III. — DE LA PUDEUR ET DE l’aMOUR
Un si large laisser aller en fait de moralité sexuelle suppose nécessairement une grande insouciance relativement au vêtement. En efl’et, chez tous les peuples primitifs, le vêtement est ou absent, ou rudimentaire, .le dis le vêtement de pudeur; car on a soin assez souvent de se garantir soit contre les intempéries, soit contre les broussailles.
Dans toute la Mélanésie, la nudité était de règle. Tasmaniens et Mélanésiens se jetaient bien au besoin un manteau de peau de kangourou sur les épaules, mais c’était uniquement à cause du froid ou des fourrés. Les femmes ne soupçonnaient pas la pudeur, et il faut être atteint de la monomanie du règne bumain pour trouver une intention décente dans le soin qu’aurait eu la Tasmanienne de se vêtir avec son ou ses pieds, quand elle s’asseyaitL
SouvGfnt les voyageurs européens, surtout les missionnaires, qui prêtent volontiers aux races inférieures tout ou partie de leurs idées sur la pudeur, ont vu une intention décente dans des rudiments de vêtements, usités seulement dans un but de protection. Les cordes et le morceau d’écorce des Néo-Calédoniens et des insulaires de Mallicollo, les coquilles portées par ces derniers ne décèlent évidemment aucune intention morale"; leur rôle est celui d’une armure spéciale.
A la Nouvelle-Calédonie (ile des Pins), les missionnaires
1. Labillardière, cité par Honwick {Daily Life, etc., p. 5S).
2. Cook, Hist. univ. des voynijes, t. VIH, ]>. 331-405. — De Rochas, A'o»/velle-Calédonie, p. 153. - D’Eiilrccasleaux, Ilist. univ. des voyages, t. XV, p. 5G.
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provoquèrent de violentes protestations, quand ils prétendirent faire porter aux filles la ceinture des femmes mariées, et ces dernières revendiquèrent énergiquement leurs droitsf
Les Polynésiennes, toujours fort légèrement vêtues, se déshabillaient, sans penser à mal, pour un motif quelconque et invariablement quand elles entraient dans l’eau. Aux îles Sandwich, des dames du pays, déjà quelque peu civilisées à l’européenne, nageaient, toutes nues, vers les navires, en portant sur leur tête leurs robes de soie, leurs chaussures et leurs parasols, qu’elles reprenaient à bord pour se faire belles®.
La parfaite absence de scrupules, avec laquelle les Polynésiens des deux sexes considéraient ce que nous appelons par excellence « les mœurs donnait lieu à des incidents très singuliers pour les Européens. Durant une traversée faite dans une des chaloupes de Cook, une Taïtienne d’un rang élevé voulut se convaincre, de visu, que les Anglais étaient faits comme les hommes de son pays, et cela par pure curiositéL Une autre fois, un missionnaire dut regagner à la hâte le navire qui l’avait amené : les insulaires, ne comprenant absolument rien à sa continence, avaient supposé, chez lui, quelque malformation et s’étaient efforcés de s’en assurer. Avec des variantes, des mœurs analogues s’observent bien ailleurs que dans l’océan Pacifique. En général, les hommes primitifssontétrangers atout souci de décence. Ainsi les plus sauvages des Indiens d’Amérique, les Fuégiens% les Californiens % satisfaisaient tous leurs besoins à la place même où ils se trouvaient, et sans se soucieren rien de leurs voisins.