Première messénique
Letourneau. — L’évolution de la morale. 22
patrie était tout : « Elle a, dit Platon, plus de droits que les parents : elle est aussi notre mère; elle est immortelle; c’est une divinité E » — « Dans l’ordre de la nature, la cité existe avant chaque individu®; il faut, dit Aristote, l’ouvrir modérément aux étrangers; elle ne doit pas devenir un marché public ^ »
Dans la Rome primitive aussi, nombre de traits, histol’iques ou légendaires, attestent une sorte de frénésie patriotique. Ce patriotisme violent réglait toute la morale: ainsi la piraterie, et quantité de violences n’étaient criminelles que vis-à-vis des concitoyens. La guerre et ragriculture, voilà, croyait-on, les seules occupations dignes d’un citoyen.
Dans l’antiquité primitive, il n’y avait pas de morale avec l’ennemi. Dans l’Iliade, le vaincu, même suppliant, n’est guère épargné et il est grossièrement insulté. Quant aux femmes non égorgées, elles devenaient esclaves à tout faire.
Jadis, en Macédoine, dit Aristote, une loi obligeait tout soldat, n’ayant pas tué d’ennemi, à porter un licou autour de la tête^. « L’art de la guerre, dit le même écrivain, est un moyen naturel d’acquérir ; la chasse n’en est qu’une parties » Les captifs sont, pour lui, une sorte de gibier.
De ces mœurs, combinées avec la pratique pieuse des sacrifices funéraires, naquirent les jeux du cirque, originaires de l’Étrurie. Deux fils, du nom de Brutus, en l’an 20-4 avant Jésus-Christ, obligèrent trois paires d’esclaves à combattre aux funérailles de leur père ® . L’innovation eut l’énorme succès que l’on sait; elle répondait bien à la férocité géné-