguments d'ordre politique ne leur auraient pas manqué ; mais ils relevaient contre leur adversaire un grief particulièrement grave ; ils lui reprochaient tous les jours d'être « un aventurier ». L'ancien vice-roi de l'Indo-Chine est en effet, de la plus humble origine ; — il est né dans la misère ; il a travaillé à l'atelier. Aux yeux de M. Clemenceau, médecin, et de M. Jaurès, professeur de Faculté, châtelain, neveu d'amiral, M. Doumer garde la tare du « travailleur manuel ».

La caste bourgeoise, qui a confisqué le bénéfice de la Révolution, s'est substituée à la caste nobiliaire, et elle est aussi peu disposée que l'autre, à tolérer les intrus. Elle permet aux gens du quatrième Etat de combattre pour elle, dans les conjonctures critiques ; mais elle trouve déplacé qu'ils aspirent aux profits et aux jouissances du pouvoir. Elle s'en réserve le monopole. L'ex-ou-

vrier Doumer est un « aventurier », comme le bourgeois de l'Ancien Régime faufilé dans les grandes charges était un « aventurier ». Les naïfs prolétaires acceptent docilement cette thèse de leurs maîtres. Parmi les candidats estampillés du Parti Socialiste en 1906, les trois quarts étaient des bourgeois bourgeoisants.

Du vidame de Hault de Pressensé, député collectiviste unifié de Lyon, le Vieux Cor délier donnait naguère ce croquis :

Cet homme politique fournit une somme de travail coùsidérable :

— de dix heures à midi, rédacteur opportuniste, capitaliste et biblique au Temps ;

— de midi à deux heures, social-Lucullus chez Peter's ;

— de deux à six heures, mameluck ministériel au Palais- Bourbon ;

— de six à sept heures, socialiste révolutionnaire à V Aurore, puis à V Humanité ;

— de sept à neuf heures, social-LuouUus chez Foyot ;

— de neuf à onze heures, anarchiste dans les meetings ;

— de onze heures à minuit, Anacréon chez les... Muses, avec ses jeunes poètes favoris ;

— après minuit, philosophe spirituahste, et gentilhomme.

Un jour, dans V Humanité, le citoyen Jaurès flétrissait, à propos d'une discussion de politique étrangère, « la perfidie empoisonnée du Tem^ps,

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son fétichisme ignominieux, et le sombre venin (sic) de sa vertu ». Le rédacteur anonyme de la politique étrangère au Temps était précisément le vidame de Pressensé, collaborateur du même Jaurès à V Humanité (1).

Ces cumuls étranges favorisent de fructueuses combinaisons. Ainsi, pendant la lutte des Boërs contre les Anglais, le docteur Leyds, agent finan^ cier du président Kruger, vint à Paris avec 75 millions pour se concilier la presse européenne. Sa cause était bonne ; mais il supposait que 75 mil- Kons de gratifications la feraient paraître meilleure. En efEet, il fut assiégé par les « ami? de la Justice ». H trouva notamment dans son courrier une lettre qui lui réclamait des subsides au nom de M. de Hault de Pressensé. La requête exposait que M. de Hault de Pressensé, tribun révolutionnaire (le soir) à V Aurore, présidait aussi (le matin) à la politique étrangère du Temps : de sorte que les bulletins diplomatiques du Temps se ressenti-

(1) Le respectable vidame se rattrapait en racontant, dans les salles de rédaction, les succès galants d'un sous-préfet de Villefranche (Tarn), et la mémorable tentative de chantage du citoyen Jaurès sur le multimillionnaire Edwards.

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raient de la satisfaction éprouvée par le rédacteur de V Aurore... Le docteur Leyds, qui avait pris d'autres arrangements, refusa celui-là. Mais l'incident nous promet un intègre ministre des Affaires étrangères dans le premier ministère socialiste.

Quand les monarques étrangers rendent visite au gouvernement français, ils sont charmés de la platitude républicaine, et de l'obséquiosité socialiste. Ils rêvent, pour leur tranquillité, des sujets comme nos révolutionnaires.

Le citoyen Brousse, président du Conseil municipal, et le citoyen Turot, secrétaire, tous deux socialistes unifiés, ont conquis par leurs génuflexions et leur baise-mains la bienveillance de plusieurs souverains. A Londres (octobre 1905), ils obtinrent l'autorisation de porter des fleurs et de prier sur la tombe de la reine Victoria et du Prince consort ; le roi Edouard VII daigna les recevoir à la cour.

A Paris, le même roi d'Angleterre fut en butte à leurs empressements ; le roi Carlos de Portugal dut leur faire une ample distribution de rubans du Christ et de V Immaculée Conception. Ils se dé-

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passèrent eux-mêmes aux pieds du jeune Alphonse XIII, qu'ils relancèrent ensuite à Madrid. Cet adolescent incarnait un des gouvernements les plus arriérés de l'Europe ; il portait déjà la responsabilité de crimes atroces ; il avait affirmé son précoce fanatisme dans une lettre à l'archevêque de Tolède (1) où l'on sent un souffle de Saint- Barthélémy. Son Conseil supérieur de guerre venait de délibérer solennellement pour accorder les honneurs de colonel à saint Antoine ; les honneurs de général de brigade à la Sainte Vierge vulgaire ; les honneurs de général de division à Notre-Damedes- Abandonnés ; les honneurs de général en chef àNotre-Dame-du-PilierdeSaragosse. Les conseillers

(1) Lettre au cardinal Casanas, qui dénonce le projet d'établir un temple anglican à Barcelone :

<t Comme roi catholique et fils soumis et croyant de la seule « véritable Eglise, cet attentat à la foi de nos ancêtres et à la <i religion d'Etat dont il a plu à la divine Providence de me

confier les destinées m'af&ige profondément.

« Je n'hésite pas à assurer monseigneur le Cardinal que je <i ferai tout ce qui est dans mes attributions de souverain « constitutioimel pour que mon gouvernement fasse échouer <( les projets que signale Votre Eminence, dont j'implore la « bénédiction ». '

Alphonse XIU.

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municipaux socialistes de Paris, prêtrophages insatiables et furieux athées dans les clubs, furent aux genoux du petit roi « clérical » comme les plus éhontés courtisans. Mais le Parti socialiste applaudissait.

Au mois d'août 1903, la Commission executive de la Junte des républicains espagnols publia, sous la signature des citoyens Sotorra, J.-L. Lapuya, A. Vinardell Roig, une éloquente protestation. Les républicains espagnols dénonçaient l'accord secret du gouvernement républicain français avec le gouvernement royal, your la sauvegarde de la monarchie en Espagne. En échange de son concours policier, la République française comptait sur les bons offices de l'Espagne au Maroc, et sur des concessions de chemins de fer pour quelques politiciens d'affaires. Avant même la pubUcation de ce manifeste, l'accord qu'il signale avait été révélé dans le Times de Londres (22 juillet) et dans V Eclair de Paris.

Il était depuis longtemps en application. Le ministère Combes, fonctionnant sous le contrôle du chef socialiste Jaurès, avait interdit la circulation en France du journal républicain El Pais,

Comme les députés républicains espagnols Lerroux, Junoy, Ibanez et Soriano devaient assister à une réunion tenue au Grand-Orient, le même ministère Combes leur interdit de prendre la parole sous peine d'expulsion immédiate.

Réciproquement, au mois de novembre 1903, le ministère Villaverde expulsa d'Espagne les députés français Dejeante, Bagnol et Villette, qui avaient été conviés à l'inauguration d'une Maison du Peuple à Barcelone, et au Congrès de la Libre-Pensée à Madrid. Le ministère Combes approuva pleinement ce procédé, dont il avait donné l'exemple.

Au mois d'octobre 1905, comme le président Loubet rendait visite au jeune Alphonse XIII, les républicains espagnols eurent l'idée bizarre de lui offrir leurs hommages. Le président de la Répubhque française avertit la poUce espagnole de les écarter : ce qui fut fait. Mais, le mois suivant, Alphonse XIII, traversant Paris, reçut famihèrement M. Déroulède, organisateur habituel de pronunciamientos contre la République.

Il est établi que la poHce du sultan tire des informations de la bande Jaurès sur les menées des

Jeunes Turcs et des Arméniens en France et en Angleterre. La vénalité du monde poKtique français fait la sécurité du Grand Assassin. Dans l'affaire Tubini-Lorando, le courtier Gourmes réclama des héritiers, devant le tribunal de la Seine et devant la F^ chambre de la cour, une commission de 600.000 francs pour avoir décidé M. Waldeck-Rousseau à mettre l'escadre de la Méditerranée au service des mercantis levantins. En juin 1904, le procès de M. André Tardieu contre le Figaro prouva que ce journal, et plusieurs autres, et des diplomates, et des hommes politiques, sont à la solde d'Abd ul Hamid. Enfin, tandis que le socialiste Jaurès feignait de plaider la cause des Arméniens devant l'Europe, il obtenait du sultan massacreur, pour son frère le commandant Jaurès, la croix de commandeur de l'Osmanié, prix de services policiers.

Sous le ministère Waldeck-Millerand-GalHÊfet, c'est avec l'assentiment du Bloc républicain et sociaHste que fut expulsé le député socialiste italien Morgari, coupable d'avoir prêché à Marseille la fraternité internationale des travailleurs.

En juillet 1903 fut annoncé le prochain voyage

9(à LEUR RÉPUBLIQUE

des souverains d'Italie à Paris. Le gouvernement royal avait fait mitrailler le peuple de jVIilan ; les bagnes italiens étaient pleins de socialistes ; les journaux et les propagandistes républicains étaient traqués sans merci. Le Comité socialiste interfédéral français eut donc l'idée d'organiser, à Paris, une manifestation vengeresse contre le monarque fusilleur ; mais le Comité de direction du Parti socialiste italien demanda, dans l'intérêt du bon accord entre les deux peuples, que les socialistes de France s'abstinssent de toute démonstration : la protestation devait être « silencieuse ».

