L^ÉDLCATION CHEZ LES NÈGRES DE RACE SUPÉRIEURE
Sommaire
. Les Cafres. — De la classification des races. — Le pouvoir du père de famille en Cafrerie. — Férocité et amour pour les enfants.
— Naissance et élevage de Tenfant. — Les corporations d'enfants.
— Éducation de Tendurance. — Le noviciat des pays cafres. — Culture de la langue et de l'éloquence. — Initiations éducatrices. — Circoncision et excision. — Les travaux des femmes. — Initiation douloureuse des garçons. — Compagnonnage et initiation intellectuelle. — Analogies avec Tancienne Egypte. — IL Les Massai. Les races éthiopiennes. — Savante agriculture des Massai. — Education militaire. — Initiation éducatrice des jeunes gens. — Entrainement guerrier. — Du mariage. — HI. La mentalité des races noires supérieures, illusions auimiques suscitées par des photographies. — Indifférence religieuse des Cafres. — Débilité de l'attention intellectuelle. — Superstitions et illusions animiques. —
— Absence de sens moral. — La lecture, art surnaturel. — Goût pour le style imagé. — Evangélisation et civilisation. — Un cas de mémoire phonograpbique. — IV. Les petites monarchies fétichistes de L'Afrique tropicale, — Absence d'éducation intention* nelle au Karagoué. — Intelligence d'enfant. — Amour du langage figuré. — L'instruction militaire des amazones dahoméennes. — V. Les États musulmans de V Afrique tropicale. Populations métissées. — Imitation et apprentissage. — Ecoles des mosquées.
— Ecoles relativement savantes de Tombouctou. — Enseignement nomade. — VI. La valeur mentale des races noires. — Evolution tardive. — Traits d'infériorité intellectuelle communs et» l'Afrique noire et à l'Europe. — Ecoles pour les gens de couleur aux Etats-, Unis'. — Résultats encourageants. — Pas**de corrélation entre l'instruction scolaire et le progrès moral.
' ^ L. Les Cafres
Dans îe dernier chapitre, je mô suis attaché à ne par-
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1er que des noirs africains les plus inférieurs ; mais il en esl d autres, qui, d'eux-mêmes, se sont développés dans une certaine mesure et qui sûrement peuvent ou pourront marcher plus avant encore dans la voie du progrès. C'est que notre classification des races humaines est des plus grossières. Nos dénominations: homme noir, homme jaune, homme blanc, ne sont que des étiquettes générales désignant des groupes formés de variétés très dissemblables et réunies seulement par certains traits anatomiques. Sans doute ces traits sont frappants; mais ils n'excluent pas de nombreuses disparités. Nous savons trop que, même au sein des races les plus supérieures aujourd'hui, il existe nombre d'individus mentalement assimilables aux plus frustes des sauvages. Inversement les races dites inférieures comprennent non seulement des individualités, mais même des groupes, qui dominent le reste de leurs congénères. Tel est le cas pour l'homme nègre; et le stupide noir du Gabon, par exemple, ne nous représente qpe Téchelon dernier des variétés noires, appartenant au type africain. Il nous reste à voir maintenant quelle est la valeur intellectuelle des autres types, comment ils entendent Péducation, comment aussi ils se comportent yis-àyis de l'éducation européenne. Je commencerai cette investigation par le*s Cafres, si voisins et pourtant si différents des Hottentots et des Bochimans, dont j'ai parlé dans la précédente leçon.
Comment les Cafres traitent-ils, comment élèvent-ils leurs enfants ? Chez les Cafres, ce que, quantité .de nos compatriotes appellent avec un trop grand respect « le droit* dû père de famille » est à peu près sans limites. Moffat raconte que d^x hommes vinrent lui offrir Jeurs .enfants, l'un pour une brebis, l'autre pour une provision de perles (i); Mais cela n'est rien; dans presque toute
(1) Moffat. Vingf 'trois ans dans le sud de l'Afrique, 248.
