‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 73 sur 129 · VII. — La science chinoise · texte numérisé non relu

VII. — La science chinoise

L'administration et le gouvernement de la Chine sont donc entre les mains de ce qui, en principe du moins, doit être l'aristocratie intellectuelle du pays. Mais les mille occupations et soucis de la vie politique ne sont guère compatibles avec la culture des lettres et des sciences; aussi les mandarins en place, les fonctionnaires, n'ont guère le loisir de lire et encore moins d'écrire des livres (3). — Dans toute cette grande organisation des lettrés-mandarins, ayant conquis leurs grades et leui's titres par des concours à peu près exclusivement mnémoniques, il n'y a pas de place en réalité pour la science supérieure, abstraite cl désintéressée. Les législateurs l'ont bien senti et,

(1) (i. Pauthier. Loc, cit. i51-154.

(2j Mrmoirrs concernant les Chinois, t. IV. 313-314.

(3^ Ko. Anliquilé des Chinois (Mém. concernant les Chinois. L ï.

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pour remédier a cette grave lacune, ils ont créé des académies. Je mentionne seulement ï Académie de Médecine^ composée de 113 membres, dont 15 médecins impériaux, 30 praticiens, 40 docteurs en médecine et 30 élèves (1). On sait qu'en Chine la médecine scientifique n'existe pas encore; que même on ne permettrait pas de disséquer un cadavre. De physiologie il n est pas davantage question; cependant les Chinois avaient eu, avant nous, ridée de la circulation du sang, mais ils Tavaieni simplement déduite de l'existence des pulsations radiales ; l'étude du pouls ayant à leurs yeux une extrême importance (2). C'est dans l'Académie impériale des Hanlin^ véritable Institut de la Chine, que la haute science a trouvé un asile. Han-im signifie « forêt de pinceaux ». Cette forêt ne se compose cependant que d'un petit nombre d'arbres. Au début TAcadémie ne comptait que 40 membres, comme notre Académie française^ qui peut très bien avoir été fondée à son exemple. Le but et la fonction de l'Académie des Han-lin consistaient à favoriser la renaissance des études littéraires et en même temps à entretenir les bonnes doctrines. Les deux présidents, l'un Mandchou et l'autre Chinois, dirigent les études des princes de la famille impériale et figurent parmi les habitués du Palais. Vingt docteurs de ses membres, huit Mandchous et douze chinois, sont chargés, avec l'aide des jeunes lettrés ayant obtenu les premiers rangs dans les examens, de préparer de bonnes éditions des livres classiques et de rédiger des compilations littéraires ou historiques, destinées soit à la bibliothèque impériale, soit à l'enseignemeut public (3), dans les écoles qui existent aux quatre portes du Palais. La plupart des académiciens occupent un vaste hôtel, commodément aménagé pour eux. Là, libres de tout soin,

(1) G. Pauthier. Chine moderne. 276.

(2) Lettres curieuses et édifiantes, t. III.

(3) G. Pauthier. Loc. cit. 23. 270

280 l'évolluo^ de l'édccatios

avant «oo«^ la main la très riche Bibliothèque imz^^lkl^^ ils peuvent travailler à Taise, à leurs heures. saa« s^ hâter et en donnant à lears compositions loote la perT^lion dont ils sont capables ^1. C'est aox Han>i>i qu'on doit toutes les grandes collections historiques, les dicti-.»onaires, les commentaires, les éditions nouvelles des anciens livres, toutes publications ordinairement précédées d'une préface de ITmpereur et toujours imprimées aux frais de TElat, qui les distribue aux Grands de sa maison et de sa famille, aux ministres, aux fonctionnaires de premier rang, aux lettrés en renom, etc. Par la beauté du papier, des caract/?res, de Tencre, des ornements, de la reliure, ces édifions sont des chefs-d^œuvre ''2).

