‹ L’évolution de la moraleChapitre 199 sur 372 · Diodore, I · texte numérisé non relu

Diodore, I

On pouvait emprunter, dit Hérodote, sur la momie de son père, mais on engageait en même temps le tombeau de la famille et, en cas de non payement, le débiteur était ainsi que ses enfants privé des honneurs delà sépulture familiale.

Faut-il croire, avec Hérodote, que le vol lui-même était réglementé en Égypte et que tout voleur devait aller déposer son butin chez un fonctionnaire, où le propriétaire le pouvait retrouver en abandonnant seulement une partie de sa valeur?

La chose est sûrement des moins vraisemblables; mais de toute cette législation il ressort cependant que l’antique Égypte mettait bien des choses au-dessus de l’argent; que, toutes brutales que fussent certaines de ses pénalités, elle avait introduit dans ses lois l’élément moral; qu’elle avait un soin très vif de la solidarité sociale.

Le Livre des mortSy les papyrus jusqu’ici déchiffrés attestent aussi des tendances vers une moralité supérieure.

On sait que le Livre des morts, dont un exemplaire se plaçait sur chaque momie, était une sorte de laissez-passer pour l’autre monde, un certificat de bonne vie et mœurs à présenter aux dieux, une police d’assurance contre les horribles tortures qui attendaient les malvivants dans l’enfer égyptien. Les formules de ce recueil nous représentent donc, non pas, certes, la morale pratique des Égyptiens, mais leur morale théorique, leurs aspirations idéales.

Or, on y lit des passages comme celui-ci : « H a donné des pains à l’affamé, de l’eau à l’altéré, une barque à qui était arrêté dans son voyage, etc. L » Ou cet autre : « Je vous connais, Seigneur de Vérité et de Justice; je vous ai apporté la vérité; j’ai détruit par vous le mensonge. Je n’ai commis

1. Revue critique, 1872 (cité par G. Maspéro, Ilist. anc. des peuples de l’Orient, p. 46).

LA MORALE BARBARE

aucune fraude envers les liommes ! .le n’ai pas tourmcnlé la veuve! Je n’ai pas nienli devant le tribunal I Je ne connais pas le mensonge ! Je n’ai pas fait exécuter à un chef de travailleur, chaque jour, plus de travaux qu’il n’en devait faire!... Je n’ai pas desservi l’esclave auprès des maîtres ! Je n’ai pas affamé ! Je n’ai pas fait pleurer ! Je n’ai point tué ! Je n’ai pas ordonné le meurtre par fraude. Je n’ai commis de fraude envers personne !... Je n’ai pas coupé un bras d’eau sur son passage ! » La morale religieuse se mêle naturellement à la morale civile et, continuant l’énumération des mauvaises actions qu’il n’a pas faites, le défunt ajoute: a Je n’ai pas chassé les bestiaux sacrés sur leurs herbages! Je n’ai pas pris au filet les oiseaux divins! Je n’ai pas pêché les poissons sacrés dans leurs étangs!... Je suis pur! Je suis pur! Je suis pur* ! » Dans un autre papyrus, c’est le gouverneur d’un district, d’un nome, qui rend compte de sa conduite : « Jamais petit enfant ne fut affligé par moi, jamais veuve maltraitée par moi, jamais je n’ai repoussé le laboureur; jamais je n’ai empêché le pasteur. Jamais n’exista commandant de cinq hommes, dontj’aie réquisitionné les hommes pour mes travaux... J’ai donné également à la veuve et à la femme mariée et je n’ai pas préféré le grand au petit dans ce que j’ai donné”. »

Presque toujours, cette morale religieuse est négative ; elle prescrit bien plus l’abstention que l’action. Pourtant il n’en estpas partout ainsi. Les conseils suivants, par exemple, sont de morale active et, ce qui est plus remarquable encore, ils recommandent de bien traiter les femmes : « Aime ta femme sans querelles; nourris-la, pare-la, c’est le luxe de ses membres. Parfume-la; réjouis-la, le temps que tu vis; c’est

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