Le citoyen Jaurès, qui contemplait d'un œil d'envie les Ordres impériaux et royaux collectionnés par le socialiste baron IVIillerand, s'éleva résolument contre l'idée de manquer aux galas ; il voulait sa part des banquets et des baise-mains ; la dame de Boussoulet tenait à paraître dans les cours. La Petite République socialiste (18 juillet 1903) publia c^tte cynique amplification de la formule : « Nous ne sommes pas des ascètes ! » Le vieux et respectable Amiicare Cipriani, qui avait passé le tiers de sa vie dans les cachots ita-

liens, fut expulsé provisoirement des colonnes de la Petite République où on lui permettait de maudire la maison de Savoie ; les dithyrambes du citoyen Jaurès remplacèrent ses invectives.

Au mois d'octobre, enfin, le roi et la reine d'Italie arrivèrent. Le ministère Combes fit arrêter en masse, immédiatement, plusieurs centaines d'Italiens qui avaient eu la naïveté de se fier à l'hospitalité française. Les uns furent expulsés, les autres tenus en prison sans jugement. La Confédération générale du Travail publia une vigoureuse protestation que tous les journaux socialistes passèrent sous silence. Les fêtes commencèrent.

La presse républicaine décrivit les attitudes de la dame Loubet « pâle d'émotion », présentant à la Reine « les dames de la Maison militaire et de la Maison civile ». M. Mollard lui-même était « profondément émotionné » (U Action) devant Leurs Majestés. Toute la valetaille républicaine è^xovcçsÀt {L'Action) « l'impression d'un retour au passé, d'un rappel des pompes royales ». On comparait respectueusement les signes de croix de la Reine et de la Présidente dans la chapelle du château de Versailles, Ls diadèmes de la

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Présidente et de la Reine à l'Opéra. Les feuilles du Bloc imprimèrent la longue énumération des « Truffes de Périgord au Champagne, Marquises au clicquot, Ananas Pompadour, ris de veau Régence, poulardes Sévigné, Spooms au Lacryma- Christi » consommés par les princes. La Petite République socialiste cita avec orgueil, parmi les convives du gala de l'Elysée, le citoyen Jaurès, encadré de la duchesse d'Ascoli et de la comtesse Guicciardini, dames d'honneur, et la citoyenne Jaurès, éblouissante de diamants entre le comte Bruschi Falgari et le capitaine Leonardi di Casalino y Pismenzo, gentilshommes du Roi.

Tous les prolétaires français s^ redressèrent fièrement. Ils eurent une pensée de mépris pour les socialistes italiens emprisonnés ou fusillés. Le lendemain même des agapes royales, le tribun de Bessoulet gourmanda durement {Petite République, 17 octobre) les ouvriers d'Armentières, qui s'étaient laissés aller « à des violences à la fois enfantines et coupables ». Il revêtit sa jaquette spéciale pour meetings, et se rendit sur le théâtre de la grève pour ramener les affamés à l'obéissance.

LEUÏt RÉPtTBLIQXJE 98

La représentation étant close, et les barons socialistes ayant savouré ces royales jouissances, leurs journaux insérèrent une déclaration violente des Comités contre Victor-Emmanuel II, bourreau du prolétariat italien, etc., etc. {Petite Bépuhlique, 20 octobre, p. 3, petit texte). Les souverains étaient partis, les truffes étaient digérées ; il n'y avait plus d'inconvénient.

Le Comité interfédéral du P. S. F., était-il dit, affii-me hautement ses sentiments de solidarité à l'égard de toutes les victimes du roi d'Italie et invite les militants, les élus du Parti socialiste français, à se tenir à l'écart de toutes les manifestations humiliantes dont sa venue est l'occasion, sous peine de déchoir aux yeux du prolétariat révolutionnaire.

La déchéance n'était pas grave, puisque le « prolétariat révolutionnaire » continua d'obéir aux cyniques politiciens dont il flétrissait ainsi les actes.

Une conjoncture analogue se produisit à l'occasion d'un voyage projeté du tsar à Rome. Le Parti socialiste italien annonça l'intention de recevoir très mal Nicolas II ; et les socialistes français l'y encouragèrent en ces termes :

Le Comité interfédéral du P. S. F. adresse ses vives félicitations pour son admirable campagne contre le tsarisme

russe au Parti socialiste italien, en particulier à VAvanti et à son vaillant directeur Enrico Ferri.

Il constate avec joie que cette protestation, dans laquelle le socialisme représentait la conscience morale de l'humanité, a été couronnée de succès. En empêchant la venue à Rome de l'homme qui est encore couvert du sang des prolétaires manuels et intellectuels de Russie, en flétrissant le bourreau de la Finlande et de l'Arménie, nos camarades d'Italie ont bien mérité du sociahsme international.

Or, à ce moment même (Petite République, 8 ocbre), le chef du dit Parti socialiste français, le citoyen Jaurès, adressait à VAvanti, à Enrico Ferri, au Parti socialiste italien, les plus vives remontrances pour qu'ils fissent bon accueil au tsar Nicolas. Le Parti socialiste français n'en continua pas moins de montrer à son dictateur la plus basse servilité.

Depuis les premiers jours de ralliance francorusse, une police russe fonctionne ouvertement à Paris. En 1900, le chef de la police secrète du tsar, M. Ratchkowsky, était le commensal ordinaire des chefs sociaHstes français, dont le principal, baron Millerand, avait été l'avocat et le confident des nihihstes réfugiés à Paris. Les services que les citoyens Millerand, Jaurès et consorts purent ainsi rendre à l'autocrate furent payés

par les grands cordons de Sainte- Anne, de F Aigle- Blanc, etc.

A chaque visite du tsar ou de ses envoyés, des centaines d'exilés russes étaient perquisitionnes, emprisonnés, expulsés ou extradés par simple mesure de police, et leurs papiers livrés à l'ambassade russe. Les ministères Waldeck-Rousseau- Millerand, Combes, Clemenceau, y mirent autant ou plus de brutalité que M. Charles Dupuy et M. Ribot. On peut dire que les trahisons de la République française ont peuplé de victimes les prisons de Russie et les bagnes de Sibérie.

Au cours de la guerre russo-japonaise, les Japonais traitèrent avec beaucoup d'humanité les innombrables prisonniers russes ; ils leur procurèrent des livres, des brochures, des journaux. Le consul général de la République française intervint, pour empêcher que les sujets du tsar n'eussent l'esprit gâté par de mauvaises lectures ; il insista pour que les « bibliothèques circulantes » des prisonniers russes au Japon fussent soumis à la censure russe !

En 1906, pour leurs débuts, les citoyens Briand et Clemenceau ont célébré (Déclaration ministé-

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rielle du 14 mars) le bienfait de l'alliance qu'ils avaient, depuis dix ans, dénoncée comme un fléau et comme une honte. Ils ont autorisé, moyennant large commission, l'emprunt de nouveaux milliards par l'autocrate pour mater son peuple rebelle. Le citoyen Clemenceau est devenu l'hôte assidu de l'ambassade russe.

Il s'y montre, du moins, publiquement. C'est avec mystère que, tout le long de l'imbroglio marocain, le citoyen Jaurès se glissait à l'ambastade d'Allemagne, pour prendre la consigne de la Chancellerie impériale : tel que Gambetta, naguère, fréquenta chez la Païva, pour y recevoir d'Henckel de Donnersmarck l'inspiration de Bismarck. Mais le prince Radolin, représentant de Guillaume II, dédaigne ces précautions quand il porte les ordres de son maître, en plein jour, chez le tribun socialiste français...

Nous avons exposé ailleurs comment les démocrates norvégiens, après la rupture entre la Norvège et la Suède, avaient eu le projet d'établir chez eux la République ; comment ils essayèrent d'obtenir, non pas même un concours effectif, mais un appui moral, une manifestation sympathique

des républicains français ; et comment le Bloc tout entier — à l'exception d'une cinquantaine de députés sur 590 — favorisa l'établissement d'une Monarchie. C'est un épisode peu connu, mais extrêmement intéressant et significatif. (V. la brochure La République escamotée en Norvège).

Les Caméléoas

La République « bourgeoise » ayant vécu trentecinq ans de fourberie, la République « sociale » s'apprête évidemment à continuer la tradition. Quoique les politiciens socialistes aient beaucoup exploité r antimilitarisme et l'anticléricalisme, il reste difficile de déterminer dans quelle mesure ils combattent ou soutiennent l'institution militaire et la superstition religieuse. Non seulement dans leurs actions, mais dans leurs écrits, les contradictions abondent : contradictions voulues, préméditées, qui leur permettent de produire les « preuves » de leurs opinions diverses devant des publics différents.

Ainsi, le Parti socialiste professe quelquefois l'internationalisme ; les socialistes de France déclarent qu'ils sont « une Section de l'Internationale ouvrière ». Mais le citoyen Brousse, un des Pontifes du Parti socialiste unifié, alors président du Conseil municipal de Paris, faisait (1905)

les déclarations suivantes au très nationaliste Echo de Paris :

Ne croyez pas que les théories antimilitaristes que certains individus cherchent à répandre en ce moment puissent recruter de nombreux adeptes à Paris... Soyez certain que si, à Paris, au lendemain d'une déclaration de guerre, certains voulaient encore continuer leur propagande antimilitariste, ils seraient vite mis à la raison, quand ce ne serait que par leurs propres disciples.

On prétend amener un rapprochement entre la France et l'Allemagne : est-ce une chose possible ? Depuis que l'esprit prussien s'est emparé de l'Allemagne, c^est insensé de songer à de 'pareilles choses.