On voit que, comme le reste de leur corporation, les académiciens impériaux s'occupent surtout des anciennes œuvres morales el classiques. Pourtant il existe en Chine une certaine science. Les mathématiques y sont notamment assez avancées. Le système décimal y est connu de temps immémorial. A Taide de leur abaque, de leur so<ianpan, à boules de bois, enfilées par groupes de sept, sur des tringles horizontales, les Chinois font en un instant tous les calculs courants, même des calculs de fractions (3). Leurs mathématiciens ont publié beaucoup d'ouvrages spéciaux et, dès qu'ils les ont connus, ils ont adopté les éléments d'Euclide, les logarithmes, etc. ^l\ Il est regrettable que, dans leurs écoles chinoises, les missionnaires catholiques profilent peu de celte bonne volonté et se préoccupent surtout d'enseigner à leurs élèves la langue latine (5)!

D'eux-mêmes les Chinois avaient créé une certaine

(1) AbbéGrosier. 11.409.

i2) Ti rosier. Loc. cit. 410.

(3) Sinibaldo de Mas. Loc. cit. l. I. 10.

(4^ [bid. t. H. 320.

^5j Ibid. 323.

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science astronomique, que complétèrent et corrigèrent, au siècle dernier, les savants Jésuites, Ricci, Verbiest, Parennin, etc., etc. (1). A Pékin, un tribunal spécial, subordonné à celui des Rites, a juridiction sur tout ce qui touche aux phénomènes célestes (2), Les éclipses en particulier relèvent de ce tribunal astronomique, qui môme doit les annoncer à l'empereur quelques mois à l'avance et les calculer pour chaque capitale de province (3). Mais ces astronomes n'ont rien fait pour vulgariser leur science. En Chine les éclipses s'appellent encore « Soleil mangé, Lune mangée », et toute la population continue à croire que Téclipse est causée par Tavidité d'un dragon monstrueux, qui cherche à avaler Tastre du jour ou celui de la nuit (4). A chaque éclipse, la population des villes s'efforce toujours d'épouvanter le monstre astrophage par un effroyable vacarme de tambours et de trompettes (5). En même temps, tous les mandarins, rassemblés en habits de cérémonie dans la cour du Tribunal astronomique, frappent la terre de leur front (6). Mais ce n'est là qu'un rituel, conservé sans doute à cause de son ancienneté; car, en 1839 et 1860, les Eléments d'astro.nomie de Herschell ont été publiés en chinois dans une magnifique édition illustrée (7).

D'ailleurs, dès le temps dTao (23S7 av. J.-Chr.), des astronomes étaient chargés de rédiger le calendrier, d'y marquer le cours des astres, le lieu des planètes, et les éclipses. Pour ces dernières, ils les devaient annoncer sous peine de mort (8). Dès cette époque si reculée, les

(4) Grosier. I^c. cit. 449.

(3) Ibid. II. 424.

(4) Miliie. Vie réelle en Chine. 333.

(5) Grosier. Loc. cit. II. 422.

(6) Ibid.

(7) Sinibaldo de Mas. Loc. cit. II. 320.

(8) Grosier. Loc. cit. 413.

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astronomes chinois connaissaient les équinoxes et les solstices et, quoique leur année fût encore divisée en lunaisons, elle avait une durée solaire de 363 jours, corrigée tous les quatre ans^ par un jour intercalaire, complétant une année bissextile (1). Enfin, en dehors des mois, cette année se divise en 2i parties, marquant la course apparente du soleil dans le Zodiaque (2). En outre depuis trois siècles avant notre ère, les Chinois groupent les années en cycles de 60 ans (3), comme le font les Tartares et peut-être à leur exemple.

A propos des connaissances chinoises, il faut bien dire quelque chose de la musique, que les Chinois entendent un peu, à la manière de Tancienne Grèce, en ne la séparant guère de la poésie moralisante (i), La tradition rapporte que la guitare à 23 cordes inventée par le civilisateur légendaire Fon-hi, servait à régler le cœur et à rendre les hommes vertueux (5). Dans les temps très anciens, les sons de la lyre non seulement adoucissaient les mœui*s des hommes, mais môme ils apprivoisaient les bêles féroces (6). 11 n'était pas jusqu'au monde physique qui ne fût réglé par la musique et un ancien empereur, le 14^, fit fabriquer une guitare à cinq cordes « pour remédier au dérèglement des saisons » (7). Pour savoir, disent les sages, si un pays est bien gouverné, il suffit d'en examiner la musique (8). Pourtant malgré cette vénération un peu excessive pour la musique et malgré Tinstitution, chez eux, d'un Ministère de la musique, les Chinois ne possèdent qu'un système musical très imparfait, analogue

(i) (;ro^ier. Loc. cit. 4i:{. 414.

