Moerenhout, Voyage aux îles, etc., t. I", p
pieuse sollicitude, on lui donne pour escorte des leinines, des parents, égorgés sur sa tombe. Chez tous les peuples sauvages, chez nombre de peuples barbares, cette croyance à la survivance de l’ombre ou de Fàme a fait verser des torrents de sang. Précédemment, j’ai cité à ce sujet des exemples frappants ; je n’y insiste donc pas en ce moment.
Chez certains peuples sauvages, une vague idée de récompense ou de châtiment linit par s’associer à la croyance à une vie future. Le paradis des Peaux-Rouges était une vaste prairie, où régnait un printemps perpétuel et où errait une multitude de buflles, de chevreuils, dont la chair était exquise. Dans ce paradis, les premières places étaient dévolues aux plus adroits chasseurs, aux meilleurs guerriers, à ceux qui avaient scalpé le plus d’ennemis. Les ombres des aulres allaient, après la mort, dans un désert glacé du Nord, où elles souffraient de la faim et de la soif L De même les bons Esquimaux, c’est-à-dire les habiles chasseurs de veaux marins, ceux qui ont bravé de grands périls, les noyés, les femmes mortes en couches, vont, après la mort dans un délicieux monde inférieur où luit un soleil perpétuel, où des veaux marins, des poissons, des oiseaux aquatiques nagent dans des eaux limpides et se laissent éprendre complaisamment ^ Les mauvais Esquimaux, au contraire, passent dans un monde supérieur où l’on souffre constamment de la faim et de la soif.
Dans l’ancien Pérou, où l’organisation sociale reposait sur le travail obligatoire, la vie future avait naturellement réflété la vie terrestre ; les bons Péruviens goûtaient dans l'autre
1 . Domenecli, Voyage pitlorresque, p. 585. — Cliarlevoix, Nouvelle France, liv. III.