II. — Les MassaX, etc
Que les populations cafres de l'Afrique méridionale soient congénères de celles de l'Ethiopie, on ne le saurait contester; mais des tribus de même race occupent, sous des noms divers, toute l'Afrique orientale, de l'Ethiopie à la Cafrerie proprement dite. Nous ne les saurions passer toutes en revue; il en est d'ailleurs, comme celles qui sont riveraines des grands lacs ou Nyanzas de l'Afrique orientale, au sujet desquelles un supplément d'information est encore nécessaire. Je me bornerai donc à parler, à titre de spécimens, de certaines populations habitant près des Alpes africaines, entre le Kilimandjaro et le Kénia, parce que, relativement au noviciat des jeunes gens, ces populations ont des coutumes analogues à celles des Cafres. Ces tribus éthiopiennes, échelonnées sur un espace situé entre le troisième degré au-dessous de l'équateur et le premier degré au-dessus, sont de belle race et elles mènent une existence à la fois pastorale et agricole, comme le font les Cafres. Souvent elles sont môme très habiles en agriculture. Leurs champs, dont la culture est le lot des femmes, toujours comme en Cafrerie, sont cultivés avec le plus grand soin. Sur le flanc des mon-
(1) Moffat, Loc. cit., 345.
90 l'évolutiox de l'éducatiosï
tagnes, pas un ponce de terrain utilisable n'est laissé en friche. On y cultive les bananes, les palales douces, le manioc, la canne à sucre. Les procédés d'irrigation employés pour fertiliser les champs sont dignes d'admiration. Pas une goutte d'eau, qui ne soit captée et dirigée dans de petits ruisseaux artificiels passant d'une roche à l'autre sur des aqueducs en stipe de bananier, etc. elc. (1), Dans ces tribus si laborieuses, nous pouvons à peu près suivre l'éducation des enfants, du moins celle des garçons, depuis leur naissance. L'allaitement est prolongé; selon la coutume primitive, il dure deux années; mais, de très bonne heure, on donne à mordiller et sucer aux enfants de la viande de bœuf, crue et très dure, ce qui a pour résultat de dcjeter en avant leurs dénis mal iixées encore (2). Chez les Massai, où il existe une caste aristocratique et une caste de serfs, on ne s'occupe guère que de Téducation des premiers, qui avant tout doivent èlre des guerriers. Aussi les petits garçons préludent-ils à leurs futurs exploits en jouant et s exerçant avec des arcs et des flèches proportionnés à leur taille (3). Devenus plus grands, ils s'habituent au maniement de la lance, en chassant les buffles et les antilopes (i). A un âge, que nous ne saurions déterminer, on enlève aux enfants les deux dents incisives inférieures (o); mais, comme en Cafrerie, c'est une autre opération, la circoncision, qui confère aux jeunes gens le titre de guerriers. Elle s'accompagne d'une préparation, d'un entraînement, assez analogue à celui que nous avons Vu en usage chez les Cafres. Les jeunes filles subissent-elles, elles aussi, comme en Cafrerie, une opération correspondante? Nous
\) Thompson, Luc, cit., 52, 276.
2) Ibid, 276i3) Ibid.Yl^.
(4) IhiiU 277.
::j) Ibid, 280.
en. IV. — l'ÉDL'CâTIOM des 3îÈGft£S DE BACE SUPÉRIEUUE 91
ne savons; mais, lors de% fêles de la cireoncisionf on les envoie avec les jeunes gens de l'autre sexe dans un kraal éloigné, où tous, garçons et BUeSy passent un temps assez long loin du reste de la tribu, et où les libres amours sont antorisées (1). Pendant ce temps, le bétail appartenant aux jeunes nobles et qu'ils ont emmené pour leur subsistance, est soigné par des serfs (2).
Ce temps de retraite est employé à compléter Téducation des jeunes hommes ; ils s'y rompent aux exercices militaires et se perfectionnent dans les danses compliquées, laborieuses et accompagnées de chants, que tout homme de leur pays doit connaître; car elles jouent un rôle important dans la vie sociale. Par exemple, on no s*abouche pas avec une caravane étrangère sans exécuter d'abord une sorte de ballet fort difficile (3).
Pendant la durée de ces exercices, les jeunes gens sont astreints à un régime spécial. Pour les rendre plus forts et plus hardis, on les soumet à une diète uniquement Carnivore, mais qui, sous peine de disqualification, de perte de caste, doit consister seulement en viande de bœuf, do mouton ou de chèvre. En outre, avant de tuer un bœuf, les jeunes candidats à la virilité sociale lui ouvrent uno veine et boivent son sang tout cband. Défense est faito de mêler la viande au lait et aussi de la manger dans le kraal même (4).
Pour achever d'aguerrir la classe des jeunes gens soumis à cet entraînement, la période d'initiation se clôt par une expédition, une razzia de bétail chez les voisins ; mais, avant d'y procéder, on s'y prépare par des cérémonies religieuses, ayant pour but de se concilier les dieux (5).
(!) Thompson, Loc. cit., 279-282.
(2) Ibids 279.
(3) Ibifi, ! 96-283.
(4) IbùL 282.
(H) Ibid, 283.
92 l'évolution de l'éducation
Au préalable aussi, on doit faire deux élections, celle d'un chef militaire {hjtonou)ei celle dun orateur {lyganani); car, de même que la plupart des nègres africains, les Massaï ont le goût, même la passion des discussions, des palabres interminables et que suscitent les plus futiles circonstances (1).
Cette période d'initiation ressemble beaucoup à l'existence ordinaire, que les mœurs des Massaï font aux jeunes hommes, surtout aux fils aînés, tant que leurs pères sont vivants. Mais après le décès du père, dont le fils aîné va tout simplement jeter le cadavre hors du kraaly trait d'insensibilité animale qui est aussi commun aux Cafres, l'héritier renonce à la libre vie de garçon ; il se marie, c'est-à-dire achète une femme moyennant un plus ou moins grand nombre de bœufs et dès lors se range. A cette occasion encore, on lui impose une petite et dernière initiation ; il doit, un mois durant, porter le costume des jeunes filles. Quel peut être le but de ce déguisement obligatoire? (2) Veut-on symboliser, pour le jeune homme, la rupture définitive avec sa vie de garçon? Veut-on le préparer au mariage par un mois de chasteté ? — Quoi qu'il en puisse être, et malgré des différences de détail, qui tiennent peut-être à l'insuffisance de nos informations, de très frappantes analogies existent entre l'éducation et l'initiation des jeunes gens chez les Massaï et chez les Cafres, à ce point que les renseignements, assez sommaires, que nous possédons sur les uns et les autres, paraissent se compléter dans une certaine mesure.