(2 Ihid. 4i:i.

{■.]) Sinihahloile Ma-^. Lue. cit. I, 11.

(4) Chou-Kifi(j (Trad. du P. (iaubil).

(5 Ihid.

(()) (irosifr. Loc. cit. 47S.

(7; ChnuKinfj.

(8i (iro>i('r. Loc. cit. 470.

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à celui de l'aociennc Egypte et point d*autre notation que quelques caractères pour désigner les tons principaux ^1). En musique, de même que dans toutes les autres branches du savoir, la Chine a bien créé les éléments; mais elle n*a su les développer que jusqu'à un degré assez borné; son esprit n*a point pénétré dans les hautes sphères intellectuelles. A quelle cause attribuer cet arrêt de développement? C'est ce qn*il nous reste à nous demander.

VIIL — Les effets de V éducation chinoise.

On peut dire que la Chine a été le grand centre moral et intellectuel de la race jaune. Plus ou moins éclatants, des foyers civilisateurs s*allument en tout pays, dès qu'une race sort de la sauvagerie première. Us ont fait défaut à la race noire: mais la race blanche en a eu plusieurs: TEgypte, TAssyrie, l'Inde, la Grèce, etc. Pour la race jaune, aussi loin que nos informations pénètrent dans le passé, nous ne trouvons que les Etats anciens de l'Amérique centrale et, en Asie, le grand empire chinois; mais le Mexique et le Pérou anciens peuvent et même doivent avoir élé, au moins pour une part de leur civilisation, des émanations d'une Chine très antique.

En Asie, si, comme nous l'avons fait, on jette un coup d'œil d'ensemble sur les populations de race niongolique, on peut suivre toute l'évolution mentale de la race jaune. A l'e.xtrème nord les Esquimaux nous représentent le Mongol encore primitif, celui de l'âge de la pierre. L'éducation, dans' les petits clans esquimaux, est encore ce qu'elle est chez tous les sauvages, c'est-à-dire bornée aux arts et industries les plus simples, les plus indispensables au maintien de l'existence. ?féanmoins la race a déjà des caractères moraux qui lui sont propres; elle est pacifique, patiente, dure au mal, peu démonstrative.

(1) Grosier. Loc. cit. 485-490.

284 l'évolution de l'éducation

En Tartarie, en Mongolie, au Thibet, où l'on est tout à fait dégagé de la sauvagerie, la constitution morale de rtiomme jaune n'a pas changé essentiellement; il a conservé la même passivité tranquille et il a tiré du Bouddhisme indien une religion adaptée à son caractère placide: le Lamaïsme. Avec le Lamaïsme, l'éducation n'est plus, comme chez les primitifs, spontanée, familiale, strictement utilitaire. Sans doute le mode primitif d'éducation à la fois pratique, libre et bornée aux usages de la vie persiste encore; mais sur lui s'est greffé un autre genre d'éducation, à la fois plus chimérique et plus intellectuel, l'éducation religieuse, qui, elle, vise surtout au salut dans l'autre monde et est volontiers coercitive.

En Chine, un autre pas en avant a été fait; l'éducation est devenue presque uniquement intellectuelle et morale; mais, dans les deux sens, elle est à très courte portée; car elle n'exerce guère que la mémoire. Ses promoteurs ont cru que, pour être convenablement instruit, il suffit à un homme de savoir bien « peindre la parole », comme le dit un ancien vers très connu, et d'avoir la mémoire bourrée de vieux préceptes moraux, d'une banalité à faire pleurer.

Pourtant les Chinois ont eu une grande idée pratique, celle de ne confier l'autorité, la direction sociale, qu'aux meilleurs, et de remplacer l'aristocratie de naissance par celle de rintelligence. Malheureusement leur mode de réalisation, le système des concours terre à terre et purement mnémoniques, a fait avorter ce qui aurait pu être une idée féconde.

