Maspéro, Du genre épistolaire, p
LA MORALE BARBARE
tique par essence, car à ce moment de l’évolution sociale l’homme n’a pas encore l’idée de la liberté individuelle, le monarque égyptien avait pourtant des visées humanitaires. « Point d’affamé sous moi, dit jimenemhat; point d’altéré sous moi j!»
Le même empereur, devenu vieux, recommande à son fils d’être bon prince : « Ne t’isole pas au milieu de tes sujets... Ne fais pas ton frère du riche et du noble »
Sans doute le rôle principal du monarque égyptien est toujours de guerroyer et de guerroyer victorieusement avec le secours d’en haut; il est le bras d’Ammon: «Je suis venu (Ammon); je t’accorde d’écraser les princes de Tsabi... Je t’accorde d’écraser les barbares d’Asie ^ » Néanmoins les rois d’Egypte ne sont plus des brutes sanguinaires, comme l’étaient les despotes d’Assyrie, qui se faisaient un jeu d’incendier et de raser les villes, d’empaler et d’écorcher les rebelles, de couper les poignets aux prisonniers, etc. Écoutons l’un de ces tigres couronnés; « J’en tuai un sur deux... Je construisis un mur devant les grandes portes de la ville; je fis écorcher les chefs de la révolte et je recouvris le mur avec leur peau. Quelques-uns furent murés vifs dans la maçonnerie, quelques autres crucifiés ou empalés, le long du mur\ »
Le niveau moral de l’ancienne Égypte élait évidemment supérieur à celui d’un pays où le roi pouvait se glorifier de ces actes de bête fauve en délire. A vrai dire, l’Égypte a réalisé l’idéal de la monarchie barbare et théocratique. On y était dur, mais avec bonté, parce qu’il faut bien conduire les hommes, parce que le roi et les prêtres ont des lumières spé-