‹ Leur républiqueChapitre 7 sur 14 · ANNEXES · texte numérisé non relu

ANNEXES

Plusieurs centaines de journaux reproduisirent la lettre suivante :

Prison de la Santé, le 20 mars 1906.

Au citoyen miniëtrt de V instruction pvhliqui, ei du euUês

Camarade Briand,

Nous vous offrons nos compliments pour votre avènement au pouvoir ; c'est de l'excellente « propagande par le fait ».

Nous vous avons connu anarchiste sincère, quand vous manifestiez sur la place de la Révolution (Concorde) aux côtés du camarade Malato ; et nous savons que nous pouvons compter sur les compagnons qui composeront votre cabinet.

Vous avez passé, depuis, par les diverses nuances du Socialisme boulangiste (candidature de la Loire-Inférieure), du Socialisme révolutionnaire (propagande pour la grève générale armée), du Socialisme réformiste, du Socialisme « à petits profits » et du Socialisme « papalin », selon les expressions de votre éminent collèjue Clemenceau. Mais nous ne doutons pas de

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l'action énergiquement dissolvante que vous exercerez dans vos nouvelles fonctions.

Nous nous sommes fort égayés des belles plirases que vous avez introduites dans votre Déclaration mimstérielle, sur l'obéissance militaire, sur les devoirs envers la Patrie, sur votre sollicitude pour l'Armée.

Nous avions fait, dans notre défense en cours d'assises, une place d'honneur à vos anciens écrits sur la nécessité de l'insurrection et sur la légitimité des coups de fusil aux « galonnés ». Nous aurions pu rappeler aussi les nombreuses plaidoiries que vous avez prononcées, devant toutes les juridictions de France, pour des antimilitaristes. Nous nous souvenons avec émotion de l'éloquence que vous avez montrée, plaidant trois fois pour le « Pioupiou de l'Yonne » et vous associant à l'hervéisme.

n est donc vraiment drôle, et il est extrêmement utile, que vous soyez ministre. Vous ne sauriez bafouer le < Populo » avec trop de brutalité : car il importe de développer son dégoût de la bouffonnerie politique et son mépris pour les charlatans politiciens.

Mais nous trouvons mauvais que les mêmes causes aient eu pour nous et pour vous des effets si différents, et que vous vous prélassiez au gouvernement tandis que les camarades s'étiolent dans les geôles de la République.

Sans doute, vous ne vous souciez pas de voir, aux réunions électorales, des citoyens qui ont gardé leur indépendance. M. Clemenceau vous dira comment, deux mois avant les élections de 1902, ]VIM. Waldeck-Rousseau et Millerand supprimèrent les indiscrétions de 1' « Aurore » : il n'en coûta que deux grasses sinécures et quelques sommes d'argent. Pour les élections de 1906, vous mettez les gêneurs sous les verrous, c'est encore moins cher.

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manquerez pas de régulariser cette heureuse pratique ; voui promulguerez un texte en vertu de quoi, tous les quatre ans, les « énergumènes » de droite et de gauche seront embastillés pendant la période où l'on distribue les actions d« l'Assiette au Beurre.

Nous reconnaissons, d'ailleurs, que vous avez des raisons particulières pour nous emprisonner au nom du Patriotisme.

Vous êtes un antimilitariste et un antipatriote résolu.

Votre respectable collègue, M. Clemenceau, sert l'Angleterre contre la France depuis trente-cinq ans. Dès 1871 il proposait à l'Assemblée nationale d'abandonner la Corse à l'Italie, alliée de l'Angleterre, pour que la flotte anglaise possédât une station navale entre Toulon et l'Algérie. Plus tard, M. Clemenceau livra l'Egypte aux Anglais. Il fut chassé du Parlement par le Suffrage universel au cri de : « Aoh ! yes ! » et ne put y rentrer que dix ans plus tard, par la porte dérobée du suffrage restreint.

Il monte au pouvoir pour régler l'affaire du Maroc selon les instructions de Londres... mais, où donc était-il en 1870 ?

C'est bien le moment pour vous deux d'entonner le grand air patriotique.

La Chambre ne demande qu'à jouer son rôle dans la comédie. Depuis le pillage de la caisse électorale par feu Demagny, depuis les scandales du Comité Mascuraud-Lévy-Cohen- Weil, les commanditaires du Bloc se refroidissent. Peut-être que M. Rouvier, par une vieille habitude panamiste, a raflé le reste des fonds en déménageant. Malgré la libéralité des Compagnies d'Assurances américaines, la Représentation nationale craint de se trouver à sec devant les électeurs. Les Reinach, les L.-L. Dreyfus et d'innombrables Cohen

vont faire monter les enchères. H en faudra, de l'or, pour éclairer la conscience du Peuple Souverain !