Peu importent les classes, les religions, les opinions en pareille matière. Je me suis trouvé souvent avec des Allemands ; ces gens -là ont d'autres conceptions que les nôtres et ceux qui représentent, de l'autre côté du Rhin, mes idées politiques sont logés à la même enseigne. Un commerçant allemand est avant tout un pangermaniste ; un ministre allemand est avant tout un pangermnaiste ; un socialiste allemand est avant tout un pangermaniste. Le moment est donc bien choisi pour prêcher le désarmement, lorsque, le long de notre frontière, vivent des milhons d'hommes qui ne rêvent que d'agrandir leur pays et, par là même, leur puissance !

Je le dis bien haut, tant que de pareils dangers existeront, la caserne sera peut-être un mal, mais ce sera un mal nécessaire et que tout bon Français devra joyeusement accepter ».

Il est « insensé » de songer au rapprochement de deux grands peuples civilisés ; il ne faut songer qu'au massacre. L'homme qui tient ce langage

a passé toute l'année 1905 aux pieds du roi d'Angleterre, du roi de Portugal, du roi d'Espagne. Et c'est un des papes du prétendu socialisme internationaliste. Voi'à les idoles du « prolétariat conscient ».

Peu de temps après, des Allemands de Westphalie accouraient à Courrières et déployaient un héroïsme extraordinaire pour secourir les ouvriers français, victimes de la catastrophe !

Le citoyen Jaurès publiait, en 1900, sous le titre d^ Action socialiste un énorme volume où se trouve cette profession de foi :

Regardons l'armée comme l'instrument nécessaire de nos espérances et de notre force. Ne réduisons pas nos armements ! C'est à tort qu'on prétend que l'Europe ne peut' pas les supporter ; elle les supportera encore longtemps.

... Ce n'est pas des dépenses de la guerre que souffrent les nations européennes, c'est d'une crise économique, et le jour où le commerce et l'industrie se ranimeront, toutes les nations porteront leurs armées comme le soldat gaillard et leste porte un sac au début d'une étape, ^... Le désarmement serait une chimère criminelle !

Cela, pour les miheux « bourgeois » ; devant les auditoires « populaires », on conspue l'armée. Il y en a pour tout le monde.

Dans V Eclair du 13 mars 1906, le commandant Driant, gendre du général Boulanger et candidat nationaliste, prédisait que « le jour n'est peutêtre pas loin où, voyant l'abîme, le citoyen Jaurès se frappera la poitrine en disant : Français cfàbord ! » On appréciera mieux ce détail de polémique, si l'on se rappelle que le citoyen Jaurès fit le voyage de Bruxelles pour solliciter le patronage électoral de M. Henri Rochefort, alors exilé pour le complot boulangiste ; que l'un des afïidés du citoyen Jaurès avait été, pendant toute la crise Dreyfus, collaborateur quotidien simultanément à VEclair (journal de l'Etat-Major) et à la Petite République socialiste (journal de Reinach- Jaurès) ; que la Petite République socialiste comptait dans ea rédaction MM. Alfred Naquet et Elie May, lieutenants juif j du général Boulanger. \- Le pauvre Populo, qui ne connaît rien de ces « dessous », ne peut rien comprendre aux machinations des charlatans démagogues.

A la séance a a 28 f évier 1 906, sous le ministère Rouvier, les Vingt-huit jours et les Treize jours furent d'abord réduits à quinze et à six jours, puis rétablis. U Humanité (1®^ mars) s'indigna

LEUR RIÉPUBLIQUE 103

de l'attitude du cabinet qui avait fait repousser la réforme ; elle accusa M. Rouvier de se faire le complice de la Droite pour discréditer le régime républicain.

Or, sous le ministère Combes, le 31 janvier 1903 en votant le budget de la guerre, la Chambre avai^ déjà supprimé le période de Treize jours. Elle la rétablit le 5 juin, sur les instances du citoyen Jaurès. Le général André, malgré le vote du 31 janvier, avait convoqué les territoriaux ; il fallait que la Chambre se dégageât, ou chassât le ministre insolent. La Chambre encaissa le soufflet. Et les territoriaux socialistes endossèrent joyeusement le sac, pour ne pas compromettre les profits ministériels de leurs chefs.

En septembre 1903, l'infortuné Camille Pelletan, ministre de la marine, allait inaugurer à Graulhet la statue de l'amiral Jaurès. Ce guerrier, qui fut en 1870, un de nos fuyards les plus rapides, avait fait sa carrière sous l'Empire, et reçu la croix d'honneur de la main même de Napoléon III. Ministre de la marine en 1889, il arrondit la fortune de la famille : Camille Pelletan, qui présidait à son apothéose, a montré dans des rapports ce-

lèbres où passent les millards de la défense nationale. Et les socialistes antimilitaristes criaient d'une seule voix, à Graulhet : Vive V amiral l comme ils avaient crié trois ans : Vive Galliffet !

Le commandant Paul-Louis-Marie Jaurès, frère du tribun, et l'un des officiers les plus méprisés de la marine, languissait parmi les <( dix-huit ans de grade ». Quoiqu'il fût jils d'archevêque (neveu d'amiral), son indignité l'écartait de tout avancement. L'influence « socialiste » y remédia. En trois ans, l'individu se trouva :

pr janvier 1900. Lieutenant de vaisseau. Inscrit d^office au tableau d'avancement.

3 septembre 1900. Nommé d'office capitaine de frégate.

12 fwvembre 1900. Nommé commandant en second du cuirassé d'escadre le Carnot.

15 novembre 1902. Mis en congé pour son agrément avec solde entière.

15 janvier 1903. Nommé officier de la Légion d'honneur.

20 février 1903. Nommé au commandement du croiseur le Galilée.

Sous le ministère Pelletan, faisant l'office de

mouchard dans l'escadre, le commandant Jaurès fut chargé de missions fructueuses, avec frais de table et de représentation copieux. Son frère obtint pour lui, du Sultan Rouge, la croix de commandeur de VOsmanié.

Pendant le voyage du président Loubet en Algérie, le commandant du Galilée, dans un accès d'ivresse ou d'autocratie, envoya à la mort deux gabiers, Jean Sanquer et Joseph Quillou. Le ministre Pelletan, que les frères Jaurès « tenaient » par l'histoire de VEspingole et plusieurs autres, étouffa cette sinistre affaire. On jeta quelques écus aux familles des assassinés ; l'assassin fut de nouveau mis « en congé avec solde entière ». Et la presse sociaiiste, révolutionnaire, antimilitariste, observa le plus « religieux » silence : le Prolétariat concède que les barons de la Sociale ont droit de vie et de mort sur leurs serfs comme les barons féodaux. C'est une race admirablement dressée.

A bord du Kniaz-Potemkin, cuirassé russe, un officier ayant tué le matelot X)meltchouk, qui se plaignait de trouver de la viande pourrie dans sa gamelle, tout l'équipage se révolta ; peu s'en fallut que l'escadre entière de la mer Noire ne fût en

insurrection. Mais les révolutionnaires français sont d'une autre pâte. Autant ils s'irritent des outrages ou des sévices qui ont pour auteurs les hommes des vieilles castes, autant ils s'accommodent des sévices et des outrages de leurs nouveaux maîtres. De même que l'intervention de l'armée dans les conflits sociaux leur paraît odieuse sous Cavaignac ou Mac-Mahon, légitime sous Clemenceau-Briand. Pour les fouailler ou les fusiller sans trouble, il ne faut que prendre un masque démagogique.

On a lu plus haut les appels du Figaro (rédigé par des socialistes unifiés) à la répression de la propagande antimilitariste. Et les feuilles socialistes sont d'accord avec le ministre Briand sur la nécessité de maintenir la discipline militaire : car ces feuilles ont pour commanditaires des Juifs allemands, ce qui les oblige à beaucoup de patriotisme. Devenus propriétaires de la France, les échappés des ghettos allemands ou polonais tiennent à ce qae le» soldat français sache mourir pour défendre leur propriété. (Voir La Terreur Juive).

La fourberie du Bloc républicain et socialiste

n'est pas moins choquante en matière de cléricalisme.

Le « péril clérical » et la lutte contre l'Eglise ont servi en permanence de diversion aux bourgeois républicains, depuis 1871, pour esquiver les réformes sociales. Chaque fois que le peuple demandait un peu plus de pain à manger, ses maîtres lui jetaient des curés en pâture.

Cependant, tous les agitateurs anticléricaux restaient liés à l'Eglise pour leur compte personnelsoit par calcul électoral, soit par intérêt mondain soit par leur éducation, leurs habitudes de famille, leur mentalité originelle. Le cléricalisme n'est pas l'attachement fanatique à un certain dogme ou à certaines pratiques ; c'est une forme particulière de la pensée, qui se manifeste surtout par l'intolérance.

La plupart des prétendus « anticléricaux » actuels sont des cléricaux protestants ou des cléricaux juifs, qui combattent la religion catholique au profit de leur religion ; ou des sectaires maçonniques, encombrés d'autant de préjugés, de cérémonies aussi vaines et d'oripeaux plus ridicules que le clergé. Leurs principaux « meneurs »

sont d'anciens prêtres ou d'anciens moines, qui ne peuvent se débarrasser de leurs habitudes mentales ni de leur discipline antérieure, qui rétablissent dans la « libre-pensée » des Noëls païennes, des Pâques socialistes, des baptêmes civiques, des communions et surtout des excommmiications, des banquets à la place des jeûnes, des Evangiles, des Credos, des Catéchismes et des billets de confession.

