THÉRÈSE
JACQUELII déplaisante, même sous les arbres, ça sent perpétuellement une odeur de gare . (Elle la prend dans ses bras.) Donne-moi ta figure à aimer, chou chéri. Tu A*\ es encore la plus heureuse de nous deux, mon petit cierge, parce que tu as beau avoir perdu ta maman dans le ciel, tu as son souvenir, tu as sa bonne pensée, elle n'est qu'à moitié morte, comprends-tu ? Tandis que moi, la mienne, elle est vivante sur la terre, mais elle est cent fois plus morte que la
tienne. Pour tout dire, tu n'as plus ta maman, mais c'est comme si tu l'avais.
Thérèse. — Oui. Et toi, tu en as une, mais c'est comme si tu n'en avais pas.
JACQUELINE. — Juste.
Thérèse. — On est deux orphelines. C'est bien simple.
vint», très loin de Paris. — Madeleine est en train de cueillir des roses, le matin, quand son père la rejoint, en petite tenue, botté, dotman et képi.
madeleine. — ■ Tu arrives juste à temps pour que je te fleurisse.
LE GÉNÉRAL. — Oui.
madeleine. — Tu as fait une bonne promenade ?
LE GÉNÉRAL. — Oui.
madeleine. — Mirabelle n'a pas eu de lubies en passant le pont du chemin de fer?
LE GÉNÉRAL. — Non.
madeleine. — Oui... non... En voilà des façons de répondre ! Qu'est-ce que tu as ?
Encore ton ministre civil qui t'embête ?
LE général. — Ce n'est pas mon ministre, c'est ton frère.
madeleine, avec élan, — Il a joué ?
LE général. — C'est un gredin. Rien sous la tunique... Pas un sou de cœur.
madeleine. — Oh ! parle. Mets-moi au courant.
LE général. — Lis. Voilà ce qu'on vient de me remettre à l'instant.
H lui tend une lettre.
madeleine, qui prend le papier. — Ah ! mon Dieu ! on ne sera donc jamais tranquille !
le général. — Jamais ! Oh ! il aura ma peau ! Il l'aura !
madeleine. — Ne dis pas ça.
LE GÉNÉRAL. — Lis.
madeleine. (Elle lit.) — « Vesoul, 17 juin. Mon pauvre cher père... »
le général, qui rage en' dedans. — Je t'en foutrai, moi, du pauvre cher père!...
madeleine. — P garde. Si on t'en tendaitpar-dessuslf mur du jardin !