‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 42 sur 129 · V. — Les États musulmans de V Afrique équatoriale · texte numérisé non relu

V. — Les États musulmans de V Afrique équatoriale

La zone nord-équatoriale des petites monarchies musulmanes en Afrique, qu'il nous reste à examiner, traverse à peu près tout le continent, allant du pays des Mandingues, à Touest, au Kordofan à Test. Dans tous ces Etats, le sang nègre, domine, mais mitigé par de nombreux croisements avec les Arabes et surtout avec les Berbères. En outre, comme, dans cette zone africaine, les Ethiopiens ont, de tout temps, largement essaimé, le fond de la population noire était déjà et en lui-même relativement supérieur. Il s'est encore généralement élevé par le métissage avec des races blanches, aussi partout dans la région, du moins là où le Mahométisme a prévalu, les indigènes sont décidément sortis de la sauvagerie primitive; ils ne sont plus que barbares.

Comment entendent-ils réducation? Sûrement ils ont

(1) LaffiUe, Le Dahomé, 108, 109.

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conservé le premier mode d'éducation, le dressage presque inconscient des enfanls par l'imitation spontanée/par les jeux, par l'exemple des parents, par la participation à leurs travaux et occupations.

Il faut aussi y ajouter renseignement professionnel ; car tous ces pays sont industriels, ont des teinturiers, des tisserands, des forgerons, des corroyeurs et mégissiers, des bijoutiers: tous arts et métiers qu'il est nécessaire d'apprendre. Chez les Bambaras, les forgerons constituent môme une caste aristocratique (1); chez les Mandingues, de grands privilèges sont accordés aux cordonniers, aux forgerons, enfin aux professions artistiques, aux musiciens et aux orateurs.

Mais, dans toutes ces monarchies musulmanes, on trouve un enseignement spécialement intellectuel, de vraies écoles. Je me hâte de dire, que ces écoles sont avant tout théologiques et fondées dans le but d'enseigner le Koran et sa doctrine. Les leçons sont données ordinairement par des marabouts et dans la mosquée, quand il en existe une. Chez les Mandingues, les professeurs de Koran jouissent d'une extrême considération et viennent en dignité immédiatement après les personnages royaux. Quoique fort longue, puisqu'elle dure trois ou quatre ans, cette éducation pieuse ne va guère loin ; elle se borne à apprendre aux élèves à lire, mais seulement quelques passages du Koran, au plus à les écrire, enfin à réciter des prières. Pendant la durée de leurs études, les jeunes gens restent près du maître et lui servent de domestiques (2).

Dans le Bondou, où presque toutes les villes ont des écoles de ce genre, les mœurs des écoliers rappellent fort celles de notre Moyen âge. Les élèves sont, pour le maître, de véritables serviteurs, qu'il emploie aux travaux les

({) Laing. Ilist. univ.voy. vol. XXVIII. 46.

(2) Laing. Loc. cîï. etMungo-Park. Hist.univ. voy. vol. XXV. i76.

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plus humbles et qu'il envoie entre les heures des classes, mendier ou coudre à son profit (1).

Les écoles de l'Afrique tropicale sont, comme nous le verrons, très analogues à celles que l'on rencontre dans tous les pays musulmans plus civilisés, soit de l'Afrique septentrionale, soit de l'Asie et de la Turquie d'Europe. Ainsi, à Sackatou, les enfants vont à l'école, deux heures par jour, une heure au point du jour et une autre heure, le soir, au coucher du soleil. Ils prennent leur leçon d'Arabe tous ensemble et à haute voix. Le maître exige que le verset du Koran soit appris par cœur avant d'avoir été effacé du tableau sur lequel il est écrit. Quand il s'agit de rempla- . cer le texte par un autre, le maître lave le tableau, et l'eau^ qui a servi à cette opération, est pieusement bue par les écoliers dans le but soit de se sanctifier, soit de s'assimiler, au sens nutritif du mot, les paroles sacrées (2), soit de prévenir les maladies ; car, dans diverses contrées africaines et musulmanes, cette absurde pratique s'emploie comme moyen thérapeutique.

Nous ne savons, si, dans les grands centres africains, à Kano, à Tombouctou, la superstition est aussi inintelligente; mais, à Tombouctou, les écoles, toujours annexées aux Mosquées, sont un peu plus savantes; il y exister sans doute, comme dans les villes franchement arabes, un enseignement primaire et un enseignement supérieur ; puisque l'on y possède des collections de manuscrits. Quoi qu'il en soit, Tinstruction élémentaire est assez répandue à Tombouctou pour que la plupart des habitants sachent plus ou moins bien lire et écrire (3). Les maîtres en renom y sont fort honorés et il arrive môme que les étudiants accompagnent leur professeur etk voyage, fassent caravane avec lui, puis, le soir, au

(1) Gray et Dochanl. Ilisl. univ, voy, vol. XXVIIÏ. 339.

(2) Clapporton. Second voyage, t. II. 89.

(3) Oscar Leiiz. Timbouctou. t. II. !.S2.

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milieu d'une enceinte d'épines figurant sans doute la classe, apprennent sous sa direction les textes sacrés. Un voyageur célèbre, Barth, a été témoin de ces scènes pittoresques, alors qu'il voyageait près de Tombouctou eii compagnie d'un cheik, El Bakay, célèbre parce qu'il avait «a la gloire de faire restaurer la grande mosquée à cinq nefs, qui est la merveille de Tombouctou (1). Il est à remarquer que cet homme, dont Barth vante beaucoup Tinte Tligence, ne pouvait guère parler que de sujets religieux (2). Cependant ailleurs, à Kakaoua, Barth fraya avec un autre chef renommé, Hadji Béchir, qui, lui, aimait à discuter en public sur des questions scientifiques, spécialement sur le mouvement de la terre et des planètes (3).

Mais je n'ai pas à appuyer ici sur cet enseignement des mosquées; nous aurons à l'examiner en détail, un peu plus tard, alors que nous nous occuperons de l'instruction arabe proprement dite. — Pour terminer sans quitter la race africaine, je résumerai les jugements, qui ont été portés sur la valeur intellectuelle de cette race et j'indiquerai les résultats qu'on a obtenus, en élevant les jeunes nègres dans les écoles de type européen.

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