‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 43 sur 129 · VI. — La valeur mentsile des races noires · texte numérisé non relu

VI. — La valeur mentsile des races noires

Pas à pas et dans plusieurs chapitres, nous avons étudié les diverses variétés du type nègre, hiérarchiquement et en montant des plus inférieures aux plus développées; nous sommes donc en mesure d'apprécier en connaissance de cause la valeur mentale du nègre et son aptitude à l'éducation. — Faut-il accorder une importance capitale aux nombreuses observations défavorables, recueillies, le

(1) Barth. Voy. en Afrique, t. IV. 53.

(2) Ibid. 56.

(3) Ibid. t. II. 128

i 04 l'évolution de l'éducation

plus souvent au vol, par les voyageurs? Je ne le crois pas. On est seulement en droit d'en conclure que la race nègre en général est restée jusqu'ici à peu près en dehors des civilisations antiques et modernes. Est-il bien sûr que l'Afrique centrale serait plus civilisée, si, au lieu de sauvages noirs, elle avait eu pour habitants primitifs les lointains ancêtres de nos races celtiques, germaniques ou slaves? Quelle que soit la couleur de sa peau, l'homme primitif se rapproche beaucoup de l'animalité, et il ne s'en écarte pas aisément tant que les conditions du milieu sont défavorables à tout changement, et surtout tant que des groupes sortis de la sauvagerie, pour une raison ou pour une autre, ne lui envoient pas des éducateurs, qui secouent sa torpeur et le font bénéficier de leurs acquisitions.

Sans doute, dans nos pays civilisés, il existe une culture supérieure absolument inconnue chez les primitifs et qu'ils ne parviennent môme pas à concevoir ; mais, si nous voulons prendre la peine d'examiner les Européens, qui, de père en fils, ont vécu en dehors de la civilisation générale, nous trouverons parmi eux quantité d'individus guère plus développés que les noirs de l'Afrique centrale, aussi incapables d'attention intellectuelle, aussi rebelles à tout travail d'abstraction, aussi grossièrement enlisés dans l'animisme sauvage. Les Ilottentols et les Cafres croyaient vivants les premiers chariots et les premiers navires européens qu'ils virent ; mais beaucoup de nos paysans bretons en firent autant pour les locomotives, quand les premiers trains de chemin de fer pénétrèrent dans leur province. Certains curés même maudirent, en chaire, la locomotive, ce monstre vomissant des flammes et dont ils parlaient comme d'une incarnation de Satan. •Les nègres, surtout les plus inférieurs, s'enivrent, comme des brutes, plus que des brutes; mais il en est de môme des Européens peu développés. — Bon nombre de nos

CH. IV. — l'éducation des nègkes de race supérieure 105

paysans ne sont guère plus forts en numération et en arithmétique que les nègres inférieurs et les primitifs de . toute race. Pour le langage, la difiFérence n'a rien non plus de bien frappant. Sans doute un littérateur instruit possède un vocabulaire comprenant des milliers de mots, parfois même dans plusieurs langues; mais on a constaté depuis longtemps que quelques centaines d'expressions suffisent très bien à un paysan inculte (*).

(*) A ce sujet, on me saura sûrement gré de citer la lettre suivante :

Paris, 23 Novembre 93.

Monsieur et cher maître,

En écoutant votre cours de ce soir, je ne pouvais m'empêcher, à propos de chaque trait rapporté par les voyageurs de l'infériorité intellectuelle des nègres, de me rappeler une foule de traits tout à fait analogues, observés chez nos enfants et chez nos paysans sur les points les plus divers de la France. En voici quelques-uns au hasard.

Les nègres ont une grande difficulté à abstraire, à généraliser et — ce qui est un cas particulier de ce défaut - à être prévoyants- 11 en est ainsi chez nous, de presque tous les enfants et d'un grand nombre de paysans complètement illettrés. Leur infériorité sur ce point est généralement compensée par d'autres aptitudes intellectuelles poussées à un degré remarquable.

Je sais à La Cambe un chasseur de bestiaux nommé Lemarquand, dont le métier consiste à aller aux foires et aux marchés pour mener chez les cultivateurs les bestiaux qu'ils ont achetés. l\ ne sait ni lire ni écrire et à peine compter. On lui confie souvent de 30 à 90 vaches, bœufs ou taureaux pour dix ou vingt destinations différentes. Jamais il ne lui est arrivé de se tromper. Il a 55 ans environ et fait ce métier depuis Tàge de 15 ans. Tous les cultivateurs sont unanimes à vanter son activité, son énergie et son intelligence. 11 lui suffit d'avoir regardé un animal une fois pour savoir sou histoire, d'où il vient, où il va, combien il est dû pour le conduire, les difficultés et les accidents auxquels il a pu donner lieu. « C'est désormais une figure de connaissance. » Cette expression, employée par Lubbock pour désigner la façon dont certains Cafres reconnaissent leurs troupeaux qu'ils ne peuvent compter, convient parfaitement à L.