Les principaux types de cette catégorie sont connus. M. Victor Charbonnel, ex-directeur de V Action, est un ancien prêtre. M. Henry Bérenger, son co-directeur, avait entrepris avec le vicomte Melchior de Vogue le lancement d'un néo-christianisme. M. Clauzel, secrétaire particulier des directeurs de la Petite République socialiste^ préposé à leurs « fiches », est un ancien prêtre. M. Combes, quand il rédigeait de petites feuilles bonapartistes, portait la soutane. Un des exdirecteurs de la Petite République sort du séminaire.

La marque est indélébile. A peine échappés de l'EgHse ou du couvent, ces prêtres et ces moines courent s'affilier à la Congrégation maçonnique.

L' ex-abbé Combes, à qui le Bloc fait honneur de

la Dénonciation du Concordat, fut le plus énergique adversaire de cette mesure, quelques mois avant de la proposer. Le 26 janvier 1903, parlant à la tribune de la Chambre comme président du conseil, il déclarait :

Si vous supprimiez le budget des cultes, vous jetteriez le pays dans le plus grand embarras qui puisse s'imaginer. Cet embarras affecterait non seulement les consciences, mais jetterait la République dans un véritable péril.

Un peuple n'a pas été nourri en vain, pendant une longue série de siècles, d'idées religieuses. Vous n'effacerez pas d'un trait de plume les quatorze siècles écoulés.

Je ne crois pas que la majorité — que dis-je ? — que la presque unanimité des Français puisse se contenter de simples idées morales, telles qu'on les donne actuellement dans V enseignement siiperflciel et borné de nos écoles lirimaires.

Nous considérons en ce moment les idées morales, telles que les Eglises les donnent, comme des idées nécessaires.

Pour ma part, je me fais difficilement à l'idée d'une société composée de philosophes que leur éducation primaire aurait suffisamment garantis contre les épreuves et les périls de la vie.

La constatation de l'état présent m'oblige d'ajourner à quelque temps l'époque où la libre-pensée, appuyée sur la doctrine de la raison, pourra suffire à conduire les hommes dans la pratique de la vie.

Vous ne pouvez du jour au lendemain faire, par un simple vote, de la société actuelle une société solidement assise sur les principes de la raison. Vous ne le pouvez pas !

{Journal officiel, 27 janvier).

C'était formel. Quelques mois plus tard, le même ancien prêtre, toujours en qualité de chef du gouvernement, proposait et faisait voter la séparation... Mais il faisait aussi voter, par le Conseil général de son département, d'importantes subventions aux maisons congréganistes de La Rochelle.

M. Waldeck-Rousseau, qui fit voter la loi contre les congrégations, était l'intime ami des plus éminents Jésuites et Dominicains ; il faisait soigner sa famille par les Sœurs Augustines-du-Saint-Cœurde-Marie.

Tandis que le président Loubet contresignait la loi contre les moines et la suppression du budget des cultes, madame Loubet étendait sa protection sur plusieurs congrégations, notamment sur la Trappe d'Aiguebelle et sur la Société de Saint-Sulpice ; elle s'écriait dans la salle à manger de l'Elysée : « Emile, tu nous feras excommunier ! » Et poiu* prévenir cette catastrophe, elle obtenait la suprême bénédiction de Léon XIII mourant, par l'intermédiaire des Sœurs de Sainte-Marie-Réparatrice : faveur qu'elle paya d'un envoi de 15.000 francs au Denier de Saint-

Pierre et de plusieurs tapisseries des Gobelins. Les curés de la Madeleine et de Saint-Philippedu- Roule, chargés officiellement des aumônes de l'Elysée, en excluaient les pauvres sans religion. Le jeune fils du Président faisait avec éclat sa première communion à Saint-Philippe-du-Roule, où il était « Intendant des Catéchismes w. L'ambassadeur de la République au Vatican, M. Nisard, semblait être surtout le chargé d'affaire de la famille présidentielle auprès du pape.

M. Léon Bourgeois, membre du cabinet Clemenceau, Franc-Maçon notoire, anticlérical militant, confia toujours ses enfants aux soins des bonnes sœurs. A l'Exposition Universelle, comme ministre de l'Instruction publique, il décernait aux Frères de la Doctrine chrétienne treize grands prix et médailles d'or. M. Krauss, député socialiste anticlérical de Lyon, mettait ses filles au couvent.

Aux mariages ultra-religieux de Mlle Brugère, de M. Paul Deschanel, de Mlle Lucie Félix-Faure, comme aux solennités religieuses et militaires des Invalides de Notre-Dame, de Notre-Dame des Victoires, le Président, la Présidente, la cour

présidentielle et toutes les dames de la « noblesse républicaine » édifiaient l'assistance par leur ferveur.

On a noté déjà {Histoire d'une Trahison p. 31- 57) les manifestations religieuses du citoyen Jaurès, qui s'opposait à la laïcisation des hôpitaux de Toulouse, faisait venir de l'eau miraculeuse du Jourdain pour les baptêmes de sa famille (1), s'agenouillait et baisait dévotement la patène à l'enterrement de son beau-père, inscrivait

(1) On se rappelle que, dans le temps même où le citoyen Jaurès dénonçait sans relâche les fonctionnaires et les ofiScieri dont les familles allaient à la messe, le certificat suivant lui fut livré :

NOTRE-DAME de Bon-Secofrs

Villefranche d'Albigeois

Villefranche, le 22 juillet 190L Monsieur,

H est parfaitement exact que, le dimanche 7 courant, ]\Ille Jaurès a fait sa première communion chez nous avec beaucoup de piété et d'édification.

Villefranche est la paroisse de la résidence de sa famill© en province.

Veuillez agi'éer, monsieur, etc.

A. Andrieu, Chanoine honoraire, curé.

sa fille au lycée Molière mais la faisait élever chez les sœurs de Villefranche, et donnait à sa première communion une publicité retentissante. L'homme qui écrivit une thèse théologique de 370 pages in-80 sur les attributs de Dieu (1), l'homme

Cependant, au mois d'octobre 1896, à l'inauguration de la Verrerie ouvrière, le citoyen Jaurès bondissait sui la table du banquet et hurlait à pleins poumons : Ah ! ça ira, ça ii-a !

Tous les bourgeois à la lanterne.

Tous les bourgeois on les pendra La Vierge à l'écurie !

Le Christ à la voirie !

Et le Saint Père au diable !

Vive le son du canon !

(Voir V Illustration du 31 octobre).

(1) De la Réalité du monde sensible, chez Féhx Alcan, 7 fr. 50 :

« Dieu, intimement mêlé au monde, qui est sa puissance, est à la fois être et devenir, réalité et aspiration, possession et combat. Par là cesse le seul scandale que la conscience humaine rencontrait dans l'affirmation de Dieu. La lumière est le rapport en Dieu de l'individuel et de l'universel. Le son est le rapport en Dieu des forces et des âmes ; c'est bien en Dieu que la lumière et le son ont leur signification et leur être véritable. Etc. »

Ou encore :

« C'est parce que Dieu, en faisant l'univers, s'est Hvré à lui ; c'est parce qu'il a dispersé son unité en des centres mul-

qui rit une coïncidence providentielle entre la catastrophe de Courrièreset la chute du ministère Rouvier, qu'il se réclame ou non d'un dogme, est profondément « clérical ».

tiples, pour retrouver cette unité par l'effort et pour se mériter lui-même, que la pensée même la plus vaste, même la plus voisine de Dieu, par l'idée du parfait et le sentiment de l'infini, est liée à un corps et à un sentiment organique... Si un acte quelconque absorbait toute la puissance d'être que sa forme enveloppe, ce serait un acte absolu, un acte divin, et l'univers, par cette trouée divine (!) s'engloutirait en Dieu ! »

Ces sottises paraissent écrites par un fou. Mais elles contribuent à la popularité du Charlatan. Plus ses déclamations sont alambiquées, inintelligibles, plus elles plaisent au peuple.

La faculté, d'admiraiicn du peuple est en raison inverse de sa faculté de comprendre. Moins il comprend, plus il admire.

Dans les meetings, l'assistance n'applaudit rien tant que les citations allemandes, latines, et le galimatias ronflant mais vide de sens. Chacun des auditeurs veut faire croire à ses voisins qu'il comprend ce qu'eux-mêmes ne sauraient comprendre.

Les feuilles socialistes racontent avec orgueil que le citoyen Jaurès aime à citer des vers grecs aux prolétaires qui lui font escorte. Ces prolet-aires ne savent pas, bien entendu, si les vers du citoyen Jaurès sont des vers, ni même s'ils sont du grec ; mais ils les vénèrent de confiance... La crédulité de la foule socialiste devant les tours de ses sorciers dépasse la crédulité des nègres soudanais devant les gris-gris.

Un autre exemplaire très frappant et très complet de cette mentalité est îe vidame de Hault de Pressensé, député socialiste « anticlérical » unifié de Lyon. Tour à tour protestant rigide, catholique enflammé, féroce adversaire de l'EgKse, ce gentilhomme est toujours un mystique. Les subsides du riche Juif Léo Sachs ont pu lui procurer un mandat de collectiviste libre-penseur ; on ne trouvera jamais la pensée libre chez l'auteur du Cardinal Manning, dont la préface atteste que :

Ramener à terre la Religion ; effacer, ou du moins reléguer à l'arrière-plan tout le surnaturel chrétien ; traiter le dogme comme une friperie démodée dont on ne se débarrasse pas complètement par une sorte de faiblesse pieuse pour le passé ; faire de la solidarité humaine l'alpha et l'oméga de la morale sans l'appuyer à la paternité de Dieu révélée par la fraternité du Christ ; transformer l'Eglise en une immense société ouvrière, syndicat ou association de secours mutuels ; vouloir accomplir le miracle de l'amour humain dans la sphère des intérêts, après avoir renié le miracle de V amour divin sur la croix ; en un mot, prétendre renouveler l'humanité, établir le règne de la justice et de la charité sur la terre sans le secours de ces grands faits qui contiennent tout le salut — le salut de l'espèce comme celui de l'individu — tel est le rêve incohérent et malsain d'esprits qui s'imaginent faire d'une pierre deux coups : déchristianiser l'Eglise, et régénérer le monde avec cette Eglise déchristianisée.

