Lettres édifiantes, Recueil, p
LA MORALE SAUVAGE
absolu à leurs chefs, qui étaient censés gouverner les éléments et parler au nom des dieux
Toute la Malaisie sauvage est en régime service. A Lombock, à Célèbes, le pouvoir des chefs est absolu; à Célèbes, on n’ose même pas se tenir debout en leur présence^
Mais, comme je l’ai déjà remarqué, c’est surtout dans l’Afrique moyenne qu’il faut aller étudier le régime servile. Presque partout les rois ou roitelets africains sont censés posséder des pouvoirs divins. Comme les chefs des Natcliez, ils maîtrisent les éléments; ils ont surtout la faculté de faire pleuvoir à volonté. A Loango, dit Battel, les sujets avertissent leur souverain, quand leurs champs ont besoin de pluie, et il suffit au maître de lancer une flèche vers le ciel pour que les nuées, averties, f.issent leur devoir. Ailleurs le chef est détenteur d’un sifllet magique, qui fait aussi la pluie et le beau temps. Baker nous a raconté les amusants conlïits survenus, dans la tribu des Obbos, entre le pays et la couronne : le pays réclamait de la pluie; la couronne exigeait en retour un budget plus convenable : « Point de chèvres, point de pluie ! » La contrée au contraire était-elle noyée, le monarque déclarait que, si on ne lui donnait pas quelques centaines de paniers de blé, il y aurait des orages à perpéluilé^.
Dans toutes ces petites monarchies nègres, le comique coudoie souvent le tragique, car la race est enfantine encore et elle a la légèreté, la crédulité et en même temps l’inliumanilé de l’enfance. A Kiama, dans la vallée du Niger, le roi, venant rendre visite à Clapperton, montait un superbe cheval, était escorté d’une troupe armée de fantassins et de cavaliers, pendant qu’immédiatement auprès de sa monture couraient six belles jeunes filles tenant dans la main droite trois jave-