‹ L’évolution de la moraleChapitre 155 sur 372 · liulion,' L’Albert N’Yanz-a, p · texte numérisé non relu

liulion,' L’Albert N’Yanz-a, p

-2. Moffat, Vingt-trois ans, etc.,p. 343-345.

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propres à donner une idée de ces mœurs si curieuses, si inslructives aussi.

Le service intérieur du palais de M’iésa est fait par des jeunes femmes entièrement nues et par de jeunes pages, soigneusement drapés par compensation dans des manteaux de peaux d’antilope et auxquels il est strictement ordonné de ne pas laisser voir même leurs jambes. D’ailleurs toute faute contre le cérémonial est punie de mort. Dans de solennelles audiences, le roi reçoit des hommages, des présents et prononce aussi des arrêts toujours sans appel. Les sujets se ibnl un devoir de lui venir offrir non seulement leurs vaches, mais leurs filles, pour peu qu’elles soient jeunes et jolies. Gomme le harem royal est encombré de ces concubines, le monarque en distribue largement à ses favoris, qui ne peuvent refuser, tout embarrassés qu’ils soient quelquefois de recevoir d’un seul coup un lot d’une centaine de femmes. Les rangs du personnel féminin s’éclaircissent d’ailleurs autrement, par de quotidiennes exécutions. Chaque jour, une ou deux femmes, qui ontcessé de plaire au maître, sont traînées hors du palais et assommées par le bourreau en titre. L’une d’elles, en présence du voyageur anglais, fut condamnée à mort pour avoir eu l’audace d’olïrir au roi un fruit quelle venait de cueillir : « C’était la première fois, disait le monarque, fou de colère, qu’une femme se fût permis de lui olfrir quelque chose. »

Les hommes n’étaient pas plus épargnés que les femmes. Comme dans l’Achanti, les soldats convaincus de lâcheté étaient mis à mort, séance tenante, aussitôt l’arrêt prononce. La foule des courtisans se ruait sur le condamné; on rivalisait de zèle. Les braves étaient au contraire récompensés par des dons, qu’il fallait toujours accepter avec des transports de reconnaissance. Un officier, mécontent de son lot, s’étant permis de réclamer, fut, sur

LA MORALE SAUVAGE

l’ordre du maître, immédiatement coupé en morceaux.

Pour M’tésa, la vie de ses sujets ne comptait point. Baker lui ayant donné une carabine, le roi la remit, tout armée, à un page, en lui ordonnant « d’aller, pour l’essayer, tuer un homme dans l’autre cour ». Gela fut fait fort allègrement et ce petit incident ne sembla d’ailleurs intéresser personne; aucun des assistants n’eut la curiosité ou la hardiesse de demander sur qui l’arme avait été éprouvée. Le maître l’avait voulu ; c’était donc bien, car il n’y avait d’autre loi que sa volonté. Il pouvait, par exemple, conférer à certain de ses sujets un insigne, composé d’une couronne de feuilles de vignes, et qui donnait au porteur droit de rapt sur tous les enfants en bas âge L

Le parfait mépris des inférieurs et de ce que l’on appellera plus tard leurs droits est habituel aux monarques sauvages et n’est en aucune façon spécial aux roitelets africains. Un prince alfourou d’Amboine, à qui un voyageur avait fait cadeau d’une bouteille d’eau-de-vie, en fut tellement ravi que, pour témoigner sa reconnaissance au donateur, il ordonna à ses sujets de combattre entre eux, de s’entr’égorger afin de réjouir l’étranger par ce spectacle. A ce dernier, qui intervenait, il disait : « Ce sont mes sujets; ce ne sont que des chiens morts. J’aurais plaisir à en sacrifier un millier pour vous marquer mon estime- ».

En soi, la flatterie est malsaine, même pour les civilisés les plus intelligents ; mais quand elle s’adresse à des esprits enfantins encore et prend la forme excessive de l’adoration, l’individu qui en est l’objet n’essaye même pas d’y résister, la prend au sérieux et en arrive sans peine à se croire d’essence divine. D’autre part, la folie même du despote impressionne

1. Speke, Voyage aux sources du Nil, chap. xi, xii, xiii, xiv, passim.

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