Les phrases du pieux auteur sont un peu lourdes,

mais suffisamment claires. Après avoir flétri « la contagion mortelle du rationalisme moderne », M. de Pressensé continue :

A notre époque, où il est si malaisé de maintenir sans défaillance le témoignage en l'honneur du surnaturel chrétien et de Jésus-Christ, miracle des miracles, rien n'est dangereux comme la coalition d'un rationalisme fort pratique et d'une charité imprudente.

Aussi ne saurait-on professer assez de reconnaissance pour les champions inflexibles qui, tout en prêchant les premiers et avec une incomparable ardeur la croisade sociale de l'Eglise, ont eu soin de la rattacher étroitement à la profession du christianisme objectif, dogmatique, orthodoxe.

Us n'ont pas seulement lavé l'Eglise d'un reproche : ils ont offert au monde le seul instrument efficace de salut...

Sans un mandat divin, sans le secours de son Maître, sans l'Evangile pour réveiller les consciences, sans les sacrements pour nourrir les âmes, que serait, que ferait, que pourrait même espérer l'EgHse en matière sociale ? Le christianisme social sera chrétien au plein sens du mot, ou il ne le sera pas.

Et plus loin :

Comme la femme de l'Evangile, plutôt que de laisser échapper le Christ, peut-être faudra-t-il que notre génération saisisse les franges de son manteau. Peut-être faudra-t-il qu'elle s'attache aux pas de ses disciples, quand ce ne serait que pour être touchée par cette ombre de Pierre qui guérissait les malades de Jérusalem.

... n faut faire du Pape, proclamé et reconnu le gardien incorruptible du dépôt de la révélation chrétienne, le chef

d'une Eglise redevenue l'asile des souffrants et des opprimés ; montrer au peuple, désabusé des fictions du libéralisme doctrinaire, écrasé sous le poids des réalités du libéralisme économique, V incomparable puissance d^ affranchissement, de réparation et de régénération d^une Religion tout ensemble d'autorité et do liberté ; en un mot, faire de l'Evangile du Christ, appliqué par son vicaire et par les successeurs des Apôtres, la charte de l'humanité ; agenouiller V Eglise devant la Croix, et le monde devant V Eglise.

Point de transactions coupables ! point de compromissions entre la Révélation et la Science! point de christianisme au rabais î Ce qu'il faut à M. de Pressensé, « c'est le christianisme des Apôtres et de:3 Saints ; c'est la folie de la Croix ; c'est l'Evangile avec ses révélations et ses miracles ; c'est VEglise maîtresse de foi et dompteuse d'erreurs ! ))

Plus catholique que beaucoup d'évêques catholiques, le vidame se ralHait fougueusement au dogme de l'Infaillibilité. Il raillait les scrupules de Lamennais et autres libéraux dangereux. Il célébrait, pour conclure, « la doctrine bienfaisante que les encycliques sociales de Léon XIII ont sanctionnée et exposée, et qui a le double objet de rappeler l'Eglise à l'accomplissement d'une partie essentielle de sa voca/tion divine,

et d^offrir à 7wtre Société malade le remède du christianisme surnaturel ».

Ce livre était publié en 1897 ; l'auteur, âgé de quarante-cinq ans, avait mûri son œuvre... (1) Quelques mois plus tard, en échange d'un siège législatif et d'une Trésorerie générale de 80.000 francs de revenus, M. de Hault dePressensé se déchaînait contre le « cléricalisme ». C'est ce qu'il appelle « sa crise de conscience ».

(1) Du Cardinal Planning, on peut rapprocher un article de la Revue des Deux-Mondes du 15 février 1897, par le même auteur, sous ce titre : « La crise du Libéralisme ». M. de Pressensé y traitait fort rudement «l'instituteur transformé en commis-voyageur de la libre pensée » ; il condamnait « l'injustice d'une loi scolaire qui n'a pas su comprendre que la liberté de conscience est autant, et peut-être plus violée par la distribution, au nom de l'Etat et aux frais du contribuable, d'un enseignement absolument irréligieux — quand il n'est pas systématiquement anti -religieux — que par l'imposition d'un enseignement confessionnel ».

[^n s'écriait : « La République ne sera vraiment intangible que le joiu- où elle aura laissé les ralliés la gouverner ».

Les Jésuites rouges

Dans la tradition anticléricale, le Jésuite incame toute la perversité du cléricalisme. Sa doctrine est abominable , d'abord par la maxime que « la fin justifie les moyens » ; ensuite, par l'obligation d'une obéissance aveugle entre les mains des supérieurs, perinde ac baculus, perÎTide ac cadaver ; encore, par la casuistique ingénieuse qui autorise les distinguo, les directions d'intention, les restrictions mentales, et qui permet d'appuyer les actions les plus honteuses sur des préceptes . vertueux ; enfin, par la combinaison d'une âpre intransigeance sur le dogme avec une indulgence illimitée sur la morale.

Les disciples de Loyola sont pourtant de pauvres gens, des simples d'esprit, auprès des politiciens de notre République. Les Socialistes surtout, avec leurs Congrès, leurs pontifes, leurs bulles, leurs discussions subtiles, leurs interprétations tortueuses, dépassent infiniment le Gresu.

L'obéissance aveugle aux volontés des supérieurs est la loi suprême de ce parti d'affranchissement. Quiconque résiste, ou demande à réfléchir, est brisé, boycotté, traqué, persécuté jusqu'à son foyer.

Avant les élections de 1902, on avait vu les mésaventures des citoyens Vaillandet (professeur au lycée de Bourges), Laudier (secrétaire de la mairie de Vierzon), Romani (agent des Douanes), et de cent autres, privés de leur gagne-pain pour cause d'indépendance. Le vidame de Hault de Pressensé, Président de la Ligue des Droits de l'Homn^e, avait fait déplacer brutalement M. Dontenville, professeur d'histoire au lycée de Lyon et membre du Conseil académique, qui osait se porter candidat contre lui. Les élections de 1906 ont donné lieu à d'innombrables incidents du même genre. A Paris, le sociaHste unifié Aubriot fut menacé {Lanterne, 18 ma ) de perdre l'emploi qui le faisait vivre dans les bureaux de la même Ligue des Droits de l'Homme, s'il maintenait sa candidature dans le XV^ arrondissement. Dans le XIII®, le sociahste unifié Daniel Coutures, employé d'administration, fut mis en disponibihté

pour le même motif ; il avait osé se présenter contre le puissant F.-. Buisson. Le citoyen Grangier, secrétaire du syndicat des Facteurs, révoqué avec des centaines de ses camarades, fut contraint de venir appuyer la candidature du dit Buisson, pour obtenir sa réintégration ; et le candidat Bui son avait approuvé l'hécatombe des facteurs grévistes ! Etc.

Mais les grands chefs ne s'astreignent point à la discipline. Quand les Congrès du Parti déclarent la guerre au cléricalisme, les chefs ont toujours droit à l'eau du Jourdain et aux communions sensationnelles. Quand les Congrès du Parti condamnent toute manifestation sympathique aux « despotes couronnés », les chefs conservent le droit aux galas royaux, aux décorations impériales, et aux profits annexes. De même, dans les cas où les Congrès du Parti prononcent l'exclusion pour félonie, les chefs trahissent impunément.

La candidature du socialiste Briand dans la Loire, après son entrée au ministère, fut l'occasion des plus étonnantes escobarderies. En acceptant un portefeuille, le socialiste unifié Briand

s'était mis hors de Parti. Les règles du Parti exigeaient qu'oD lui opposât un candidat « unifié » ; elles interdisaient même à ce candidat de se désister en faveur du ministre excommunié, quelle que fût la situation électorale.

En fait, le Parti socialiste n'opposa point de candidat au citoyen Briand, qui fut réélu triomphalement. Il devint évident que les décisions des Congrès sont des facéties sans conséquence, destinées à entretenir le prestige du Parti aux yeux du vulgaire. Sous le ministère Waldeck- Rousseau, le Parti avait imaginé que le citoyen baron Millerand était « en congé )>. Pour l'élection du ministre Briand, la Fédération socialiste de la Loire décida que ce candidat rémunérateur n'était pas « exclu », mais qu'il s'était « rendu indépendant de l'action du Parti et de son contrôle », et que, « vu les circonstances », on lui maintiendrait son siège avec son porfeteuiUe.

L'expression « vu les circonstances » avait son prix, chez des hommes qui professèrent jadis le plus bruyant mépris à l'égard de l'opportunisme et des opportunistes.

Entre le scrutin du 6 mai et Te ballottage du

LBUB RÉPUBLIQUE 123

20 mai, se jouèrent des comédies impudentes, pour la négociation des désistements. Les décisions formelles des Congrès socialistes (1) interdisaient aux candidats du Parti de se désister pour leurs « ennemis de classe ». Mais le ministre Clemenceau tenait à sauver les radicaux en ballottage, et disposait de fortes primes. Les pontifes du Parti, M. Brousse, notamment, et le citoyen Jaurès, qui venait d'être « élu » par un commissaire de police derrière une haie de baïonnettes, employèrent la menace, la séduction, et les sophismes les plus effrontés, pour arracher le désistement des pauvres socialistes attachés à leur Evangile. On proclama que les bulles des Congrès et le consentement unanime du Parti n'avaient point d'autorité devant les Fonds secrets.

Tout ce qu'on pourrait noter sur le fonctionnement du suffrage universel dans la République française s'efface devant l'éloquence du document suivant, qui synthétise le système électoral du régime :

(1) Motions Cambier et Paul Louis-Subra, votée» à Tunanimité au Congrès du Pré-Saint-Gervais.

