‹ Lévolution de l'éducation dans les diverses races humaines;Chapitre 76 sur 129 · IV. — L'éducation chez les Berbères · texte numérisé non relu

IV. — L'éducation chez les Berbères

Les populations africaines de race éthiopienne ont été en incessant contact avecTEgypte. Longtemps même on a cru que le monde leur devait la très vieille civilisalion de la basse vallée du Nil. Il n'en est rien. C'est l'Ethiopie, qui a été la débitrice de TEgypie et a été plus ou moins civilisée par elle. Les fondateurs de la très primitive Egypte appartenaient à une race blanche et les chefs-d'œuvre de la sculpture égyptienne, qui nous ont été conservés, nous les représentent encore (avec des traits que Ton peut appeler européens). Or, ces pères de la plus ancienne civilisation du globe n'étaient pas des Sémites. La souche, à laquelle ils se rattachent, c'est la grande race préhistorique et historique, que les anciens ont appelée, en Afrique, lybiennej mais dont on retrouve les restes et les traces dans nombre de contrées : sur tout le littoral et dans les îles de la Méditerranée, dans l'Europe méridionale, dans la France sud-occidenlale, aux îles Britanniques, aux îles Canaries et enfin dans tout le Sahara. Il est commode, et on le fait généralement, de donner acluellement à cette race le nom de Berbère.

Si l'on avait mieux étudié les Guanches canariens, miraculeusement conservés jusqu'au XVI* siècle avec leur civilisation de la pierre polie, les origines de notre civilisation occidentale nous seraient plus connues et nous saurions notamment ce qu'a pu être l'éducation chez les Berbères primitifs. Sans y penser cependant, les chroniqueurs nous ont conservé quelques traits utiles à relever. Les Guanches, nous disent-ils, fabriquaient habilement des haches en obsidienne, des dards dont la pointe restait dans la blessure, des flèches, des frondes, des boucliers. Soit à la main, soit à la fronde, ils lançaient des

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pierres avec autant d'adresse que de force et, dès Tenfance, on les exerçait à éviter les projectiles presque sans se déplacer, simplement par de légers mouvements du corps. Dans ces-exercices guerriers, on se servait d'abord comme projectiles de boules d'argile, puis de javelots sans pointe. Les femmes guanches paraissaient avoir reçu une éducation aussi virile que celle des hommes. Tous les chroniqueurs s'accordent à vanter leur intrépidité et leur force. Or, la grande liberté laissée aux femmes, leur quasi-égalité avec les hommes sont des traits caractéristiques des civilisations berbères et Ton sait qu'ils étaient aussi propres à Tancienne Egypte (1).

Dans l'Afrique du Nord, les Berbères sont les plus primitifs habitants de race blanche. Antérieurement à toute histoire, ils ont occupé la Barbarie entière et tous les points habitables du Sahara, jadis beaucoup plus nombreux qu'aujourd'hui ; car l'ancien âge de la pierre, dont les restes se retrouvent encore en Egypte, a laissé de très nombreux vestiges dans le Sahara. On sait aussi que les monuments mégalithiques sont extrêmement nombreux dans l'Afrique barbaresque ; et l'on en rencontre également des restes dans le Sahara, notamment ceax des ruines dites dEsnaraen, où Ton voit des pseudo-colonnes ressemblant à des menhirs taillés et môme un véritable menhir pareil à ceux d'Europe (2). Je signalerai encore une ruine saharienne, dont la construction est tout à fait analogue à ces fameux nouragues de Sardaigne, qui intriguent et embarrassent si fort les archéologues et qu'il faut très vraisemblablement attribuer aux anciens Berbères.

Bien d'autres monuments attestent Tantique parenté de rÉgypte et des régions berbères. C'est avant touk

(1) Sabîn Bcrthelot. Mém. Soc, Ethnol. t. I. 103-466.— Le* fto Fort fin ffps. t. I. 25i-28;j ; f. H. 204. ;2) Dnveyrier. Touareg du nord, PI. XL Fig. 2. p. 252.

