‹ Leurs sœursChapitre 12 sur 21 · ADRIENNE · texte numérisé non relu

ADRIENNE

frères, mes cous ce sont des pan d'unautresexe. î c'est pas des arrive la fin de ai déjà la nausée surtout des jeu peux plus les vc

née, comme à mmuii, us mv ue- j a

goûtent. Leurs habits noirs, leurs l

cravates, leurs grosses fleurs bêtes à la bou-

tonnière, leurs pieds satisfaits, leurs mains qui s'écoutent faire des gestes, tout, jusqu'à leurs accessoires, m'irrite, m'exaspère :

cannes, gants, lorgnettes de courses. Et leur conversation ! leurs idées ! leurs aperçus ! Parlons d'autre chose, tiens! Parlons du Jardin des Plantes !

jeanne. — En effet, tu n'aimes pas les hommes ?

adrienne. — Je les déteste. Et je frémis en pensant que si j'aime un jour, celui que j'aimerai ressemblera forcément un peu à ceux que je hais. Il y a une marque de fabrique.

jeanne. — Mais une fois que tu es aux Pleureurs, tu te calmes, et quand tu reviens, en décembre, après un long séjour là-bas, et qu'il fait bien froid... je suis sûre que tu es plus indulgente à nos futurs maîtres?

adrienne. — Pas du tout. Mon été ne leur profite pas. Je fais des provisions de mépris. Ah! si je tombe mal en me mariant, ça ne sera pas drôlet.

jeanne. — Pour toi?

adrienne. — Non, pour lui. S'il ne marche pas droit, je serai terrible.

jeanne. — Tu le feras jeter dans la douve ?

adrienne. — Ce n'est plus reçu. Sans ça... Et toi, aimes-tu les hommes?

jeanne. — Oui et non.

ADRIENNE. — Explique-toi.

jeanne. — Je ne les aime ni ne les déteste.

adrienne. — Petit centre-gauche ! Lâche!

jeanne. — Je ne les connais pas.

adrienne. — Cette bêtise! tu les connais autant que moi?

jeanne. — Justement! Tu ne les connais pas non plus.

adrienne. — Que si.

jeanne. — Mais non. Et je vais te le prouver. Les jeunes gens ne sont pas les hommes, pas plus que nous, les jeunes filles, nous ne sommes les femmes. Deux races à part. Les jeunes gens c'est les hommes pas formés, pas aboutis.

adrienne. — Les têtards ?

jeanne. — Parfaitement. Et nous, les...

3 autre comparaison

:-tu les che-

ADRIENNE. — Oh ! I

pour nous, hé?

JEANNE. — Nous... les...

nilles ?

adrienne. — Pas davantage.

jeanke. — Si... En attendant

d'être les papillons une fois femmes

et mariées. Or, pourquoi tiens-tu à

juger les hommes d'après les jeunes.

gens? Ces petits de seize à vingt-cinq

feront peut-être des trentaines et des

quarantaines très suffisantes.

ADRIENNE. — J'avais peur que tu ne dises : honorables.

JEANNE. — Pourquoi pas? Donne- V^ leur le temps de se calmer, de ' se tasser un peu. Ils ne sont pas encore achevés, je te dis 1 adrienne. — Oh ! si. J'en s de complètement finis. Et ce n'est pas fameux ce que ça donne au total !

jeanne. — Tu parles d'exceptions, adrienne. — Qui s'étendent tous les jours.

jeanne. — Tu n'es pas dans levrai.Inspec-

tons-nous froidement, nous autres. Est-ce que nous sommes des femmes, voyons ?

ADRIENNE. — Mais, dame ! ... il me semble !

jeanne. — Jamais de la vie. Nous ne sommes rien... Nous sommes des espèces d'enfants à robes blanches, qu'on embrasse sur le front, auxquels 011 permet ceci, on défend cela... Des joujoux animés, des êtres indécis, bizarres, à caprices... à vapeurs, à nerfs... Il y a des moments où nous ne comprenons rien à nous-mêmes. Avoue-le ?

Nous avons des cervelles de petit-lait, nous ne réfléchissons pas plus qu'une bête à bon Dieu. Moi je me fais l'effet de ne peser rien , d'être un duvet , moins qu'une chandelle!... tu sais, cette fleur des champs sur laquelle on souffle, et puis qui est envolée ? Sommes-nous en vie seulement? J'en suis pas sûre.

adrienne. — Moi, je ne m'en vante pas, mais j'en suis sûre.

JEANNE. — Et je te parie une chose, tiens, c'est que les jeunes gens quand ils parlent de nous...

adrienne. — ... disent exactement les

mêmes horreurs — sinon pire — que nous, quand nous parlons d'eux ?

JEANNE. — Eh bien, oui. Mais c'est pour ça qu'ils ont tort, aussi tort que nous. Personne n'est dans le bon sens. Ils ne peuvent pas plus nous juger et nous connaître , que nous les apprécier. Quelle opinion veux-tu que nous nous donnions mutuellement les uns des autres, à nos âges, et dans les conditions où nous nous approchons? Nous n'échangeons que nos défauts mal déguisés, grossis encore par la prétention que nous mettons à les cacher, quand nous ne les étalons pas par orgueil. Nous ne nous abordons que pour nous duper et nous rouler.

Ils sont poseurs , bêtas , suffisants ; nous sommes poseuses, bêtas, suffisantes.

ADRIENNE. — Bien moins.

JEANNE. — Allons donc ! Nous sommes aussi insupportables qu'eux, tu sais ! Je vais me fâcher à la fin. Tu dis que tout t'agace chez eux. Eh bien, et nous? nos mines, nos becs pinces, nos éventails, nos petits dédains, nos doigts en l'air? Nous sommes à tuer, tout bonnement. Nos ridicules peuvent riva-

User avec les leurs, va. Sais-tu par hasard que si, tout à l'heure , on t'avait entendu parler de tes regrets de ne pas vivre au seizième siècle, du temps qu'on jetait les personnes dans l'eau... crois-tu qu'on n'aurait pas raison de se moquer de toi, et dans les grands prix? Eh bien, nous, c'est la même chose que les jeunes messieurs, nous donnons de nous une très mauvaise opinion que tout semble justifier et qui est cependant radicalement fausse. Dans le fond, tu es une belle mignonne, tu te bats l'œil de la princesse de Lorraine et de son regard fatal, et tu ne ferais pas de mal à une tourterelle...

Et eux, tous ces crétins qui nous agacent si fort, je parierais .que si on pouvait les ouvrir, on trouverait qu'ils sont à l'intérieur des garçons, pas méchants, avec un bon gros petit cœur bien simple et bien gai. Voilà.

Seulement, personne ne se connaît et ne se fait voir sous son heureux jour. Ah! si on pouvait se déshabiller l'âme aussi facilement que le reste, tout irait bien mieux.

adrienne. — Tu auras beau dire... Moi...

JEANNE. — Tais-toi , et songe à tout ça ,

aux Pleureur», ces vacances ; tu finiras par reconnaître que j'ai raison. Il ne faut détester personne, bijou.

ADRIENNE. — Même les hommes?

Jeanne. — Surtout. Pense donc? Us n'auraient qu'à nous le rendre.

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