‹ L’évolution de la moraleChapitre 19 sur 372 · Lettres sur les animaux, p · texte numérisé non relu

Lettres sur les animaux, p

le sont dans les lieux où on ne leur tend point de pièges. »

De même Darwin raconte qu’aux îles désertes de Galapagos les animaux n’avaient de l’homme aucune crainte ; les oiseaux se perchaient volontiers sur les fusils, etc.

L’éducation imposée par l’homme à une suffisante série de générations doit produire et produit en effet exactement les mêmes phénomènes : « Si l’on met à couver, dit le D" Dae, sous la même couveuse, des œufs de canards domestiques et des œufs de canards sauvages, les canetons sortis des seconds s’efforcent, des le jour même de leur naissance, de se cacher, de gagner l’eau, s’il y a une mare, quand on essaie de les approcher; au contraire les petits, sortis des œufs de canards domestiques, manifesteront dans les mêmes circonstances peu ou point de frayeur L »

Bien plus, nos canards domestiques ont à peu près perdu f instinct du vol. Ceux de Ceylan sont plus modifiés encore au point de vue de l’instinct : ils ont oublié jusqu’à l’instinct aquatique et n’entrent plus dans l’eau, à moins qu’on ne les y force L

C’est que cette mémoire héréditaire, qu’on appelle instinct, se décolore et finit par s’évanouir quand l’exercice ne l’entretient pas. Rien de plus naturel, puisqu’elle était née de la répétition soutenue des mêmes actes. Mais, pour l’étude de la genèse de la morale, ces faits sont singulièrement importants. J’en citerai encore quelques-uns : les bases ne sauraient être trop solides.

Dans certaines parties de l’Allemagne, où les veaux ont été, pendant des centaines de générations, enlevés à leurs mères après leur naissance, on observe chez la vacbe un très notable affaiblissement de l’instinct maternel, qui, pour-

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