Un marchand de vaches d'Isigny, qui en achète environ 200 par an depuis 25 ans et en marchande le double, me disait que jamais une vache qu'il a regardée (c'est-à-dire examinée avec l'intention

i06 l'évolution de l éducation

Au point de vue du développement intellectuel, nous avons donc beaucoup de primitifs parmi nous et nous savons qu'il n'en va pas autrement pour la culture morale. D'ailleurs, entre cette dernière et l'autre, entre le cœur et Tesprit, il n'y a pas de rapport nécessaire et il arrive

de Tacheter), ne lui sort d? la mémoire et qu'il la reconnaîtrait infailliblement parmi des centaines sur n'importe quel marché ! Il est beaucoup plus instruit que L. ; mais ce n'est pas à son instruction qu'il doit cette faculté. Il parait qu'elle est ordinaire chez les cultivateurs.

ÎJn vieux marchand de moutons du même pays, qui en avait acheté au moins 500 par an pendant plus de vingt ans, les reconnaissait de môme à la physionomie sans hésilation'et sans erreur. C'était considéré par les autres cultivateurs comme un tour de force.. Ce Dindenault normand était certainement fort illettré et vraisemblablement très peu capable d'abstraire ou généraliser. Mais parmi les docteurs ^s-sciences et les philosophes les plus aptes à ces opérations, combien en est-il qui eussent pu faire ce qu'il faisait? Son activité cérébrale s'était tournée vers d'autres fonctions parre que c'était celles-là dont il avait eu besoin toute sa vie. Il n'était peut-être pas moins bien doué pour cela par la nature, et personne en tous cas n'oserait attribuer sa faible capacité d'abstraire à une infériorité de race. H y a 3000 ans cependant, un Egyptien eût pu être tenté de le faire de nos ancêtres, parce qu'aucun d'eux n'avait encore donné sa mesure en ce genre.

Les nègres, que les missionnaires veulent instruire, apprennent les mots comme de la musique sans y attacher aucun sens.

Mais c'est le cas de tous nos enfants, de tous les hommes et de toutes les femmes qui récitent toute leur vie leurs prières en latin, bien qu'ils ne le comprennent pas. l'n soldat des environs de Dinan, catholique convaincu, m'expliqua un jour qu'il vaut mieux réciter le Conftleor en latin parce que c'est plus convenable en parlant à Dieu. — Mais vous ne comprenez pas ce que vous lui dites. — Geha ne fait rien, me dit-il pourvu que lui comprenne. » Je lui en fis réciter une partie. Il n'y avait pas, bien entendu, un seul mot latin qui ne fûi estropié et souvent fondu avec son voisin, avec omission ou addition de syllabes, do sorte que Dieu lui-même devait avoir quelque peine à comprendre. Nous avons plus de dix et peut-être plus de quinze millions de concitoyens, qui en sont là.

Un vieillard fort instruit et fort inlelligenl qui avait dans l'enfance appris ses prières par ccrur comme un perroquet, m'a plusieurs fois raconté que c'était par hasard et à plus de vingt ans que le mot ninsi-soU-il, lui étant revenu à la mémoire, il en avait compris le sens. — Est-ce que vous l'aviez pris pour la quatrième per-

CH. IV. — l'éducation des nègres de race SUPERIEURE 107

assez souvent qu'un homme très instruit ait conservé un caractère et des mœurs de sauvage. Ce qui importe donc, c'est surtout de savoir si les noirs sont susceptibles d'une culture relevée, s'il sont éducables. Les essais pratiqués dans les écoles des missionnaires sont insuffisants pour trancher la question; mais la statistique de l'éducation aux Etats-Unis nous fournira de plus sérieux

sonne de la Trinité ? — Non, je n'y ajoutais absolument aucun sens. G^était un mot comme les trois antres du signe de la croix. » Ce vieillard cependant n'appartenait certes pas à une race inférieure.

Les nègres, que Ton a civilisés jusqu'à un certain point plus ou moins élevé, sont très sujets à abandonner la doctrine et le costume qu'on leur a imposés et à retourner aux mœurs et à la vie de leur enfance et de leurs concitoyens. On a observé le même fait chez les Arabes d'Algérie.

Des faits analogues ne sont même pas rares chez nous. Un petit paysan du Midi, élevé à parler la langue d'oc apprend le Français, est mis au Collège, vient à Paris et fait son droit. Il devient magistrat et de retour dans son pays fait son plaisir de parler son patois natal et de reprendre dans son intérieur la plupart de ses habitudes d'enfance. La même chose s'observe chez le paysan de la Hague. Il se parisiennise à Paris, corrige son abominable accent. De retour chez lui, s'il y revient, il s'y abandonne de nouveau avec plaisir.