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TAfrique, vendre son enfant, sa chose, n est pas même une peccadille; c'est nn droit. On allait parfois beaucoup plus loin; ainsi, dans une région montagneuse au-dessus de Thaba-Bissago, une vieille femme racontait, que, dans son enfance, ses parents l'avaient mise dans un piège à lions, c'est-à-dire sous une grande trappe en pierre, où elle devait servir d'appât aux fauves. C'était, parait-il, une coutume assez répandue dans la région. Les cris de l'enfant attiraient en effet les lions; mais l'appât, l'enfant, était le plus souvent sacrifié (i). Néanmoins il ne s'agit là, selon toute apparence, que d'une coutume locale et exceptionnelle. En effet, quoique volontiers cruels, les Cafres semblent aimer beaucoup leurs enfants. Ainsi, malgré la gloutonnerie générale, s'il arrive que, pendant les repas un enfant s'approche d'un cercle d'hommes mangeant, bâfrant avec leur bestialité ordinaire, il est bien accueilli et on lui fait avec empressement part de la pro-vende commune. C'est que dans la société cafre la solidarité est intime encore et par suite toute naissance d'enfant est considérée, comme un avantage, comme un appoint, accroissant les forces du groupe. Même les chefs adoptent volontiers les petits étrangers, qu'on leur apporte. Cependant, comme il arrive ordinairement partout, jusque dans les pays civilisés, les garçons sont préférés aux filles; c'est que chez les Cafres, la guerre est encore la préoccupation maîtresse aussi bien des chefs que des sujets.
La naissance d'un enfant est, pour les Cafres, un événement d'une telle importance, que les parents prennent toujours le nom de leur fils aîné, auquel on ajoute seulement 7na, pour la mère, ra, pour le père. Arrive-t-il que, par accident, la mère vienne à succomber avant que l'en-
(1) Layland. /ourn. ofEthmoL Soc, vol. I. p. 79 (1869). Cave cannihais of South Africa,
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fant soit élevé? alors les grand'mères U rèmplaeent, devienaetit m^me nourrices., si elles sont encore assez jeunes. A ce propos, Lîvingsione cite des faits fort curieux, ceux où des grand' mères de quarante ans ont pu, sans accouchement nouveau, redevenir nourrices uniquement en «c faisant téler par leurs petits-TiIs (1). Si extraordinaire qu'il nous paraisse, ce fait ne doit pas être rejeté à la légère ; nous verrons qu'il a été au«si constaté chez les Peaux-Rougos.
Chez les Caf l'es, de même que dans beaucoup d'autres Têéxs belliqueuses, on pense que le plus ou moins de stoïcisme déployé par la mère durant raccoucbement peut influer sur le caractère de son rejeton, en faire un brave ott un lâche. Aussi les femmes cafres se font-elles un point d'honneur d*enfanter sans laisser échapper une plainte. Pendant le travail de la parturition, les amies de la patiente Teaiourent et l'encouragent en lui disant: « Allons, ma, tues une femme; une femme ne doit pas crier » ! Lar^aceest d'ailleurs peu sensible et les hommes ne pleurent jamais (2).
£n Caff^erie, l'éducation est moins nulle, moins animale, que chez les noirs tout-à-fait inférieurs. Le nouveauné est, comme il arrive en tout pays sauvage, porté dans un sac de peau sur le dos nu de la mère et allaité pendant plusieurs années (3); mais plus tard on s'occupe de son éducation. Tous les jeunes enfants à peu près de mc^me âge constituent une sorte de corporation, de classi», et on s'efforce de les préparer aux fonctions viriles ou féminines qui les attendent. Les filles ayant pour tout vêtement des graines de citrouille et des segments de roseaux enfilés sur des cordelettes formant ceinture, s'en vont, sous la con-
(1) lAvingsionc. Explorations dans V Afrique australe^ 14'].
