MolVat, Vingt-trois ans, etc., p
C’est que les sauvages de tout pays n’ayant encore ni théologiens ni jurisconsultes ne songent pas à masquer par des raisonnements leur brutal égoïsme. Ils usent de l’esclave comme d’une chose et sans penser à mal.
Dans les pays où l’esclavage est encore à l’état naissant, ces mœurs s’étalent avec une entière naïveté. Ainsi les Noutka-Colombiens traitent leurs esclaves comme de simples animaux domestiques. Ils ne les mangent plus que très exceptionnellement, même ils Jes nourrissent ^suffisamment, tant qu’ils les peuvent faire travailler, mais les abandonnent sans aucun scrupule, en cas de maladie ou d’infirmité*. Nous lisons d’ailleurs, dans Plutarque, que Caton l’Ancien ne se conduisait pas autrement vis-à-vis de ses esclaves. Mais les Noutka-Colombiens tirent encore de leurs esclaves un autre genre d’utilité. Ils s’en servent pour se garantir du talion. Chez eux, en effet, l’homicide peut se racheter de gré à gré, moyennant cession à la partie lésée de quelques esclaves, trois ou quatre, qui sont égorgés comme victimes expiatoires^, évidemment pour apaiser l’ombre du mort, peutêtre pour l’accompagner dans la vie future. Car, en dehors de toute idée de compensation, les esclaves ont, par toute la terre, partagé avec les femmes l’honneur d’être sacrifiés en plus ou moins grand nombre sur la tombe de leurs maîtres. En tout, du reste, dans les sociétés sauvages, rien ne ressemble plus au sort de l’esclave que celui de la femme. L’une et l’autre sont littéralement possédés par l’homme qui les tient in manu, comme on disait dans la Rome primitive. Pourtant la présence de l’esclave a généralement adouci le sort des femmes non esclaves. D’abord il en partagea les travaux; puis, ce fut, pour la brutalité du maître, une sorte de