COTILLON
Au bal, pendant le cotillon. Germaine et Raoul causent assis dans un coin. Ils viennent de danser.
raoul. — C'est la troisième fois déjà, mademoiselle, que j'ai la bonne fortune de danser le cotillon avec vous, cet hiver, et j'y trouve toujours le même plaisir.
GERMAINE. — Dites au moins un plaisir grandissant, ça sera plus joli.
raoul. — Pour cette fois-ci, mais pas pour les précédentes.
germaine. — En effet. J'ai lâché une bêtise. Ça m'arrive le soir. Dans le jour, je suis beaucoup mieux. Est-ce que vous vous amusez?
RAOUL . — En ce moment ? Je crois bien !
germaine. — Et, en dehors d'ici?
raoul — Comment l'en tendez- vous?
germaine. — Je veux dire dans la vie.
raoul. — Ça dépend du temps qu'il fait.
Je suis gai quand il fait beau, et triste quand il pleut.
germaine. — Moi, tout le contraire. Je n'aime pas le beau temps. Le soleil me fait penser à la mort.
RAOUL. — Oh !
germaine. — Oui. Le ciel bleu, les grandes prairies, les papillons blancs qui volent pendant l'été, tout ça me cloue au mur. Je ne respire bien que par les jours gris, les jours de Hollande, où le vent
arrange des gros nuages comme dans les tableaux qui sont chez papa.
raoul. — Vous êtes une littéraire?
germaine. — Pas pour dix sous.
raoul. — Cependant... ce que vous venez de me dire...
germaine. — Pas de littérature... c'est autre chose... c'est de la sensation à moi, des impressions d'un certain ordre qui me sont familières... et que je retrouve à tout bout de champ...
raoul. — Oui. Vous ne voyez pas comme tout le monde?
germaine. — Je m'en vante. C'est ça la veine ! Et vous , est-ce que vous voyez comme tout le monde ?
raoul. — Je n'en sais trop rien. Il faudrait, avant, que j'interroge les autres.
GERMAINE. — A quoi bon! Chacun sent bien soi-même et d'instinct, s'il est banal ou non. Etes-vous banal? Répondez franchement. Il n'y a pas de honte et vous ne serez pas le seul sous ces lambris.
raoul. — J'ai peur que oui.
GERMAINE. — Aumoins, vous en convenez.
Un bon point. Qu'est-ce que vous fabriquez donc déjà, comme métier? On me l'a dit, ça m'a fui.
raoul. — Rien. Je fais zéro.
germaine. — Rentier des salons. C'est bien ça.
raoul. — Quelquefois, j'attelle à quatre.
germaine. — Oui. Mais ça n'est pas un travail qui vous use le cervelet, que d'atteler.
RAOUL. — Pourtant, j'ai fait mon droit.
C'a été dur, mais je l'ai fait.
germaine. — Aïe donc! Cristi! Et pour ce que ça vous sert aujourd'hui, hein? Je connais. J'ai un frère qui potasse sa seconde année. Oh! mes enfants! S'il fallait que j'apprenne ces machines-là, j'aimerais mieux qu'on me coupe la tête tout de suite.
raoul, bien aimable. — Vous ne trouveriez pas de bourreau, mademoiselle.
germaine. — Joli tout plein !
raoul. — Vous vous moquez de moi ?
germaine. — Oui.
raoul. — Voulez- vous que nous dansions cette valse?
■je- * -"* — .-
■ germaine. — Il y a trop de monde. Je préfère causer.
RAOUL. — Merci.
germaine. — Non, car vous valsez mieux que vous ne parlez.
raoul. — Alors, je me tais et je vous écoute.
germaine. — Je vous fais enrager, mais n'y faites pas attention. C'est mon air qui est comme ça. Le fonds est excellent. Mes confesseurs me l'ont toujours dit.
raoul. — Vous vous confessez?
germaine. — Plus maintenant. Mais autrefois, quand j'étais petite... j'en ai usé beaucoup.
RAOUL. — Et pourquoi avez-vous cessé?
Le manque de foi?... la tiédeur bien naturelle...
germaine. — Rien du tout. En voilà une bêtise!... Au contraire, j'ai peut-être plus de foi que quand j'étais gamine... ou du moins c'est autre chose... Sans doute, je trouve les miracles plus durs à avaler qu'autrefois, mais je comprends mieux l'Évangile et Y Imitation que je récitais dans le temps comme
une bêtasse et sans savoir ce que ça signifiait. Et, à part que je pratique mal, je suis restée tout de même une croyante; et pour ^ rien, vous m'entendez, je ne lâche-
édailles!
tant, ce soir...
>h! Excepté les
le grande peau, aussi, vous ne
îs? Ils seraient
— Qui donc ?
.maine. — Les :chés !