(2) Livingstone. Loc. cit. 148.
(3) Molfat. Vingi'irois ans dans le sud de l'Afrique^ 317
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duitc des vieilles femmes, chercher de Teau; en Cafrcrie, c'est là une occupation sociale de première importance, et pour laquelle un dressage particulier est nécessaire (1). En même temps, on essaie de développer leur énergie, leur endurance à la douleur, par des épreuves spéciales, par exemple, en leur faisant des brûlures sur les avant-bras. Il est curieux de noter en passant, qu'en Amérique, les enfants Peaux-rouges se font un jeu de cette douloureuse épreuve.
Chez les Cafres Bangaï, les jeunes garçons sont soumis à un temps de stage, qui rappelle assez bien l'éducation des pages durant le Moyen âge. Tous les enfants pubères sont réunis autour d'un personnage, homme influent dans la tribu et qui se charge de les instruire. Pendant la durée de ce noviciat, les familles des enfants pourvoient à leur alimentation et môme payent le prix de leurs vêtements, en donnant pour cela une certaine quantité d'ivoire, qui, dans le pays, fait office de monnaie. Ce stage est une véritable période d'éducation, durant laquelle les jeunes gens sont soumis à une sévère discipline. On les dresse à leur future fonction d'homme et de guerrier; on leur donne aussi une certaine culture intellectuelle, puisque Ton s'efi'orce d'en faire des orateurs. Dans un précédent volume, en étudiant l'évolution politique, j'ai montré, que, chez les Cafres, le régime monarchique est encore mitigé par des assemblées parlementaires, survivances d'un primitif républicanisme; que chaque village a sa cotla, sorte de forum ou d'agf07'a sauvage, où l'art de parler est indispensable (2). Or la langue cafre n'est pas fixée ; elle est en perpétuel devenir. Dans ce qu'on appelle les villes cafres, grands villages ou bourgs comptant plusieurs milliers d'habitants,
il) Livingstone. Loc. cil. 169.
[2) Voir mon Evolution politique.
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la langue se conserve encore intacte ; mais, dans les centres plus petits, isolés, où les parents, hommes et femmes, font souvent des absences de plusieurs semaines, les enfants, laissés à la garde de quelques vieillards, parlent comme ils peuvent, faisant bon marché de la langue des ancêtres, et ils créent, comme à plaisir, des dialectes nouveaux (1), intelligibles pour eux seuls. Il importe donc de corriger les irrégularités de leur langage, et même de leur enseigner le genre d'éloquence, qu'on estime dans leur pays. C'est là un des buts, que poursuit l'éducation collective, dont je viens de dire quelques mots. Aussi, à leur rentrée dans leur village, a-t-on soin de soumettre les jeunes garçons à une épreuve probatoire. £n public et sur un sujet donné, ils doivent soutenir une thèse et leurs parents sont très glorieux de l'art oratoire qu'ils y déploient (2).
En Cafrerie, il existe aussi une pratique, qui devient l'occasion d'un complément d'éducation et d'une véritable initiation. Cette pratique est la circoncision pour les garçons, l'excision pour les filles. A elle seule et sans autre preuve, la coutume de la circoncision chez les Cafres attesterait que la race bantou est bien originaire do l'Ethiopie et a dû, h une époque fort reculée, frayer directement ou non avec l'Egypte. Dans l'opinion des Cafres, la circoncision, qui se pratique entre les âges de huit à quatorze ans, est comme une seconde naissance, la naissance sociale ; avant de l'avoir subie, on ne compte point dans la cilé, à ce point que les garçons, nés avant la circoncision de leurs parents, ne peuvent hériter du pouvoir royal. C'est seulement après la circoncision que le jeune homme a le droit de porter le bouclier, la lance, le jave-
{{) Moffat, Loc. cit. 8.
(2) Liviiigstone. Loc. cit.