Annexe au Feuilleton n^ 455 de la Chambre des Dépuiés, du jeudi 18 janvier 1906.

Pétition n^ 2223. — Renvoyée par la 16^ commission aux Ministres de la Justice, de l'Intérieui-, des Finances, et à la Commission des fraudes électorales.

Deux cent cinquante électeurs ou habitants de Bagnèresde-Luchon protestent contre un arrêté du préfet de la Haute- Garonne qui a fait inscrire d'office au rôle foncier de cette commune 132 personnes d'un canton voisin, dans le but de leur donner indûment le droit électoral dans cette commune et d'y déplacer la majorité.

Le rapporteur de la Commission explique les fraudes de la Préfecture ; 132 citoyens sont rendus acquéreurs — hors de leur présence, et sans le savoir, — d'une parcelle de terrain sans valeur, en nature de rocher, de 4 ares 30 centiares, figurant au rôle foncier de Luchon pour un revenu de 0,03 centimes. Et les voilà électeurs à Luchon. Pour arriver à ce résultat, plusieurs séries de 132 faux chacune sont commises par des notaires, des fonctionnaires des Postes, des juges de paix, des fonctionnaires fiscaux, sous la direction du Conseil de préfecture.

Et ce n'est qu'un exemple sur les quatre-vingtsix variétés de fraude au service de la candidature officielle.

Cela s'appelle le Suffrage universel, ou la Souveraineté du Peuple (1).

(1) Pendant dix ans, nous avons démontré, au Soleil, qu'il n'y a point de suffrage universel en dehors du scrutin de liste et de la représentation proportionnelle. Et voici que les socialistes s'en avisent.

Les mœurs

Quand on attribue aux gouvernants actuels ce propos emprunté de Mme Flocon : « C'est nous qui sont les princesses », on exprime littéralement leur pensée. Les magistrats de la République ont assez invoqué le « Fait du Prince » pour ne point laisser de doute au peuple.

A la fin de l'Ancien Régime, il n'y avait dans le Royaume que 238 princes et ducs ; il y en a 460 dans la République, et trois fois plus de personnages titrés que sous Louis XV... M. Chodron, se fait appeler de Courcel ; M. Torchon se baptise de Lagrenée ; M. Cochon se mue en de Lapjparent. Tout Israël se métamorphose, Cohen en de Bassan, Wiener en de Croisset ; les journaux (3 juin 1906) annoncent le mariage de M. Worms de Romilly avec Mlle Cohen, de sorte qu'il y aura incessamment des barons ou des comtes de Romilly (vieille noblesse de France) qui seront simplement des Worms-Cohen.

L'exercice du pouvoir suprême développe chez ces démagogues tous les vices des autocrates et d'abord le sadisme. Comme il est difficile d'ordonner tous les jours une fusillade d'ouvriers, les Présidents de la République se rattrapent sur les bêtes. Le « brave homme » Loubet organisait sans relâche, à Rambouillet, Marly, Compiègne, de dégoûtantes tueries ; il y conviait tous les nobles visiteurs étrangers, les parlementaires, les militaires, les magistrats. La presse enregistrait les « tableaux » de cinq cents, huit cents pièces, cerfs, daims, chevreuils, faisans, lapins amenés sous le fusil des augustes tireurs. Avec le jeune Alponse XIII, avec le roi de Portugal, Loubet marcha dans le sang jusqu'à mi-jambe. En Espagne, il fut régalé des mêmes plaisirs, et d'une corrida particulièrement atroce. Le spectacle des animaux déchiquetés, des entrailles arrachées, des membres brisés, des yeux révulsés par l'agonie, donne à ces belles âmes la sensation réelle de la Royauté.

Fatalement, les vices des maîtres provoquent l'émulation des subalternes ; les colonies de la République, en Asie et en Afrique, sont le théâtre

LEUR r:éptjbliqtte 129

de crimes sans nom ; les administrateurs'^oivils, après les conquérants militaires, commettent des forfaits qui passent toute imagination. Les uns encouragent le cannibalisme, coupent des têtes humaines pour en faire du bouillon , empalent leurs administrés, leur introduisent des cartouches de dynamite dans le rectum (Affaires Gaud, Toqué, Lurin) ; d'autres brûlent des indigènes au fer rouge, leur défoncent le visage à coups de matraque, arrosent les blessures d'ammoniaque (Affaire Liégeot, en Indo-Chine) ; d'autres chauffent les pieds des riches pour extorquer leurs trésors, prennent les femmes et les enfants comme otages, pratiquent le viol et la traite des jeunes filles ; presque tous ordonnent des exécutions sans jugement, infligent des tortures, imposent des corvées, lèvent des contributions. Chaque courrier colonial apporte d'affreuses révélations, et l'unique souci du Ministre est de les étouffer.

La critique est coupable ; la simple indiscrétion, blâmée comme un manque de respect.

Même dans les discussions politiques, les citoyens Millerand, Jaurès, Briand et consorts exigent aujourd'hui de grands égards. Us ne souffrent pas

qu'on qualifie crûment leurs actions les plus criminelles. Mais, dans l'opposition, ils avaient donné d'autres exemples. Ils firent accuser leurs adversaires de toutes les ignominies par des coupejarrets à leur solde ; ils s'imposèrent au Parlement par la terreur.

Comme spécimen de leurs polémiques, on consultera le numéro 6847 — samedi 12 janvier 1895 — de la Petite République, journal socialiste. Rédacteur en chef : A. Millerand.

Manchette : La Chambre immonde.

Articles : Ulmmonde, par Gustave Rouanet ; Dans la boue, par René Viviani ; Près du bagne, par E. Degay ; Poignée de coquins, par Henri Turot; Le Pilori, etc.

La cause de cette explosion : la Chambre avait refusé d'ordonner la mise en liberté du tenancier d'une maison de prostitution (rue d'Argout), qui servait d'écuyer au ménage Jaurès, et qui se trouvait alors sous les verrous.

L'article de tête jugeait ainsi la majorité répubHcaine :

4 II y a d'abord les tronçons ressoudés des 104 Panamistes,

presque tous réélus, à l'exception de Proust, Barbe, Baïhaut et deux ou trois autres.

« Piquez ensuite dans le tas de cette majorité, rien que parmi les chefs de chœur, et vous retirerez au hasard de la pincette :

« Berger, l'homme de Trignac, qui compta 12.100.000 fr. un apport de 700.000 fr. dans la constitution de la Société ;

« Christophle, du Crédit foncier, avec son groupe ;

« Philippoteaux, qui préside ou administre une demi -douzaine de sociétés financières ;

« Léon Say, l'homme de Rothschild ;

« Etienne, des Coupons commerciaux et autres lieux ;

« Bischoff (comme on l'appelle famiUèrement dans le monde des cocottes), de l'Uruguay ou de Patagonie ;

« Raynal, le conventionnel ;

« René Brice, du Crédit Lyonnais ;

« Reille, père et fils, des chemins de fer, du Syndicat de la métallurgie et des Pompes funèbres ;

« Ni vert, l'homme de paille de d'Erlanger et des frères Berthier ;

« Plichon, des mines de Lens ; Marmottan, des mines de Bruay, proches voisins d'Anzin ;

« Passy (Louis), dit Passy-Bourse, également d'un tas de conseils d'administration ;

<! Edmond Blanc, de Monaco ;

« Sans compter Flandin, Trouillot, le constructeur de tramways et l'amateur de tableaux, etc., etc.

« C'est de ça que se compose la majorité actuelle de la Chambre ! avec cette majorité Casimir-Périer pourra tout, excepté rendre à cette Immonde l'estime des honnêtes gens de ce pays ».

Durant des années, le citoyen Jaurès a fait accabler ses adversaires de dégoûtantes injures. Dans

la plaidoirie fameuse où il couvrit de boue tous les membres de la dynastie Casimir-Périer, il compara le foyer de Mme Casimir-Périer à un lupanar et, sur l'observation timide du président, s'écria : « Soit ! monsieur le président ! je ne le compare pas ; je le mets au-dessous ! »

Tous les changements de régime ou de personnel gouvernemental, depuis l'avènement de Louis XVI jusqu'à la chute du second Empire, ont été préparés par de terribles campagnes contre les gens en place. Quelques écrivains politiques philosophaient sur les vices politiques de « l'ordre de choses » ; une armée de pamphlétaires s'attaquaient à la personne, aux mœurs, à la vie privée des gouvernants : et c'est beaucoup plus en dénonçant leur immoralité qu'en critiquant leurs doctrines économiques ou sociales, qu'on a rendu odieux au peuple les hommes de l'Ancien Régime ou de la Monarchie moderne.

Le premier « Bloc » a publié d'innombrables et dégoûtants libelles sur Marie-Antoinette et sur ses amis ; les républicains encore vivants ont traité de la même façon Napoléon III, sa femme et tous les siens. Dès l'école, on nourrit les enfants

dans rhorreur de la « corruption » monarchique ; le Régent, Louis XV, le Parc-aux-Cerfs, les Polignac, la cour de Compiègne et de Saint-Cloud, sont le sujet de mille légendes qui entretiennent l'indignation. ^^^-^ . .

Mais, maintenant qu'ils sont les princes, les républicains n'autorisent plus ce genre de polémique. « 'Honneur aux dames ! respect à la vie privée ! » Leurs grands ancêtres ont déchiqueté le cadavre de la petite princesse de Lamballe de la manière que l'on sait ; ils se sont divertis aux « mariages » d'aristocrates et de nonnes sur les bateaux de Carrier ; ils ont calomnié, sali toutes les femmes de leurs adversaires. Ils n'admettent pas qu'on divulgue leurs propres turpitudes, ni qu'on livre à la risée ou au dégoût public leurs vices, leurs mésaventures galantes, les spéculations qu'ils échafaudent sur la traite des blanches de toutes catégories.

