‹ L’évolution de la moraleChapitre 136 sur 372 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

dérivatif que cet être, si absolument dépourvu de protection et sur lequel on pouvait tout se permettre. En outre, dans les services religieux ou funéraires, l’esclave était souvent préféré à la femme non esclave.

Il faut se garder d’ailleurs de prêter à l’esclave en pays sauvage nos sentiments de civilisés. Dans les contrées où l’esclavage est en harmonie avec les mœurs générales, les individus qui en portent le poids le considèrent souvent comme un malheur, jamais comme une iniquité. Les pauvres sauneys cafres dont j’ai parlé « ne songeaient pas même, dit Moffat, que la conduite de leurs tyrans lut coupable : ils se disaient simplement que leur sort était d’être traités de cette manière, que c’était là un événement malheureux, comme lorsqu’un lion tue un homme L » L’idée que la société pourrait être autrement organisée ne vient ni aux maîtres ni aux esclaves, et si les l’ôles étaient intervertis, l’esclave aurait exactement la brutalité du maître qu’il subit. Mais, mieux que toutes les considérations, une petite excursion dans les pays où règne encore l’esclavage, nous fera comprendre l’état mental qui rend possible l’esclavage. — Les diverses formes, par lesquelles a successivement passé l’esclavage, se retrouvent, aujourd’hui encore, à la surface de notre globe : c’est d’abord par la guerre ayant pour but principal de capturer des prisonniers destinés à de futurs festins que s’alimente la population servile. Schweinfurth nous montre les Monbouttous du llaut-Nil, déjà pasteurs et agriculteurs cependant, habitant môme un pays d’une extrême fertilité et pourtant guerroyant sans cesse pour se procurer des captifs, qu’ils chassent ensuite devant eux, comme des troupeaux réservés à de sauvages régals®.

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