Ménard, ;l/oraIe avant les philosophes, 20i
LA MORALE BARBARE
à-vin, tête de chien, cœur de biche ». Au point de vue de la criminalité, nous l’avons vu, Dracon considère l’ivresse comme une circonstance aggravante. A Rome, boire du vin était pour une femme un crime capital. Notons, en passant, que cette moralité sévère vint à peu près à bout du penchant à l’ivrognerie : « Les lois utiles, dit Platon, font les bons citoyens. »
A Athènes, le travail fut imposé, la propriété individuelle limitée par les lois de Solon. Déjà, dans la Grèce homérique, pour être propriétaire d’un champ, il ne suffisait pas de l’enclore, quoique les clôtures fussent sous la protection de Jupiter, de Zens hercéen il fallait le cultiver; la
récolte était à qui l’avait semée. Solon notait d’infamie quiconque avait été, trois fois, convaincu d’oisiveté L On contenait la liberté individuelle; des magistrats spéciaux, nommés exégètes en Grèce, censeurs à Rome, surveillaient les mœurs privées, les mauvaises actions que ne punissent pas les lois; mais leur incommode fonction fut abolie, à Rome, dès le II® siècle ^
Des conceptions mythologiques spéciales attestent aussi la formation d’un sens moral développé : dans l’imagination grecque les remords sont extériorés et deviennent les Euménides ; « Quand un homme a commis le crime, quand il dérobe aux yeux ses mains sanglantes, nous paraissons bientôt, justes vengeresses des morts L » A Athènes, comme en Chine, la pitié avait été déifiée; elle avait un autel sur l’agora L Les serments étaient sous la garde des sévères Euménides; pourtant on ne les confondait pas avec la justice. « Les serments, dit Minerve dans les Euménides d’Es-