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M. Block, Europe polilique et sociale, p

LA MORALE INDUSTRIELLE OU MERCANTILE

suicida, quand il vit son patrimoine réduit à trois millions. Toujours aussi il a existé des classes sacrifiées, astreintes à un travail servile et s’acquittant, seules, de la grosse besogne sociale. En tout pays le sort des esclaves et des serfs a été dur, parfois affreux. Celui des salariés d’aujourd’hui, qui ont remplacé les serfs d’hier, est-il préférable? Au point de vue moral et politique, assurément. En droit, ils sont libres; ils n’ont plus à redouter les atroces violences qu’ont eu à subir les classes serviles d’autrefois. Mais l’argent règne et gouverne. Quiconque en est dépourvu est, de manière ou d’autre, à la merci des mieux nantis : pour le pauvre, la civilisation n’a pas de jouissances ; son esprit ne sera point cultivé, car le droit à l’instruction est nul, pour qui n’a pas le loisir d’en profiter; son corps sera plus ou moins épuisé. On ne cesse de louer la moralité, la dignité du travail, oui sans doute, du travail spontané, libre, donnant un convenable essor à l’activité physique et intellectuelle de l’homme, mais le labeur de la bête de somme, celui qui absorbe toute la force vive et atrophie forcément le corps, le cœur et l’espril, celui-là n’est pas une bénédiction. Or, c’est ce travail que noire civilisation impose déplus en plus aux classes salariées, et il a sur notre moralité et notre vitalité de lamentables effets, que met en lumière la démographie.

C’est de 18i5 environ que date, en Europe, la fondation et la rapide extension de la grande industrie. Les causes en lurent l’invention des machines à filer et à tisser, surtout des machines à vapeur et l’emploi de la houille en métallurgieL C’était là des progrès, en eux-mêmes bienfaisants; mais les découvertes valent par l’usage que l’on en fait. Celles-ci donnèrent au salariat une énorme extension. Des populations entières se groupèrent dans les usines et se con-

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