La première éducation reçue est une seconde nature, comme la première habitude. Ce que l'on met par dessus est un placage qui menace toujours de s'écailler et de tomber. Il est d autant plus importun et fatigant à porter que le second enduit est par sa nature plus différent du premier. C'est ce qui explique que nos mœurs imposées, par persuasion, par intérêt ou par crainte, à des nègres, leur soient lourdes comme un fardeau et qu'ils finissent par s'en débarrasser de lassitude.

Un petit changement, comme le passage de la vie lairale et agricole à la vie urbaine et intellectuelle, fatigue déjà beaucoup un jeune français^ au moins pendant les premiers mois ou les premières années selon les natures^ Un grand changement fatigue un nègre ou un sauvage d'une manière insupportable. Ce n'est nullement chez lui le signe certain d'une infériorité de race.

Cette infériorité existe probablement ; mais on en donne comme preuve beaucoup de faits, qui ne prouvent rien. C'est là tout le sens de ces remarques.

Agrrez, je vous prie. Monsieur et cher maître, mes très affectueuses salutations. A. Dumont.

108 l'évolution de l'éducation

élémenls d'appréciation. Elle nous apprend d'abord, que 32,21 0/0 de la population de couleur fréquente les écoles publiques; or le pourcentage n'est pour les blancs que de 66,87 0/0 (1). C'est dans le sud des Etats- Unis, dans les anciens Etats esclavagistes où l'élément nègre est surtout représenté, que de grands efforts ont été faits pour lui donner de l'instruction. On y a fondé vingt-cinq universités et collèges pour les personnes de couleur et les résultats obtenus sont encourageants, malgré l'élat de pauvreté, d'abandon, qui souvent empêche les élèves noirs de poursuivre leurs études. Dans les institutions d'enseignement supérieur fondées pour la population de couleur, on a vu les élèves s'orienter de plus en plus vers les études scientifiques. Le nombre des élèves en théologie, qui en 1886-87, était de 933, n'était plus que de S77 en 1891-1892. Au contraire le chiffre des élèves en droit s'était élevé de 81 à 1 19 et celui des élèves on médecine, de 163 à 437 (2). Sans doute et d'une manière générale, le travail, dans les universités et collèges de couleur, est encore inférieur à celui des universités fréquentées par les élèves de race blanche (3) ; mais à tout il faut le temps. En 1893, dans les collèges pour les blancs, on a vu des élèves de couleur suivre aisément les cours et môme y tenir le premier rang. Dans la Caroline du Nord, à Biddle U niversity Charlotte^ on compte dix professeurs, gens de couleur. A Biddle IJ niversity ^ l'enseignement est à la fois littéraire et industriel ; les élèves, tout en apprenant le grec et le latin, s'exercent, une ou deux heures par jour, au métier de cordonnier, d'imprimeur etc. (4). Il y a là certainement un bou exemple.

(1) Report, Commm. Edite. 1891-1892, p. 802.

(2) Loc, cil. 865.

(3) Ibid. 866.

CH. IV. — l'édccation des nègres de race supérieure 109

Je disais tout à l'heure, que riastruction et le progrès moral n'étaient pas solidaires. Un statisticien distingut"^ des Etats-Unis, M. Fr. Hoffmann, a constaté le fait, pour les nègres, mais d'après la méthode statistique, en comparant, dans les Antilles anglaises, où les nègres sont libres depuis un demi-siècle et depuis lors ont reçu une certaine instruction, le nombre des mariages et des naissances illégitimes au mouvement de la population de couleur et aux progrès de son instruction. Il a trouvé qu'à la Jamaïque, à la Trinité, aux Bahamas, le nombre des illettrés était descendu de 66,8 0/0 à 59,4, tandis que le total des naissances illégitimes avait plutôt augmenté. Il en conclut que nos méthodes scolaires, si artificielles, n'ont guère d'influence morale et que même, sous ce rapport, elles peuvent plutôt entraver que favoriser l'amélioration des races inférieures, laquelle ne peut s'opérer que lentement par les efforts propres et personnels des individus (1). Il y a certainement un grand fond de vérité dans ce jugement ; seulement il saute aux yeux, qu'on en pourrait faire l'application à nos sociétés blanches les plus civilisées et les plus instruites. Mais nous aurons plus d'une occasion de revenir sur cette grave question. 11 est bien certain, que, pour ennoblir le caractère et pour épurer la moralité, il ne suffit pus d'enseigner aux gens la grammaire, les mathématiques, même les sciences et les langues étrangères.

(i) Fr. Hoffman. The Negro inthe West Indies (in Amerkan atistical Association).

Page 1