‹ L’évolution de la moraleChapitre 157 sur 372 · Laing, univ. des voyages, t. XXVllI, p · texte numérisé non relu

Laing, univ. des voyages, t. XXVllI, p

4. RalTenel, Nouveau voyage au pays des Negres, t. l", p. 389.

on y jetait une foule d’esclaves, de serviteurs que l’on y laissait mourir de faim‘.

Dans l’Achanti, où la folie homicide règne à l’état endémique, on va bien plus loin. D’abord, au moment de la mort du prince, ses parents se précipitent hors de la demeure royale et tuent indifféremment tout ce qu’ils rencontrent®. Puis suivent des hécatombes d’esclaves égorgés par centaines, par milliers, sans compter ceux que l’on expédie ensuite périodiquement à titre de messagers dans l’Achanti extraterrestre, quand on veut faire quelque communication à l’ombre du monarque défunt®.

Ce ne sont encore là que des sacrifices d’esclaves, d’inférieurs, de cette plèbe infime qui en pays sauvage est comptée pour rien par les puissants. Plus singulière est la manie des suicides ou sacrifices volontaires, qu’inspire parfois la ferveur servile. Un voyageur anglais, M. Fynn, a été témoin chez les Zoulous, d’une épidémie de ce genre. Il en a fait un récit détaillé, qui perdrait à être résumé.

Notons cependant qu’il s’agissait seulement d’honorer les funérailles, non pas du roi, mais de sa mère. Soixante mille hommes environ s’étaient réunis et, pendant un jour et une nuit, remplirent l’air de bruyantes lamentations. Écoutons le narrateur : « L’après-midi, ils se rangèrent en cercle autour du roi Tchaka et chantèrent une chanson de guerre; ce fut un temps d’arrêt. La chanson terminée, Tchaka ordonna d’exécuter quelques hommes sur le lieu même et les cris redoublèrent alors de violence. A partir de ce moment, les ordres devinrent inutiles; comme si elle prenait à tâche de prouver au chef son extrême douleur, la multitude commença un massacre général; quantité de personnes reçurent

1. Voyage de Desmarchais, cité par Démeunier, t. I", p. 408 (Loc. cil ).

Page 1