G. Maspéro, loc. cit., p
cialcs, parce qu’ils sont les ministres des dieux, de qui tout relève : le tout à bonne intention.
L’antique Egypte n’existait plus depuis des siècles, quand naquit, surles hauts plateaux des Alpes américaines, l’empire des Incas ; il est donc absolument sûr que le second n’a pu copier la première. Pourtant, dans l’organisation générale et même dans certains traits particuliers de leur législation et de leur morale, les deux États se ressemblent. Notons en outre que, tout en étant toutes les deux dans la zone chaude, les deux contrées différent extrêmement. L’Égypte est une vallée à demi noyée, presque au niveau de la mer; le Pérou, comme le Mexique, est à une énorme altitude et l’on sait quelle profonde inlluence exerce sur l’activité des hommes et des animaux la raréfaction de l’atmosphère des montagnes. Pvien de plus différent en outre que les races de l’Amérique centrale et celles qui ont peuplé la vallée du Nil.
Toutes ces conditions, généralement considérées comme primordiales, étaient dissemblables dans les deux pays et pourtant elles n’ont pas empêché la formation de deux sociétés, qui, sur bien des points, ont l’air d’avoir été calquées l’une sur l’autre :
Dans les deux royaumes le monarque était un personnage divin; dans les deux pays il épousait sa sœur.
Dans les deux pays une importante portion du territoire arable était consacrée à son entretien et à celui de sa cour.
Dans les deux pays, une autre portion du territoire appartenait à la caste sacerdotale et était exempte d’impôts.
Dans les deux pays le peuple travaillait pour tout le monde et le travail était obligatoire.
Dans les deux pays, les entants étaient contraints d embrasser la profession de leur père.
L’assistance mutuelle était légalement obligatoire au Pérou ; elle l’était moralement en Egypte.
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I>i» (/fraudes /uouarehies harhare» de l’Asie, que uous iuUfrroj/ferou» A leur t«uir, uou» rèpoudrout dau» le inhina seu».
Tou» ee» Ivtat» /uonarehique» out ètè les ((lande» è^o>le» iu«>ral«'» de rhuujauitèpri/uitive, l/;ur iuflueuee aètèènonue et leur» moyeu» «ra«;liou fort simples, Sdrerneut iis outa/^;ru le capital uioral du (/eure humaiu, sp/odalemeut les s^futimeut» de solidarité, aussi CÀtux de resp^o;t pour le |>ouvoir, pour le souveraiti et la loi, qui an èmaue. Mais, dau# cea Kociétès ou u’a (fuére l'ait, au moins pendant bien longt«;mps, «jue conserver, prèciMO' et rendre ohligal/u're» les quelques notions de (uorale pratique, qui s’étaient déjà spontanéouint «légagéesde la vie c^unmune au scindes hordes et tribus animahîset sauvages. Avautlal'ondation de ces primitif» empires, il u’y avait guère eu de direction morale. Sans doute l’opinion publique condamnait ou approuvait certains actes, mais, dans la pratique, les individus pouvaient le plus souvent commettre les actes blâmés, à leurs risques, sans encourir de cbâtimerit social ; ils bravaient seulement «les vengeances particulières.
Dans les grands Etats centralisés, récemment sortis de la sauvagerie, comme ceux du Mexique ou du Pérou, tout cela change. Certaines prescriptions morales deviennent obligatoires et le droit de vengeance est totalement ôté aux particuliers. Toujours aussi le châtiment légal est terrible ; la peine capitale est prodiguée sans mesure. Par suite, une incessante sélection s’opère dans la société et sur une grande masse d’hommes ; en outre une salutaire terreur aide à graver dans les consciences rebelles les préceptes moraux admis par les maîtres et qui ne se discutent pas, ' d’autant moins qu’à ce moment de l’évolution sociale, les rois terrestres se prétendent les représentants, les émanations des rois du ciel, des dieux, et qu’une caste sacerdotale, puissante et privilégiée , fait cause commune avec le monarque. L’autel soutient le trône ; il s’empare de l’homme intérieur, tandis que la caste aristocratique et guerrière menace et au besoin supprime l’homme extérieur.
C’est ce joug terrible, qui peu à peu est venu à bout des sauvages penchants légués à l’homme par l’animalité d’où il était sorti. Au Pérou, surtout au Mexique, nous voyons ce despotisme primitif travailler à dompter et à transformer des races sauvages, ayant encore des instincts d’animaux de proie. Si la civilisation mexicaine fut plus sanguinaire que celle du Pérou, c’est qu’il faut compter avec le caractère des races à assouplir. Or, les Indiens de l’Amérique du Sud étaient et sont encore d’humeur relativement docile. Les Aztèques au contraire, qui semblent bien avoir été des émigrants peaux-rouges, étaient d’une trempe bien moins malléable; la sauvagerie était plus profondément incarnée en eux et elle ne pouvait s’évanouir instantanément : le tigre est partout moins facile à domestiquer que le chien.
Dans ces monarchies barbares, les gouvernants accomplirent leur œuvre, brutalement, en brisant tout ce qui ré-
LA MORALE BARBARE
sistail. Sous ce rapport, le gouvernement péruvien, humanitaire à sa manière, procède comme celui du Mexique et le gouvernement égyptien, bien plus éclairé pourtant, ne tolère pas non plus la résistance.
Essentiellement, cette éducation brutale, imposée à leurs sujets par les premiers fondateurs d’empires, ne diffère pas de celle à laquelle on soumet le chien, le faucon, et tous les animaux dont on veut modifier les penchants naturels par le dressage, mais elle est généralement plus dure. Son principal moyen d’action est la terreur ; le châtiment est prodigué, la récompense rare, l'autorité toujours prête à frapper. Dans leur écriture hyéroglyphique, les Égyptiens symbolisaient la puissance par un fouet h
Cet abus de la force, toute cette cruauté légale étaient peut-être indispensables ; c’étaient dans tous les cas des moyens d’action dictés par les conditions et la composition des premières sociétés : la sauvagerie venait à peine d’ètre refoulée; maîtres et sujets en gardaient le caractère.
Les gouvernants des monarchies barbares ont la prétention de tout savoir, de tout conduire; leur direction inquisitoriale règle tout, s’occupe de tout; mais, c’est que faire des civilisés avec des sauvages n’est pas une facile besogne. Ulloa et Charlevoix nous ont renseigné sur la peine que les jésuites eurent à fonder leur petit Pérou ou Paraguay: « L’imprévoyance des Indiens était inouïe. Si les jésuites leur confiaient le soin des bœufs à l’aide desquels ils labouraient, leur insouciance indolente leur faisait abandonner ces animaux attelés à la charrue jusqu’au soir. Souvent même ils les dépeçaient pour leur souper et les cuisaient avec le bois de la charrue. Quand on leur adressait des reproches, ils s’excusaient en disant qu’ils avaient faim. Les missionnaires