Et leurs adversaires ont la candeur de les croire !

Comme si les hommes n'étaient pas toujours des hommes, comme s'il y avait d'autres ressorts au gouvernement que les passions humaines,

comme s'il ne fallait pas comiaître « la femme » pour comprendre les défaillances, les trahisons, les sottises des politiciens !

« Les principes », quelle farce ! Nous ne sommes pas gouvernés par des principes ; nous sommes gouvernés par des hommes qui sont gouvernés par des femmes. Un xvliche'et n'entreprendrait pas d'expliquer Louis XIV sans Montespan et Maintenon, Louis XV sans la Pompadour et la Dubarry, qui n'étaient pas « des principes ». Nos Eva-la-Tomate et nos Peau-de-Requin de la noblesse républicaine n'en sont pas non plus.

Ce qu'on appelle « diffamation » n'existe pas quand il s'agit d'hommes publics, puisqu'ils se sont livrés au public. C'est une plaisanterie trop forte de prétendre que la probité et la décence politiques n'ont rien à voir avec la décence et la^ probité privées ; que le même individu peut être un misérable dan^ sa vie privée, et un respectable politicien ; que le peuple doit obéir aux lois fabriquées et aux injonctions promulguées par ses maîtres, sans se mêler de savoir si ses maîtres sont en leur privé des escrocs, des faussaires ou de sales débauchés.

La femme du député fait une enquête sur la moralité de sa bonne avant de lui confier la casserole et le plumeau ; mais la nation n'aurait pas d'enquête à faire sur la moralité des gens qui peuvent ruiner, déshonorer ou perdre le pays !

Que risquent, d'ailleurs, les coquins aux investigations 1 Observe-t-on que les pires découvertes 'eur nuisent ? Au contraire. Le scandale leur procure seulement de la notoriété. Tout ce qu'on a publié d'infamant sur Rouvier ne l'a pas empêché de redevenir chef du gouvernement ; toute l'indignité des Reinach ne les empêche pas de rentrer au Parlement. Si M. Loubet n'avait pas travaillé avec Arton, il serait demeuré un sénateur obscur.

Alors que le citoyen Jaurès faisait retentir la tribune de déclamations vertueuses, la Chambre ne pouvait le souffrir ; il était censuré, ou expulsé manu militari, ou souffleté en pleine tribune par qui voulait s'en donner le plaisir ; plus tard, le Parti sociahste de France établit que ce rhéteur était un tartufe et qu'il pratiquait le chantage, le sweating-system, le faux, l'escroquerie, avec autant de maestria que les vieux routiers panamistes :

aussitôt les sentiments de l'honorable Assemblée se modifièrent. « Que ne nous disiez-vous que vous êtes une canaille ?» reproché ent doucement les législateurs au pèlerin du Jourdain ; et ils l'élurent vice-président. Il a fallu que M. Clemenceau fît avec fracas ses preuves de haute trahison et de vénaHté pour se hisser de l'opposition à la dictature.

On ne cause donc point de préjudice aux scélérats, et on offre au peuple quelques renseignements utiles, quand on note les déportements du personnel politique.

La chasse aux mandats, l'assaut des portefeuilles, les intrigues, les rivahtés, les rancunes, la répartition des ministères, les démissions soudaines, les crises gouvernementales : affaires de femmes. Les conversions de révolutionnaires aux doctrines de la majorité : affaires de femmes. Les journaUstes, qui connaissent la vérité, donnent gravement des explications politiques au naïf électeur, et le naïi: électeur va les di:>cuter au Café du Commerce. La vérité, c'est que tel ministre est contraint de divorcer,- que la fille de tel magistrat s'est sauvée avec le fils de tel ambassadeur, que la femme

LÏUR RÉPUBLIQUE 137

de tel député s*est fait prendre en flagrant délit avec tel académicien.

Quelles aventures n'a pa connues le boulevard et n'a pas ignorées la province, de la famille Billot, de la famille Delcassé, de la famille de Freycinet, de la famille Baudin, de vingt autres. On nous parie fort crûment des filles du Régent et des filles de Lou s XV ; pourquoi « les dames » et les « demoiselles » de la cour républicaine sont-elles sacrées ?

Les amours de M. Paul Deschanel, avec leurs conséquences tragiques, seraient aussi édifiantes pour la postérité que celles de Casanova. N'a-t-il pas décerné lui-même (1) 4.000 francs de prime à M. Capus, sur les fonds académiques, pour avoir écrit Notre Jeunesse, qui est l'apologie des paternités à ia Jean- Jacques ? Pour présider la société d'Encouragement au Bien et la Société de secours aux Enfants abandonnés, il faut la

(1) Distribution des prix de Vertu, par M. Paul Deschanel, 24 nov. 1905.

Rapprocher le cas Deschanel du cas Zola, et de la représentation du Réformaieur, pièce de M. Rod sur le cas J.-J. Rousseau,

138 LlUB RtPUBLIQUB

maturité de l'expérience. Et c'est aussi ce que pense le vidame de Hault de Pressensé, viceprésident de la Ligue abolitionniste pour le Relèvement des femmes, 'orsqu'il procède à de laborieuses enquêtes sur les bateaux de fleurs.

Quand Lebel, valet de chambre de Louis XV, amenait des petites filles dans les entresols de Versailles, il ne recevait en salaire qu'un peu d'or et beaucoup de mépris ; M. Le Gall, chambellan privé du galant FéHx Faure, est devenu Trésorier payeur général. Les succès du ministre Merlou ont fait la matière d'un volume entier. Les tribulations du ministre Clémentel, de la succession Knowles et d'un maître d'armes italien, auraient défrayé dix journaux d'opposition, sous les tyrans ; mais la presse de la République est admirablement dressée. Jamais il n'y eut plus de gazettes, et jamais la discrétion ne fut mieux gardée. Quant à la « bonne « d'Edgard Combes, les palmes académiques assurent sa respectabilité : on la prend pour une femme de lettres ; et on prend les institutrices palmées pour des « bonnes y> des sénateurs.

De temps en temps, les gentilshommes républicains se permettent avec le 3 femmes de leurs

adversaires les libertés dont ils ne veulent pas souffrir eux-mêmes. M. Clemenceau dut mettre flamberge au vent pour avoir plaisanté la princesse de Chimay ; M. Millerand reçut trois balles dans le ventre de son secrétaire de rédaction pour avoir vilipendé Mme Paulmier ; le citoyen Jaurès encaissa les... félicitations de la Mutual Life pour une série d'articles atroces contre Mme Syv^eton (1). Mais il ne se fait pas scrupule d'envoyer sur le terrain, à sa place et pour l'honneur des dames de Bessoulet, le souteneur attitré d'une fille en carte.

Il se surpassa lui-même, dans le goût de l'immonde, à propos de Louis XVII. Le sort de ce malheureux enfant, élevé dans les raffinements du luxe, environné de toutes les tendresses, puis précipité d'un coup aux abîmes de la douleur, assistant au supplice de son père, au supplice de sa mère, agonisant dans l'épouvante, et livré jusqu'à son dernier souffle aux fantaisies d'une brute, inspirait la honte et la pitié aux plu farouches révolutionnaires.

(1) Humanité^ décembre 1904 — janvier 1905. Voir La Terreur Juive»

Les citoyens Jaurès et De ville {Hist. Soc. V, 105) ont imaginé que le petit martyr mourut au Temple « de ses sales habitudes... » Ces drôles se plaignent qu'on attente au secret de leur vie privée, quand on rappelle les baptêmes miraculeux et les communions sensationnelles de leurs filles : ce qui n'a rien d'outrageant ; et ils vont au fond de l'a^bjection pour souiller d'innocentes victimes.

Au cours de l'affaire Dreyfus, le président du conseil de guerre qui jugeait Esterhazy déclara « conforme aux mœurs de l'armée » qu'un officier supérieur fût intéressé dans l'exploitation d'une maison close. Cette appréciation fit scandale parmi les Dreyfusards. Cependant, il paraît assez conforme aux mœurs politiciennes que les gouvernants tiennent par quelque endroit au monde de la prostitution. Ce n'est pas en vain que, dans le jardin des Tuileries, en face de la statue de Waldeck-Rousseau, monument de la Corruption politique, on dresse la statue de Zola (1) monument de la Pornographie.

(1) Ce saint du nouveau calendrier soutenait toutes les thèses peu édifiantes. Dans une de ses campagnes du Figaro, il prit la

LEUR RilPtTBLIQUE 141

Sous la République conservatrice, — celle que préconisait M. de Pressensé dans la Revue des Deux Mondes, — les Gâtons de la gauche eussent jeté les hauts cris, si le Maréchal de Mac Mahon avait

défense des panamistes contre leurs détracteurs, alléguant que la stricte probité rendait la vie sociale impossible. Plus tard, dans le même Figaro, il distinguait deux sortes de journaux : « la grande presse ou presse honnête, c'est-à-dire les journaux à 0 fr. 15 centimes ; et la presse immonde, c'est-àdire les journaux à 0,05 centimes ».

Quant à l'œuvre littéraire » de Zola, nous rappellerons le fameux manifeste de MM. G. Guiches, Paul Margueritte, L. Descaves, J.-H. Rosny, Paul Bonnetain, à propos de La Terre :

« Non seulement l'observation est superficielle, les trucs démodés, la narration commune et dépourvue de caractéristiques, mais la note ordurière est exacerbée encore, descendue à des saletés si basses que, par instants, on se croirait devant un recueil de scatologie ».

