‹ L’évolution de la moraleChapitre 156 sur 372 · Helalion de Valenlyn, in Dcmeunier (Loc. cil · texte numérisé non relu

Helalion de Valenlyn, in Dcmeunier (Loc. cil

les sujets, aussi peu intelligents que leur maître. La placidité parfaite avec laquelle il les pressure tenant pour moins que rien leurs affections, leur vie même, tout cela grave dans leur fruste cerveau l’idée d’un être surhumain, impeccable et admirable dans tous ses actes. Alors laservilité .se poétise; elle prend une teinte religieuse; non seulement on ne se permet plus de discuter les caprices du dieu couronné, on a, pour lui, une admiration fervente. A ce moment de l’évolution psychique du sentiment servile, une exaltation absurde lui donne parfois une sorte de noblesse ; on en arrive à se dévouer, à se sacrifier en l’honneur d’êtres ou nuis ou méprisables, que transfigure le prestige monarchique.

C’est seulement à la condition de tenir grand compte de cet état mental, presque pathologique, que l’on ne s’étonne pas trop des actes de démence, qui, en pays sauvage, se commettent souvent à la mort des grands ou des rois.

c. Durant la période du développement mental, que nous étudions en ce moment, on croit d’ordinaire, ettrèsfermemementnon pasàl’immortalité defâme, comme l’entendent nos métaphysiciens, mais à une survivance quelconque et plus ou moins longue après la mort. L’ombre du défunt va, pense-t-on, continuer quelque part, dans un au-delà calqué sur le pays qu’on habite, une existence analogue à l’existence terrestre. Cette survivance semble surtout indubitable pour les grands personnages; car en bien des pays, on l’a déniée aux gens de rien, à la plèbe. En conséquence, on s’arrange pour que tout potenlat, petit ou grand, arrive rians la vie future avec des provisions, des armes, des esclaves, des femmes, des serviteurs, en résumé, avec un état de maison proportionné à son importance terrestre. C’est la raison des offrandes et surtout des sacrifices funéraires, ({ui, en pays sauvage et même barbare, ensanglantent la terre, à la mort des princes.

LA MORALE SAUVAGE

Déjà, cliez les Caraïbes, lors du décès d’un chef, l’une de ses femmes était enterrée avec lui et l’on donnait la préférence à celle qui avait eu du défunt quelques enfants : c’était une attention délicate C

Aux îles Sandwich, lors de la mort du Napoléon hawaïen, Tamehameha, qui, à grand renfort de massacres, fit à son pays le triste cadeau de la civilisation européenne, ce fut une vraie débauche non seulement de sacrifices humains obligatoires, mais même de suicides et de mutilations volontaires. Pendant plusieurs années, l’anniversaire de cette mort fut célébrée par le peuple, non plus par des sacrifices importants, mais par l’avulsion d’une dent incisive ^ .

Nous avons vu que l’Afrique noire est la terre d’élection de la servilité, il est donc naturel que la folie des sacrifices funéraires à la mort des princes s’y élève au paroxysme. Je ne parle pas des menues absurdités, par exemple, de celle des Timannis, qui, par des ouvertures pratiquées dans la paroi du tombeau, offrent périodiquement aux mânes du chef décédé du vin de palme et des aliments^, ni du point d’honneur qui pousse les Dambaras de Kaarta à acheter très cher les vieilles femmes du prince défunt, fussent-elles horribles, quand son successeur s’en débarrasse en les vendant à la criée‘ ; succéder à un roi en quelque manière que ce soit, quel honneur ! C’est surtout de sang humain, que l’on est prodigue. Les grands de la Côte-d’Or, à la mort de leur prince, tuaient soit un esclave chargé d’accompagner le mort, soit une femme qui put lui faire sa cuisine.

A la mort du roi de Bénin, on creusait une grande et profonde fosse en forme de bouteille et, par l’orifice en goulot

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