Lecky, loc. cil., t. II, p
L’idéal des anciens était principalement civique et patriotique ; l’idéal chrétien fut ascétique. Pour le sectateur de Jésus, la patrie terrestre était peu de chose et les chrétiens enrôlés refusaient parfois le service militaire, même au prix du martyre.
L’abstinence, le renoncement, les macérations furent, par excellence, les moyens d’arriver à la sainteté. 11 fallait, si possible, être moine, à tout le moins régler sa vie d’après l’idéal monastique, mener une existence machinale et ne point penser : « Un religieux, dit la règle des augustins, doit se laisser guider, comme une bête de somme, par la courroie de l’obéissance, etc. » Le monachisme prit d’énormes proportions: saint Pacôme gouvernait sept mille cénobites; du temps de saint Jérôme il y eut des réunions de cinquante mille moines. — Le corps étant profondément méprisable, était négligeable; la saleté devint agréable à Dieu : saint Antoine ne s’était jamais lavé les pieds ; saint Ammon ne s’était jamais vu entièrement nu; Silvia, belle vierge de seize ans, ne s’était jamais lavé que les doigts, etc. L Paula et Melania, dont la conscience était dirigée par saint Jérôme, croyaient « que les bains salissent^ ».
Le détachement ascétique des Hindous fut imité, mais de beaucoup dépassé. Sainte Mélanie, ayant perdu son mari et ses deux fils, s’agenouille et remercie le Seigneur, qu’elle pourra dorénavant servir plus à l’aise U II est beau d’oublier sa mère, d’abandonner ses enfants pour se consacrer à la vie ascétique. Evagrius brûla sans les lire les lettres de ses parents, qu’il n’avait pas vus depuis très longtemps *.
Saint Grégoire raconte qu’un jeune moine, ne parvenant