Et le jugement de M. Anatole France :

« H ignore la beauté des mots comme il ignore la beauté des choses... Il prête à tous ses personnages V affolement de V ordure. En écrivant La Terre, il a donné les Géorgiques de la crapule...

« Son œuvre est mauvaise et il est un de ces malheureux dont on peut dire qu'il vaudrait mieux qu'ils ne fussent pas nés...

« Je ne lui nierai point sa détestable gloire. Personne avant

choisi M. de Germiny, au sortir d'un massif des Champs-Elysées, pour présider à l'éducation de la jeunesse française.

Mais la République radicale-socialiste a fait M. Briand ministre de l'Instruction publique et des Cultes.

A la séance du 14 mars 1906, pour l'avènement

lui n'avait élevé un si haut tas d'immondices... Jamais homme n'avait fait un pareil effort pour avilir l'humanité, insulter à toutes les images de la beauté et de l'amour, nier tout ce qui est bon et tout ce qui est bien. Jamais homme n'avait à ce point méconnu l'idéal des hommes... M. Zola est digne d'ime profonde pitié. »

La notoriété universelle et de mauvais aloi que Zola avait conquis par la scatologie le fit choisir par la famille Dreyfus pour « lancer » l'Affaire. M. Bernard Lazare, véritable artisan de la revision, dicta l'article J'Accuse au romancier, qui ne doutait pas que son influence sur le public ne décidât de la victoire. Quand il se vit conspué, menacé, traduit en justice, il fit une triste figura. On n'a pas assez observé que, contrairement aux dreyfusards de la première période, qui se montrèrent intrépides, deux personnages écœurèrent les deux camps par leur attitude : Alfred Dreyfus et Zola. Le triste Juif accepta sa grâce ; et le père de Nana, ayant extrait cent mille francs de V Aurore, se sauva en Angleterre.

Il avait écrit Fécondité pour démontrer au peuple que les nombreuses familles s'enrichissent nécessairement ; mais il ne faisait lui-même d'enfants qu'à sa bonne.

de rExcellence socialiste, M. Etienne Flandin lui disait, du haut de la tribune : « A des hommes comme vous, il est permis de ne pas demander d'où ils viennent, pourvu qu'on sache où ils vont ». Ce mot, que peu de gens comprirent tout de suite, était d'une perfidie sanglante. Le nouveau Grand Maître de l'Université venait de Saint-Nazaire, qu'il avait dû quitter à la suite de scandales excessifs. Elevé dans un petit (( beuglant » à matelots (1), le futur tribun socialiste avait embrassé la profession d'avocat ; mais il encourut une condamnation pour outrage aux mœurs devant le tribunal de Redon (confirmée par la cour de Rennes),

(1) Ce « beuglant », à l'enseigne du Sport, eut pour attractions les filles Marie Cavallin et Titine Salé.

Les commanditaires du citoyen Briand objecteront que ses origines n'ont rien à faire avec sa politique.

Mais, pour tenir compte de l'objection, il faudrait oublier l'impitoyable réquisitoire que le citoyen Jaurès prononça contre la dynastie Casimir-Périer, remontant de génération en génération pour trouver des armes et des outrages contre le Président de la République.

Le crime des Casimir-Périer, qui s'enrichirent avec le travail des ouvi'iers mineurs, n'est pas plus odieux que le crime des Briand, qui exploitèrent la prostitution des chanteuses dans leur établissement.

et dut quitter le barreau de Nantes. Il vint donc à Paris, pour gouverner la France.

Aucune carrière n'est plus représentative du régime. Si le citoyen Briand était demeuré irréprochable, sa vie se fût écoulée sans gloire et sans grand profit, à plaider le mur mitoyen. Taré, il devait se jeter dans la vie politique et y réussir. I prêcha quelques années la grève générale et l'insurrection armée ; il fut rédacteur anarchiste au Journal du Peuple, et l'on peut supposer qu'il prit, au sac de l'église Saint- Joseph, une part suffisante pour mériter le ministère des Cultes, H se vendit ensuite, pour rédiger la Lanterne, au banquier juif Péreire, ancien député officiel de l'Empire ; il participa ainsi, avec M. Millerand, aux trafics qui enrichissent de trois cents millions d'argent pubHc les Compagnies de navigation. Ce coup de maître au service des forbans capitaHstes lui valut la confiance du Populo sociaHste. Il abandonna le Parti unifié pour devenir ministre. Il proposera certainement son curriculum vitœ comme exemple aux disciples de l'Université nouvelle (1).

(1) Voir aux Annexée, page 207

Rien n'a tant contribué à la ruine du parti monarchiste et religieux que le groupement de son état-major autour de M. Arthur Meyer. A voir les généraux, les académiciens bien pensants, les aristocrates les plus renchéris accepter une telle direction, et recevoir quelques billets de banque mensuels d'un petit Juif, sorti de la fange, ancien factotum de Blanche d'Antigny, mêlé à tous les scandales et à toutes les infamies du régime, stipendié comme espion par des gouvernements étrangers, touchant (sous Constans) aux Fonds Secrets de la République qu'il feignait de combattre, condamné comme assassin, marié à plus de soixante ans dans des conditions répugnantes, — il y eut de quoi dégoûter les classes conservatrices : car la petite aristocratie et la bourgeoisie se piquent, au moins pour le dehors, d'une certaine morale ou d'une certaine pudeur.

Or, de la maison Arthur Meyer à la maison Jaurès, il y a exactement la même différence que de Blanche d'Antigny à la fille Chevalier : moralité pareille, hydrothérapie en moins.

Mais il ne nuit pas au présent régime que ses chefs soient tarés ni qu'ils étalent cjnaiquement

leurs vices ; que tel ministre soit repris de justice, et tel chef de groupe, tenancier d'un lupanar ; que les auteurs de Nana, de La Terre, du Journal d'une Femme de chambre régentent la conscience publique ; que le monde officiel, représentant la nation, semble une caverne de brigandage et de sale débauche. Nullement. La situation n'est plus la même.

Les politiciens réactionnaires sollicitaient des classes qui, pourvues du nécessaire, se sont donné le luxe de quelques vertus. Le Prolétariat, que sollicitent les politiciens « socialistes », ne songe pas encore au luxe ; il veut d'abord le nécessaire, le bien-être matériel. Dans les assemblées vraiment populaires, les mots de « morale, pudeur, propreté morale, délicatesse, scrupules » n'ont point de sens ; on n'y prononcerait pas le mot « honneur » sans exciter des risées, des haussements d'épaules.

Quand des aristocrates déclassés et des bourgeois ambitieux se jettent dans la carrière démagogique, leur avilissement n'est donc pas un obstacle, mais une introduction auprès de la clientèle pauvre : elle y trouve une garantie de leur

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sincérité, parce qu'elle ne croit pas, elle ne veut pas croire au désintéressement ; elle ne croira jamais que la sentimentalité, la générosité pure pousse vers les déshérités un homme capable de se faire une place parmi les riches : tandis qu'elle accepte aveuglément les individus à qui leur échéance ne paraît pas laisser d'autre refuge.

Dans le monde « bourgeois », un escroc, un voleur, un exploiteur de femmes, provoque le mépris, la répulsion. Dans le monde « prolétarien », un escroc, un voleur, est un personnage affranchi des stupides préjugés, un malin ; le « marlou » n'éveille que des idées égrillardes, avec une considération envieuse.

Quand M. Wilson et M. Baïhaut quittèrent le Parlement, leurs électeurs furent inconsolables. De même, en Italie, les électeurs de Sicile ont obstinément réélu M. Nasi, ministre chassé et condamné pour une longue série de concussions ; la population s'est presque mise en insurrection pour protester contre les arrêts de justice qui frappaient le malfaiteur, son élu. Même, le 9 juin 1906, la ville de Trapani (40.000 hab.) a proclamé « sa réunion à la République française », alléguant que, chez les

Français, Nasi le Voleur pourrait prétendre aux plus hautes charges de l'Etat : ce qui montre bien en quelle estime est tenu notre gouvernement dans le monde entier.

Ce que nous avons été accoutumés, par V éducation et par des siècles d'hérédité, à regarder comme « la morale » n' existe pas pour le peuple.

La richesse et le pouvoir sont nécessairement la proie des hommes qui ont constaté cette situation nouvelle et qui s'y sont adaptés. Les citoyens qui gardent une conscience, un honneur, des préjugés, se trouvent « handicapés » au-delà de toute force humaine.

On trouvera naturel d'ailleurs, que le ministre de l'Instruction publique ait été condamné (1) pour outrage aux moeurs dans un pays où la littérature

(1) Dans la séance du 15 Juin 1906, parmi les invectives qui accueillirent M. Biétry sur les bancs socialistes, le Journal Officiel note cette sommation :

M. Jules Courant. — Que M. Biétry nous dise les origines de sa famille.

C'est donc bien le Parti socialiste qui a posé la règle appliquée à M. Briand, à propos du Sport.

L'âme et la caisse du syndicat Jaurès sont à Monte-Carlo. Après le scrutin du 6 Mai, l'associé du citoyen Jaurès et de la

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pornographique et les filles perdues sont les principaux articles du commerce extérieur. Il règne, dans l'enchaînement des choses, une redoutable logique : et c'est ce qui a fait croire si longtemps à l'existence d'une Cause intelHgente.

Priion de la Santés juin 1906.

fille Chevalier, élu député socialiste par les nègres des Antilles, reçut et publia ce télégramme :

Château de Marchais, 11 Mai 1906.

Touiea mes meilleures félicitations.

Le Prince de Monaco, La solidarité des maisons publiques, lupanar et tripot, n'a rien que de naturel. Mais quel drôle de Socialisme !

U étude suivante, écrite en 1896, n'a rien perdu de son actu/xlité. Le lecteur jugera certainement qu'elle rentre dans le sujet de ce volume.

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