La cavalerie de Saint-Georges a donc beau jeu ; les livres sterling qui ont valu à votre éminent collègue de l'Intérieur tant de succès dans sa carrière lui procureront encore une majorité parlementaire.

C'est pourquoi vous êtes contraints de multiplier les démonstrations patriotiques.

Eh bien, camarade Briand , il nous déplaît que ce soit à nos dépens.

La plaisanterie qui consiste à faire « boucler )> les antimilitaristes par-l'avocat hervéiste du Pioupiou de V Yonne est amusante pour tout le monde, — excepté pour nous.

Ne la faites pas durer davantage.

La plupart des condamnés antimilitaristes sont des jeunes gens qui ont été amenés à leurs convictions et à leurs épreuves actuelles par vos déclamations, par vos exhortations enflammées. Vous n'avez pas le droit de les renier.

Le verdict qui nous a frappés a été infirmé par les verdicts successifs d'Amiens, de Brest, de Marseille. L'opinion publique l'a jugé odieux, M. le ministre de l'intérieur l'a déclaré absurde. ^Nous n'avons commis qu'un délit d'opinion et nous sommes en prison. Vous avez commis cent fois le même déht et vous êt«s libre !

Vous avez été condamné en justice, rayé du barreau de Nantes, pour un « délit de droit commim », et vous êtes ministre !

Il vous fallait, bien entendu, votre «affaire du Palais-Royal > pour devenir le Rouvier socialiste. La Répubhque devait vous choisir pour liquider les Cultes et pour inspirer l'Instructon publique. Avec quel doigté vous ferez renaître l'amour dans les sacristies ! Avec quelle autorité vous formerez les jeunes gens à la vertu ! Leur donnerez-vous en prix le Portier des Chartreux, ou Nana ? Le Journal d'une femme de chambre ou

des Photos artistiques ? Les familles s'inquiéteront peut-être mais vos exploits seront populaires demain dans tous les

Cela nous semble parfaitement approprié à la moralité du régime, aux desseins de vos commanditaires, à l'idée qu'on se fait de la France au dehors.

Seulement, pour prendre notre part de la joie publique nous avons besoin d'être libres.

Excellence, lâchez -nous !

Après vous être abrité derrière nous dans les années périlleuses, après avoir grimpé sur nos épaules pour décrocher le portefeuille, il ne faut pas nous repousser du pied. Vous êtes prudent, d'habitude ; soyez -le cette fois encore. Et dépêchez-vous.

Recevez, citoyen ministre, nos salutations respectueusement révolutionnaires.

Urbain Gohier, détenu n<^ 5.

Cette autre lettre, adressée à M. le sénateur Bérenger, n'a pis eu les honneurs de la publicité.

Prison de la Santé, 6® Div. n^ 6.

Monsieur le Sénateur Bérenger,

Nous ne pouvons qu'applaudir à votre campagne de salubrité publique. Tous les citoyens qui ont des femmes, des enfants, des jeunes frères, des sœurs, souhaitent -que la rue soit enfin nettoyée.

Mais quelle autorité gardez -vous pour accomplir votre besogne lorsque, membre du Parlement, vous soujffrez au minii-

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tère de rinstniction publique un personnage condamné pour outrage aux mœurs ?...

... Pourquoi n'avez- vous pas exigé du Président du Conseil, à la tribune du Sénat, des explications sur la présence de M. Briand à la tête de l'Université ?

Ne craignez-vous pas qu'on vous soupçonne de n'avoir de sévérité que contre les pauvres diables, et de baisser pavillon devant les puissants ? S'il est méritoire d'ôter son honteux gagne-pain à un marchand de journaux graveleux, il serait plus honorable encore de ne pas laisser la charge de l'éducation nationale aux mains d'un pornographe pratiquant

C'est en cette conjoncture que le public pourra mesurer la sincérité de votre apostolat et votre courage moral.

Veuillez agréer, etc.

Urbain Gohier

Le silence du vertueux M: Bérenger a montré qu'il est, avec les ministres, des accommodements, et .que les pornographes pauvres méritent seuls la réprobation.

L'APFAIRE ROUVIER-SOURBÉ-CADIOT (1881-1906)

n est impossible d'écrire une histoire du présent régime sans reproduire les deux documents que voici, résumant les IBOiurs politiquw tt 1m mœurs administratiras, éclairant

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la corruption de tout ce qui touche à l'Etat, et l'impuissance des citoyens en face de l'arbitraire :

Annexe au Feuilleton n^ 455, du jeudi 18 janvier 1906.

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