En fait cependant, l'éducation chinoise a un caractère spécial; elle est purement intellectuelle, puisqu'elle ne s'adresse qu'aux facultés de l'esprit. Mais on sait que le sens moral se forme, comme toutes les tendances mentales, non par des leçons apprises par cœur, mais par l'exemple, par l'habitude effoclivc. Il en est résulté que les Chinois

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ont aujourd'hui très peu de ce que nous appelons « conscience morale » (1), qu'ils agissent plus par raisonnement que par impulsion, ce à quoi d'ailleurs les prédisposait le fonds placide de la race mongole; qu'en outre ils ont pour le passé une vénération superstitieuse; puisqu'on leur parle sans cesse de l'antiquité, modèle admirable à imiter, et jamais de progrès et d'avenir. Il en résulte enfin que leur docilité, leur obéissance à l'autorité sont saus bornes; car on les a dressés, dès l'enfance, et à travers une longue chaîne de générations, à voir dans tout fonctionnaire, dans tout mandarin, quelque bouton qu'il porte, un dépositaire de la sagesse ancestrale et en môme temps une émanation, un représentant de l'empereur, « père et mère », de tous ses sujets. Nous aurons à nous souvenir de cette grande expérience de l'éducation chinoise, quand, notre voyage autour du monde achevé, il nous restera à en tirer les conclusions pratiques: pour le moment, contentons-nous de remarquer qu'elle a eu pour résultat final de paralyser la volonté et l'initiative d'un grand peuple.

(1) Wake. Evolution ofmorality. IL 55.

L'éducation dans les races blanches CHAPITRE XI

LE UONDE ÉGTPTIB?(

SOHXAIRE

A. Lps Périégyptiem.

I. L Ethiopie. — I/Egypie e» les Périégyptiens. — L'Ethiopie ancienne et la circoncision. — Les concoars à Tare— IL VAbyssinie.

— La circoncision en Abyssinie — L'excision féminine. — Singularité des noms donnés aux enfants.— Instruction nulle pour les femmes et les enfants. — Absence de spécialisation industrielle.

— L'instruction cléricale des enfants nobles. — Les subdivisions du jour en Abyssinie. — L'année solaire des Abyssins.

— Les tiimestres évangéliques. — Ignorance du clergé. — Les superstitions. — L'niveisilé rudimentaire à Gondar. — Les légistes et la science du droit. — Le devoir déjuger. — L'éloquence. — III. Les Hovas de Madagascar. — L'oiigiue des Hovas. — Faible spécialisation industiielle. — L'accouchement et la première enfance. — Les noms des enfants. — L'année lunaire des Hovas. — Ecoles méthodistes imposées. — IV. L'éducation chez les Ber^ bères. — Les fondateurs dfe l'Egypte. — La race berbère. — Education guerrière chez les Guanches. — Monuments mégalithiques libyens. — Nourague du Sahara. — Inscriptions rupestres. — Les signes alphabétiformes et l'écriture lybienne. — Education arabe chez les ïouiVreg. — Education des femmes. — Science rudimentaire des Touareg — V. L'éducation chez les Kabyles.

— Ecoles des mosquées. — Leur organisation. — L'enseignement secondaire dans les mdmera. — Organisation de ces écoles. -l'ne mmnera de malfaiteurs.

B. L'éducation en Egypte.

I. L'éducation populaire. — L'âge de la pierre. — Education familiale et castes. — L'éducation militaire. — L'éducation scientiliciue dans les temples. — Obligations des parents. — H. L'éducation et les connaissances supérieures. — L'écriture égyptieime et la langue monosyllabique. - L'évolution de l'écriture. — De rhiéroglyphe aux caractères démotiques. — Invasion de l'écriture giecque. — L'éducation des scribes. — Les corporations.

— Les avantages du métier de scribe. — L'enseignement arithmétique et astronomique des prêtres. — L'année égyptienne.

— La Période sothique. — La semaine. — L'astrologie et la médecine.

t^. Comment a évolué Véducation dans le monde égyptien.

De l'éducation familiale et industrielle à l'éducation cléricale.

A. Les Périégyptiens

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