III. — Les Hovas de Madagascar
Je ne saurais quitter l'Ethiopie sans dire un mot de Madagascar. On sait que, dans ses régions basses et plates, le long du littoral, la grande île est occupée surtout par des nègres originaires de l'Afrique. Au contraire, sur les hauts plateaux, on trouve une population, sans doute assez mélangée, mais fort différente de la race
(1) D'Abbadie, Loc, cit, 165.
(2) Ibid, i26.
(3) Ibid, 1 2, 123.
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nègre. Cette population communément appelée, improprement d'ailleurs, /lora, est, comme celle de TAbyssinie, de couleur fort diverse allant du noir au brun foncé, suivant la diversité des métissages subis. En vertu d'une. tradition légendaire et sans valeur sérieuse , on s'est acharné à rattacher les Hovas aux Malais, en invoquant pour preuves un certain nombre d'expressions malaises, qui se trouvent dans leur langue et quelques coutumes analogues à celles de la Malaisie. Mais les ressemblances de mœurs sont sûrement imputables aux marchands arabes, qui les ont importées et qui, depuis des siècles, parcourent l'De en grand nombre, y ont même formé des groupes de leur race (1). Quant à la langue des Hovas, à part quelques mots d'importation étrangère, elle ne se distingue en rien de notable de celle des anciennes populations de l'ilc (2). Le type physique des Hovas n'a, sans exception, rien de Malais et leur industrie mégalithique leur assigne une origine nord- africaine. Eux-mêmes disent que leurs ancêtres sont venus de l'occident (3) et ils paraissent avoir raison. En somme, leurs ancêtres ont dû se rattacher à la vieille race éthiopienne. Comme les Éthiopiens et comme les anciens Égyptiens, ils pratiquent la circoncision (4), et, ce qui est bien plus significatif encore, sur les poteaux, qu'ils dressent aux angles de leurs pierres levées, identiques à nos menhirSj ils gravent des signes, aujourd'hui dépourvus pour eux de signification, mais qui sont très analogues à certains caractères libyens ou Egyptiens, (3), etc. etc. etc.
Avant la pseudo-conversion des Hovas au christianisme,
(1) D'Abhadie, Loc. cit. 163.
(2) Dupié. Trois moiff à Madagascar. 121.
(3) Le père Henry de Hégnon. Madcujascar et le roi Radama IL p. 21.
;4j Sibieo. Madagascar, etc. 225.
(.")) Cattat. Vovez Madagascar [2'our du monde), chapitre xvii. — (ISOi).
il n'y avait pas, dans File, d'instruclion organisée excepté pour certains petits groupes d'origine arabe (1). A Madagascar, comme en Abyssin ie, le travail était encore très peu divisé et les seules professions industrielles, sans doute enseignées de père en fils, étaient celles d*orfèvre, de forgeron et de charpentier (2).
Les Hovas aiment beaucoup leurs enfants, pourtant autrefois ils mettaient quelquefois à mort ceux qui avaient eu le malheur de naître durant certains jours néfastes (3). Les femmes hovas accouchent ordinairement très aisément, mais on a néanmoins Thabitudc de les maintenir pendant deux ou trois jours, dans un endroit oîi Ton entretient une très haute température, coutume singulière, que nous avons aussi trouvée à Siam (4). La mère hova allaite son nourrisson pendant deux ou trois ans, à la manière primitive (5) et, jusqu'à Tàge de 4 à 5 ans, les enfants restent à peu près nus (G), comme en Abyssinie.
Point de nom de famille à Madagascar. On donne souvent aax enfants des noms d'animaux, mais assez tardivement ; les adjectifs « petit » ou « petite » suffisent pour la première enfance. On s'appelle « fils de... » ou « père de (l'aini) ». Au moyen des préfixes ?'a, qui a une tournure égyptienne, clandriana, tout mot peut devenir un nom. Mais andTiana n'est en usage que pour les garçons ; va (7) sert pour les deux sexes et nous l'avons vu employer de la même manière chez les Cafres avec le sens de M père ».
L'année hova semble être une maladroite imitation de Tannée égyptienne. Elle se compose de douze mois lu-
(1) Dupré. Loc. cit. 120, 121.
(2) J. Sibree. Madagascar, 215.
(3) Ibid. 178-179.
(4) Ibid,
(5) Ibid. 185.
(6) Ibid, 212.
(7) Ibid,
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naires comptant chacun 28 jours et Ton y ajoute seulement 18 jours intercalaires, d'où une année trop courte de onze jours. Or, comme on ne remédie point à cette imperfection de l'année, il en résulte un cycle, mais fort court, de 33 ans seulement (1). — Les Hovas marquaient les heures à l'aide d'une sorte de cadran solaire et chacune avait son nom particulier, toujours très pittoresque, comme les suivants: « La feuille redevient sèche »... « Jour éclatant »... « Le soleil meurt », etc. Aux Arabes, on avait emprunté les noms des mois et peut-être des notions d'astrologie, qui peuvent aussi être d'origine éthiopienne (2). Les Hovas ont noté les points cardinaux et ils en font un usage singulier; partout où nous dirions à droite, à gauche, en avant, en arrière, ils disent au nord, à Test, etc., etc.; ainsi, par exemple, on dit très-bien à un homme : « Tu as des grains de riz au côté sud de la moustache » (3).
Les Ilovas n'avaient donc ni science, ni instruction organisée avant que les missionnaires méthodistes eussent réussi à convertir leur roi. Celui-ci se prit aussitôt d'un beau zèle pour l'éducation européenne et, comme son autorité était absolue, il ordonna simplement à son peuple de bâtir des écoles aux missionnaires et d'y envoyer les enfanis. Une certaine instruction élémentaire et pieuse se répandit ainsi dans le pays, recouvrant d'un léger manteau chrétien les superstitions indigènes ; mais les corvées trop lourdes, imposées pour la construction des écoles, mécontentèrent fort la population. Que valent cette conversion et cette éducation par ordre d'en haut? C'est ce que nous ne pouvons guère tarder à apprendre ; mais on ne risque guère de se tromper en leur attribuant une très mince importance. Nous savons trop, que, pour em-
(1) J. Sibree. Loc. cil, 197.
(2) IbkL 197.
(3) Ibid. 200.
ployer une expression évangélique, le « vieil homme » ne saurait se dépouiller en un tour de main.