‹ L’évolution de la moraleChapitre 30 sur 372 · Franklin, Vie des animau.v Mammifères, p · texte numérisé non relu

Franklin, Vie des animau.v Mammifères, p

“2. Ibid. p. 155.

L’ORIGINE DES PENCHANTS MORAUX

présence d’une autre poule, à laquelle ne les liait aucune dette de reconnaissance, ils hésitèrent beaucoup à l’attaquer, paralysés qu’ils étaient par le conflit entre leur instinct sanguinaire et l’habitude acquise*. Chez les animaux comme chez les hommes, il arrive souvent qu’on se hait moins quand on se connaît mieux.

Dans les pampas de l’Amérique du Sud, nous dit P. Mantegazza, c’est en faisant allaiter de jeunes chiens par des brebis que l’on forme des chiens de berger attachés cà leur troupeau. Cependant, par surcroît de précaution, on les soumet à la castration afin qu’aucune passion perturbatrice ne les vienne distraire de leur devoir

Ces tendances artificielles, si variées, que l’homme sait créer de toutes pièces chez le chien, peuvent aussi se former d’elles-mêmes par le seul fait des circonstances, et il en peut résulter un instinct héréditairement transmissible, par conséquent tout à fait analogue aux penchants, dont la genèse est j inconnue, et que l’on nomme instincts naturels.

On a vu, par exemple, l’horreur des bouchers se léguer héréditairement dans une famille de chiens, tout à fait comme les terreurs instinctives, dont nous avons cité des exemples A ce propos, une circonstance est à noter, c’est que, chez le chien du moins, les sentiments de sympathie ou j d’antipathie, basés sur le souvenir de quelque aventure per- , sonnelle, ont facilement pour objet tout un groupe d’hommes exerçant la même profession ou ayant le même uniforme. L’animal ne particularise pas: il aime ou hait en bloc toute une catégorie d’individus. Nous avons parlé d’un chien qui haïssait les bouchers. Franklin nous raconte l’histoire d’un i petit épagneul, appelé Peeler, qui, sauvé par un policeman

I 1. Romanes, Évolution de la morale, etc., p. 228. j 2. P. Mantegazza, Rio de la Plata, etc., p. 297.

j 3. Romanes, /6îrf., p. 184.

Letourneau. — L’évolution de la morale.

des dents d’un terre-neuve, voua un culte à tous les policemen de Londres sans distinction*.

Mais c’est là un lait humain au premier chef. Pour des motifs tout aussi personnels, quantité de nos contemporains aiment ou haïssent tel ou tel peuple, telle ou telle classe ou catégorie sociale. H y a quelques années, dans une ville du midi del’Ilalie, un individu poignarda un malheureux soldat qu’il ne connaissait pas, pour tirer vengeance d’une offense que lui avait faite un autre soldatL En traitant plus tard de la moralité des Australiens, nous aurons à citer des faits du même genre, fort curieux au point de vue de l’évolution de la morale. Pour le moment, nous nous bornerons à constater en passant que des sentiments identiques, aussi absurdes que puissants, peuvent naître chez le chien, chez l’Australien, chez l’Européen dit civilisé, et cela pour une raison des plus simples, la parité fondamentale des centres nerveux conscients, l’aptitude des cellules corticales des hémisphères cérébraux à percevoir et à garder des empreintes analogues.

J'ai essayé de montrer comment, par une éducation convenable, on peut émousser ou développer les instincts des "animaux, comment on peut doter ces animaux d’instincts nouveaux qui deviennent héréditaires, comment ces penchants dits artificiels, mais qui sont simplement plus récents que les penchants dits naturels, entrent parfois en conllit avec ces derniers. Avant de quitter ce sujet, j’y veux revenir en citant encore quelques-uns de ces faits tout à fait démonstratifs où l’on voit aux prises, dans la conscience de l’animal, ce qu’on peut appeler la morale primitive et la morale acquise.

Aux Indes, il arrive parfois que des éléphants apprivoisés

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