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Maïulsley. Physiologie de l'espril

L’ORIGINE DES PENCHANTS MORAUX

déprave ou moralise sa postérité, comme il a été moralisé ou dépravé par ses ancêtres.

Mais la transmission de ces penchants ne se fait pas autrement que celle de quantité d’associations de mouvements, qui peuvent servir à la faire mieux comprendre.

Nous savons que, chez le nouveau-né humain, la substance grise corticale, mal organisée encore, n’est même pas reliée par des fibres aux ganglions cérébraux inférieurs et à la moelle épinière. Le nouveau-né humain est donc, selon toute vraisemblance, incapable de sensations et d’impressions conscientes, mais il exécute fort bien quantité d’actes réflexes, sériés, coordonnés, adaptés à un but : il ne voit pas encore, pourtant il sait déjà téter. Mais à quoi bon aller chercher chez le nouveau-né des exemples d’inconscientes coordinations de mouvements? Même chez l’homme adulte, la moelle épinière est un réservoir d’associations motrices, totalement indépendantes de la volonté consciente. Le plus simple de nos mouvements met en jeu des groupes de muscles, dont les contractions se combinent tout spontanément, par suite d’habitudes enregistrées dans les cellules nerveuses de notre moelle épinière. Nous serions fort empêchés, s’il nous fallait guider consciemment chacune de ces contractions, si, pour faire son devoir, chacun de nos muscles attendait un ordre spécial de la volonté.

Celle-ci, semblable à un général d’armée, se borne à lancer un ordre, laissant aux inférieurs le soin de s’entendre pour l’exécuter. Mais que, par suite d’altérations des cellules nerveuses, ces associations motrices soient troublées, comme il arrive dans l’ataxie locomotrice, dans la chorée, dans la crampe des écrivains, etc., alors l’impuissance de la volonté éclate; ses ordres sont méprisés, comme ceux d’un monarque par un peuple en insurrection : alors les antiques empreintes nerveuses sont effacées.

Mais les associations motrices intracellulaires sont, de toutes, les plus communes, les plus simples, les plus schématiques. Pour être plus relevées, plus habituellement conscientes, les associations de sensations, de sentiments, ne sont ni plus ni moins mystérieuses, et toutes se peuvent combiner entre elles. La conscience psychique, sous ce rapport, diffère peu de l’inconscience.

Si l’on caresse légèrement entre les épaules une grenouille, dont les hémisphères ont été amputés, elle coasse régulièrement, mécaniquement et inconsciemment, une seule lois, jamais plus. A première vue, ce fonctionnement automatique semble fort différent de l’activité cérébrale humaine ; au fond, il y a identité. Dans les centres nerveux de l’homme, comme dans la moelle épinière de la grenouille décapitée, il y a des empreintes enregistrées et enchaînées de telle sorte que la reviviscence de l’une détermine nécessairement le réveil des autres. Dans les deu.x cas, tout cela s’exécute fatalement. La grenouille décapitée n’en a sûrement point conscience. Mais, durant certains états somnambuliques, l’homme semble bien exécuter des séries d’actes fort compliqués sans en avoir davantage conscience. Il suffit même, pour agir en automate, d’être fortement préoccupé ou distrait. On peut alors marcher, travailler manuellement, même lire, déchiffrer de la musique, en jouer, etc., sans plus y songer que si l’on n’avait pas d’hémisphères cérébraux. Chacun de nous a été témoin ou acteur dans des scènes de ce genre. J’en trouve une vivement décrite par Diderot : « C’était un géomètre. Il s’éveille; tout en rouvrant les yeux, il se remet à la solution du problème qu’il avait entamé la veille. Il prend sa robe de chambre; il s’habille sans savoir ce qu’il fait. 11 se met à table; il prend sa règle et son compas; il trace des lignes; il écrit des équations, il combine, il calcule sans savoir ce qu’il fait. La pendule

L’ORIGINE DES PENCHANTS MORAUX

sonne, il regarde l’heure qu’il est; il se haie d’écrire plusieurs lettres qui doivent partir par la poste du jour. Ses lettres écrites, il s’habille, il sort, il va dinerrue Royale, butte Saint- Roch. La rue est embarrassée de pierres, il serpente entre ces pierres, il s’arrête court. R se rappelle que ses lettres sont restées sur sa table, ouvertes, non cachetées et non dépêchées. Il revient sur ses pas, il allume sa bougie, il cachette ses lettres, il les porte lui-même à la poste. De la poste, il regagne la rue Royale, il entre dans la maison où il se propose de dîner, il s’y trouve au milieu d’une société de philosophes, ses amis. On parle de la liberté et il soutient à cor et à cri que l’homme est libre. Je le laisse dire; mais, à la chute du jour, je le tire en un coin et je lui demande compte de ses actions. 11 ne sait rien, mais rien du tout de ce qu’il a fait, et je vois que, machine pure, simple et passive des différents motifs qui l’ont mû, loin d’avoir été libre, il n’a pas même produit un seul acte exprès de sa volonté. Il a pensé, il a senti, mais il n’a pas agi plus librement qu’un corps inerte, qu’un automate de bois, qui aurait exécuté les mêmes choses que lui. »

Résumons brièvement ce qu’il nous importe de retenir dans tout ce qui précède :

Les cellules nerveuses sont, par excellence, des appareils d’imprégnation. Chaque courant d’activité moléculaire, qui les traverse, y laisse une trace plus ou moins reviviscente. Par une réitération suffisante des actes ces traces organisent, se fixent, même se transmettent héréditairement, et à chacune d’elles correspond une tendance, un penchant, qui se manilestera à l’occasion et contribuera à constituer ce qu’on appelle le caractère.

Il faut avoir bien présente à f esprit cette vue générale, si l on veut comprendre l’origine et révolution de la morale. Mais, avant d’aller plus loin, il nous faut étudier, chez l’ani-

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mal, quelques-unes de ces innéitésjnenlales, en scruter la genèse, voir comment on les peut modifier, comment on en peut créer.

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