‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 38 sur 129 · l'évolutiou bb l'éducatiox · texte numérisé non relu

l'évolutiou bb l'éducatiox

lot et de se frotter de graisse : il est alors devenu un guerrier (1).

Pour les femmes, la cérémonie de Feseision équivaut socialement à la circoncision des jeunes hommes : elle marque aussi leur définitive sortie de l'enfance. C'est au moment de celte opération rituelle, que les matrones initient les jeunes filles à leurs devoirs de femmes et leur enseignent surtout celui d'obéir passivement aux maris, leurs propriétaires. Ces instructions durent plusieurs semaines et sont entremêlées de jeux, de chants et de danses. Les devoirs féminins sont multiples; mais le plus essentiel aux yeux des Cafres, c'est la malernité, et nous avons vu que la femme s'honore en accouchant sans pousser une plainte ; aussi, pour essayer la force d'endurance des jeunes filles, a-t-on soin, durant la période d'initiation dont je parle, de leur faire tenir dans les mains, pendant un temps notable, une barre de fer chaud. Il est à croire en outre que les épreuves de l'initiation portent aussi sur les principales occupations réservées aux femmes. Or ces occupations sont nombreuses et et importantes; car, en dehors de la guerre et des soins à donner au bétail, qu'ils revendiquent avec orgueil, en dehors aussi de quelques métiers réputés plus nobles, par exemple, ceux de forgeron et do corroycur, tous les travaux utiles et pénibles sont le lot des femmes. Ce sont elles qui cultivent la terre ; ce sont elles qui construisent les maisons ; à peine les hommes consentent-ils à couper les arbres nécessaires à la charpente ; mais les femmes doivent elles-mêmes apporter les pièces de bois à pied d'œuvre, parfois on les allant chercher à une distance de plusieurs lieues. Puis elles font office de charpentier, etassombloni les membrures requises pour édifier une grande case conique, dont lo sommet ouvert, par où s'échappe la

(1) Moflat. Luc. cit. liiO. ICO.

en. IV. — l'éducation DBS NÈGRBS DE RACE SLPÉKIEURE 87

fumée et pénètre le jour, est à une hauteur de six mètres environ. Elles édifient aussi les clôtures, vont chercher le combustible nécessaire, enfin élèvent les enfants. Il est certain que ces soins, ces métiers divers exigent un apprentissage, que les jeunes filles font peu à peu, d'ellesmêmes, en aidant leurs mères (1).

La circoncision des jeunes garçons est aussi pour eux, l'occasion d'épreuves spéciales. Les adolescents de quatorze à quinze ans se réunissent d'abord dans l'enceinte de la koilaj du forum cafre ; là, ils se mettent entièrement nus en face des hommes faits, qui dansent selon les rites et se rangent à la file, en tenant à la main des baguettes flexibles. On pose alors aux jeunes récipiendaires une série de questions : Défendront-ils courageusement leur chef d'abord, puis la tribu, puis le bétail ? A chaque réponse affirmative et pour éprouver l'endurance des candidats, les hommes les cinglent d'un coup de baguette. A la fin de l'épreuve le dos des garçons est tout zébré de longues entailles.

Dans certaines tribus, la cérémonie de la circoncision est précédée d'une sorte d'éducation civique et monarchique. Ainsi, chaque année, la classe des jeunes gens de dix à quinze ans est tout entière désignée pour accompagner spécialement l'un des fils du chef; et chacun de ces groupes annuels forme une association durable, ayant ses règlements particuliers, fortement empreints d'un caractère communautaire ; ainsi aucun des molekanès (camarades) ne doit manger seul, quand un ou plusieurs de ses compagnons sont dans le voisinage. Les règlements de la compagnie sont obligatoires; qui les transgresse peut ôire battu par ses camarades. — Lors de leur initiation, dont la circoncision est le point capital, tous ces jeunes garçons, déjà préparés par leur noviciat,

(1) Moffat. Zoc. cit. 159.

88 l'évolution de l'éducation

sont emmenés dans la forêt où ils habitent des huttes construites à l'avance. Là ils séjournent un certain temps, pendant lequel les hommes mûrs leur apprennent les danses de la tribu et les initient à leurs devoirs de citoyens ainsi qu'aux finesses de la politique cafre. Enfin on les ramène à la ville, où un prix est décerné au meilleur coureur d'entre eux.

Après cette initiation mémorable, les jeunes gens, qui jusqu'alors n'étaient tenus que pour des enfants (Basimani) sont promus à la dignité d'hommes (banana) et admis à siéger dans la kotla. Plus lard il leur suffira de se distinguer par un exploit cynégétique, par exemple, de tuer un rhinocéros, pour ôtre autorisés à prendre femmes et devenir ainsi des citoyens achevés (l).

Avant de passer outre, il y a lieu de signaler dans ces mœurs cafres, une curieuse ressemblance avec celles de rÉgypte ancienne. Cette constitution de toute une génération de jeunes gens en un groupe de féaulx compagnons autour d'un rejeton royal, rappelle très exactement un fait de l'histoire égyptienne, qui n'est pas sans nous surprendre, alors que nous le lisons dans Diodore. Cet écrivain nous raconte en effet que Sésoosis, père de Sésostris, s'empara de tous les enfants mâles, nés dans le royaume le même jour que son fils, et les fit élever militairement afin d'en former plus tard, pour son auguste héritier, le noyau d'une armée instruite ei dévouée (2). i\ ost peu vraisemblable que la coïncidence soit purement fortuite et on peut la tenir pour une preuve de plus à 1 appui des rapports étroits, qui, à l'origine de l'antique royaume égyptien, durent en unir la population avec celle de TEthiopie.

Dans les tribus cafres modérément nombreuses, l'édu-

[{) Livingstone. Loc. cit. i67.

(2) Diodore, I, 53.

cil. IV. — l'éducation des nègres de race supérieure 89

cation virile se termine avec les épreuves du noviciat; mais il n'en est pas toujours ainsi dans les monarchies de quelque importance. Ainsi le roi Mossélékatsi, guerrier avant tout, conquérant et despote, qui s'était couvert de gloire, en ravageant toute la contrée à la tète d'une sorte d'armée permanente, avait soin de donner à ses recrues, qui souvent étaient des captifs, une instruction militaire; il les faisait dresser à sa tactique victorieuse (1) avant de les mener au combat.

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