IV. — Les petites monarchies fétichistes de V Afrique
tropicale.
Les populations noires, de race supérieure, celles que
(1) Moffat, Loc. cit. 24.
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l'on peut grouper sous la dénomination très générale d'éthiopiennes, occupent surtout l'Afrique orientale, de la vallée du haut Nil au pays des Cafres. Pour le moment, je néglige les très nombreuses colonies, que ces Ethiopiens ont fondées à travers l'Afrique nord-équatoriale et qui, pour la plupai't, sont aujourd'hui musulmanes. Nous y reviendrons tout à l'heure. Disséminés sur un immense espace, ces noirs supérieurs de l'est et du midi n'ont pas atteint partout le même degré de civilisation. Cependant tous leurs groupes ethniques sont à la fois agriculteurs et pasteurs. Nous venons d'étudier, à notre point de vue de l'éducation^ les Cafres et les Massaï. Il convient maintenant, avant de passer à l'Afrique nord-tropicale, de jeter un coup d'oeil sur les petits royaumes, qui existent ou existaient, il y a peu d'années encore, dans la région des grands lacs africains, sur ceux du moins que les voyageurs nous ont fait quelque peu connaître, notamment sur le Karagoué et l'Ouganda. Nous avons malheureusement peu de chose à en dire. Les explorateurs ne semblent pas y avoir remarqué trace d'un enseignement quelconque. Cela veut diresans doute que l'éducation y est encore toute primitive^ presque spontanée, bornée aux arts et pratiques indispensables et qu'elle se fait parles jeux d'abord, par la coopération aux divers travaux ensuite. Pourtant, dans ces petits Etats nègres de la région des Lacs, il existe déjà une spécialisation industrielle; on y trouve des tisserands (1), des forgerons, etc., qui nécessairement ne se peuvent former que par im apprentissage, une éducation professionnelle donnée par les pères aux enfants. Quoique peu cultivés encore, ces Ethiopiens ne sont pas trop mal doués au point de vue intellectuel. Le roi du Karagoué, Roumanika, étonna môme le voyageur Speke par sa sagacité, sa curiosité de bon aloi. Cependant ce monarque avait encore
(1) Speke. Sources du \il, etc. 270.
CH. lY. — L^ÉDUCATION DES NÈGRES DE RAGE SUPÉRIEURE -99
le caractère enfantin, propre à tous les primitifs. Ainsi le capitaine Speke lui ayant demandé quels, objets les Anglais devraient lai apporter à l'avenir pour lui être agr'éables, il réclama : une certaine étoffe brodée d'or et d'argent, mais surtout des jouets d'enfants, des marionnettes, des boites à surprise, des soldats de plomb, des poupées, des modèles d'animaux, etc. A ses yeux, la merveille des merveilles était nn coucou américain, inséré<ians le ventre d'une figure d'homme,, dont les yeux étaient mis en mouvement par le balancier de la pendule (1). Dans l'Ouganda, Tune des femmes du roi M'tésa éprouva une grande frayeur, en voyant la montre du capitaine Speke et elle déclara que ce devait être le ioubari,, c'est-à-dire l'une des principales divinités du pays. 11 est à remarquer que ces grands enfants étaient très amateurs de beaux discours, même d'éloquence fleurie. Speke s'efforçait toujours de leur parler un langage figuré, qu'ils admiraient fort : « Il parle bien, l'homme blanc ! » disaient-ils (2). Depuis lors les missionnaires européens ont catéchisé ces populalations naïves et attardées, mais sûrement très civilisables. Nul doute qu'ils n'aient fondé, parmi elles, des écoles chrétiennes; mais ils les ont en même temps dressées aux guerres religieuses. On peut dire que le gain ne compense pas le dommage.
Dans ces petits royaumes nègres, il n'existait rien qui ressemblât à nos écoles. Il en était de même à l'autre bout de l'Afrique tropicale, au Dahomey, avant que la récente conquête française eût détruit ce petit Etat, très comparable à celui de l'Ouganda par l'organisation politique et même par la race ; car sa population avait reçu des appoints d'immigrants éthiopiens. Là non plus, on ne connaissait pas les écoles, et pourtant on pratiquait diVer-
(1} Speke. Sources du Nil, ete., 199.
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ses sortes d*enseignement. Ainsi le titulaire de chaque fonction d'Etat avait auprès de lui son futur successeur, qui, sous sa direction, faisait son noviciat (1); maison enseignait particulièrement Tart militaire, si cher aux monarques absolus, qu'ils soient petits ou grands, blancs ou noirs. Les amazones, constituant Télite de Tarmée dahoméenne, étaient rompues aux exercices militaires les plus violents; et en même temps on les dressait aux vertus guerrières: à supporter la faim, la soif, la souffrance. Elles s'accoutumaient, par exemple, à des assauts factices, où il leur fallait franchir, pieds et jambes nus, des fossés et des enceintes hérissés des terribles épines du bombax (2). Elles s'en acquittaient allègrement, à Tenvi Tune de l'autre; or l'épreuve était dure. Sparte n'en demandait pas tant à ses jeunes gens.