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récriture temàhaq ou lybienne, analogue à récriture celtibérienne et dont certains caractères se retrouvent sur les monuments de Tancienne Egypte (1). Mais la diffusion de ces caractères nous dévoile, comme un certificat d*origine, Taire considérable, occupée ou parcourue jadis par les peuples de race berbère ; puisqu'on trouve de ces inscriptions : sur les rochers du Sahara, où des dessins tout à fait primiiifs caractérisent aussi une époque plus ancienne encore (2), en Tunisie, en Espagne, aux Canaries et enfin sur les monuments mégalithiques du Morbihan ; puisque certains de ces signes figurent dans de très anciens alphabets (lybien, étrusque, celtibérien, osque, sidonien, lycien) et sur les monuments d'Egypte, où ils sont même devenus des signes phonétiques (3). Or ces signes font encore partie de l'écriture des Touareg actuels, de cette écriture iemaliaq ou tefinagh, que les femmes touareg ont soigneusement conservée et qu'elles continuent à enseigner dans leur famille (4). Il est donc difficile de mettre en doute une parenté originelle entre les Berbères primitifs et les fondateurs de TÉgypte, qui d'ailleurs, n'ayant pu être ni Ethiopiens, ni Sémites, se rattachent forcément, par exclusion, à la race berbère. Gomme preuve dernière des intimes rapports de TEgypte et de l'ancienne Lybie, on peut encore rappeler un curieux bas-relief exhumé à Ghadamès et dont le style est très analogue, mais non point identique, au style égyptien (5). Sur l'éducation en vigueur chez les Touareg contemporains, nous avons quelques notions assez précises. Mais cette éducation est simplement arabe, restreinte à une très petite minorité et donnée par des marabouts. Ges

(1) Duveyrier. Loc. cit. p. 390. pi. XXII.

(2) Ibid. 390.

(3) Gh. Lelourneau. Signes alphabet i for mes des inscriptions megalithiques. (Bull. Soc. d'Anthropologie : 19 janvier 1893).

(4) Duvevrier. Loc. cit. 420.

(5) Ibid', 250-251. (PI. X. Fig. 2).

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instituteurs cléricaux enseignent la langue, l'écriture cl la lecture de TArabe avec ce qu'ils savent d'histoire, de droit musulman {Jurisprudence de Sidi Khâlil), de théologie, d'astronomie et de calcul. Leurs disciples sont toujours des marabouts de naissance, comme les maîtres, et ils répandent plus tard autour d'eux l'éducation qu'ils reçoivent (1).

Mais la science la plus estimée, c'est la sorcellerie et l'alchimie (2). Dans les familles riches ou dans celles des chefs, les tolba du ïouàt sont admis, comme précepteurs privés ; à ce titre, ils entreprennent Féducation de toute une famille, des filles aussi bien que des garçons. Le maître suit la famille dans les pérégrinations de son existence nomade, et les filles, étant moins que les garçons distraites de leurs studieuses occupations, profitent de l'éducation souvent mieux que leurs frères ; aussi, parmi les dames touareg, en est-il de vraiment instruites (3).

En dehors de cette science Arabe, le savoir des Touareg est des plus restreints. Excepté chez les marchands des villes d'oasis, on ne sait pas calculer. C'est sur les grains d'un chapelet ou en marquant des points sur le sable que le vulgaire des TouâiCg fait au besoin ses petits calculs arithmétiques. — Pourtant, supérieurs en cela à la plupart des Arabes, les Touareg connaissent leur âge, mais ils l'évaluent en années lunaires (4). Pour trouver l'heure, ils plantent un piquet dans le sable et apprécient chronologiquement la longueur de son ombre (5). Ils connaissent très bien les principales constellations, mais ils les conçoivent de la manière la plus animique, sous des formes humaines ou animales (6). Comme les inven-

(\) Duveyrier. Loc. cil, 332, 422.

(2) Ibid. 423.

(3) Ibid. 420.

(4^ Ibid. 421.

(^)Ibid. 425.

(6) Ibid. 424.

leurs des premiers zodiaques, ils ont transporté la terre dans le ciel. Les éclipses sont, pour eux, des rhâzia durant lesquelles Tun des deux astres en cause, le soleil ou la lune, se précipite méchamment sur l'autre (1). Ils connaissent bien la géographie de la vaste région sans cesse parcourue par eux, l'espace entre le Niger et la Méditerranée, la route de la Mecque, mais cela seulement. Au contraire, en botanique, ils sont familiers avec toute la flore, modeste d'ailleurs, du Sahara; les propriétés des plantes, les terrains préférés par chaque espèce, leur sont connus (2). Tel est le pauvre inventaire du savoir touareg.

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