Scliopenhauer, Fondement de la morale, p
sauf celle que prêchèrent les stoïques et que le christianisme s’assimila avec tant d’empressement.
Au total, la morale gréco-romaine, avec ses qualités et ses imperfections, était laïque et surtout civique. Le christianisme vint et changea totalement le but de l’éthique. La vie terrestre fut considérée dès lors, comme un passage, un exil; c’était dans la Jérusalem céleste qu’il s’agissait d’arriver. Pour cela, il faut obéir aux ordres réputés divins, quel qu’en puisse être le résultat en ce bas monde. Le grand devoir est d’aimer Dieu et de lui obéir; le grand écueil est le péché. Ce péché d’ailleurs, saint Augustin l’affirme, on ne l’évite que, s’il plaît à la divinité, par le secours de la grâce
Pour les philosophes anciens, la mort était une dure nécessité, l’effet d’une loi; pour les catholiques, elle devint la conséquence du péché et un objet d’épouvante, car, après elle, l’âme avait mille chances de s’engloutir sous les vagues du feu infernal; les réprouvés y brûleront éternellement et, selon saint Grégoire, le spectacle de leurs tortures réjouira les élus L
Cette terreur des supplices infernaux fut, on le sait, le grand moyen dont se servit le christianisme pour inculquer sa morale; il n’en est guère de plus efficaces pour des croyants ; il en est certainement de plus nobles.
On a observé avec raison que les vertus antiques étaient masculines; c’étaient le courage, la magnanimité, surtout le patriotisme. Tout l’effort chrétien tendit au contraire à féminiser les caractères en s’adressant non plus au raisonnement, mais à l’émotivité, en glorifiant l’humilité, la douceur, l’amour divin, la chasteté, la foi. La foi surtout, la foi aveugle devint le premier des devoirs : Credo quia absurdum.
1. De perfect. justitia. Degrat. el liber, arbilrio (Voy. E. Véron, Lamorale, p. 53.)