The lleart of Africa, t. Il, p
LA MORALE SAUVAGE. 189
I Quand on fut un peu plus avisé, on fit de l’esclave un animal domestique, pouvant fournir une certaine somme de travail et avant dès lors une valeur industrielle, qui sauvegardait sa vie. Sur les esclaves, le maître avait toujours tous les droits; il ne s’en était pas dessaisi, mais son intérêt bridait sa féro- . cité. Alors, pour se donner le lu.\e d’un plat d’esclave il fal- 1 lut être non seulement puissant et riche, mais encore pro- I digue; il fallait regorger de bétail humain. Ainsi le vulgaire ( des Noutka-Colombiens entretenait des esclaves uniquement pour les faire travailler. Pourtant, dit Meares, un de leurs chefs, ce Macouina, dont j’ai parlé dans ma première leçon, faisait à chaque lune tuer un esclave, pour le faire manger dans un repas de cour, dans un festin offert à des chefs d’un rang inférieur. La victime était désignée d’une curieuse façon. Tout d’abord l’amphitryon et ses invités chantaient leur chanson de guerre et dansaient autour d’un feu dont la flamme était alimentée avec de l’huile. Puis, dans une sorte de colin-maillard, le chef, les yeux bandés, poursuivait, dans la hutte même, un certain nombre de ses esclaves. Celui d’entre eux qui était saisi était immédiatement égorgé, dépecé, et les morceaux tout fumants en étaient servis aux convives*. De pareils faits nous montrent clairement comment est né, comment a évolué l’esclavage. Mais cette période primitive a dû être d’assez courte durée, pour deux raisons ; la valeur utilitaire de l’esclave d’abord, l’action humanisante de la vie en commun, ensuite.
C’est en Afrique surtout que s’étale encore dans toute sa gloire la servitude sauvage et c’est là qu’il la faut étudier. Toutes les populations noires de l’Afrique sont esclavagistes, à la seule réserve des Hottentots. Pourtant, chez lesCafres, il n’existe encore qu’une caste servile, nourrie, mais aussi