‹ L’évolution de la moraleChapitre 348 sur 372 · DIX-NEUVIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIÈME LEÇON

La mélaphysique est une religion atténuée. — Morale de dilellanti.

I. La morale métaphysique dans l’antiquité. — Point de départ de la morale métaphysique. — Le platonisme. — Le néoplatonisme. — La morale aristotélicienne. — La morale stoïcienne. — Ses analogies avec la morale chrétienne. — La fierté stoïcienne. — Passivité de la morale stoïcienne. — Sa délicatesse. — Le stoïcisme, dernier reflet de la primitive énergie, n. La morale des métaphysiciens modernes. — Son dédain de l’expérience.

— Sa critique par Schopenhauer. — Morale kantienne, a priori. — L’idée du devoir d’après Kant. — Faire le bien sans plaisir. — Critique de Schiller.

— Grande règle morale de Kant. — L’immatériel et le néant. — Morale métaphysique et morale théologique. — • Le moi selon Jouflroy. — L’obligation morale, fait primitif selon Gérusez. — Sentence de J. Bentham. — Montaigne et la métaphysique. — La morale scientifique.

Après la morale de la religion vient tout nalurellemenl la morale de la métaphysique, religion alténuée.

Pendant une période, sûrement millénaire, l’homme primitif ou peu développé a vécu mentalement de conceptions animiques; il a peuplé le monde extérieur de créations mythiques, simples reflets de sa mentalité d’enfant. Ces êtres de fantaisie comblaient, pour lui, l’immense inconnu de l’univers; et, quand le problème moral se posa devant sa conscience, il en demanda naturellement la solution aux dieux qu’il avait créés. Ce furent eux, qui, par la bouche de leurs prêtres, formulèrent les règles de la morale, et ce sous

l’orme de commandements impérieux; car les dieux ou leurs prophètes et émanations étaient censés posséder l’omnipotence en môme temps que l’omniscience. La sanction de la morale fut, en dehors des pénalités terrestres, placée dans l’autre monde; car, à ce moment de son évolution, l’homme croit fermement à une existence post-mortem et en outre, comme il a des besoins de justice, fort mal satisfaits sur la terre, l’au-delà devient pour lui un refuge, un réconfort, qui lui fait prendre en patience le malheur de son existence terrestre : il se cramponne à cette idée d’une vie autre et meilleure; c’est pour l’apaisement de sa conscience une compensation nécessaire.

Mais à mesure que la raison s’élargit et que la science se fonde, le grossier anthropomorphisme des premiers âges devient de plus en plus difficile à admettre. Alors les métaphysiciens apparaissent; laissant à la croyance du vulgaire les dieux animiques, aux formes précises, ils subtilisent et en arrivent à diviniser de pures abstractions. Les premiers dieux avaient l’avantage d’être conçus comme des personnes, des êtres de chair et de sang. Une fois leur existence admise, tout le reste s’ensuivait logiquement et naturellement. Au contraire, les conceptions métaphysiques sont exsangues ; non seulement on ne peut plus les aimer ou les haïr; on ne peut même plus les concevoir. Ce sont des dieux annihilés, dilués, parfaitement inintelligibles; mais, pour les esprits courts et les caractères faibles, ils servent à masquer le réel, (ju’on n’ose pas regarder en face, et à ne pas rompre avec le passé : la morale métaphysique est donc simplement l’ombre delà morale religieuse, sur laquelle elle s’est modelée et elle est loin d’avoir eu l’énorme influence de cette dernière. Le gros bon sens n’y mord point : c’est une morale de cUletlanti.

Il ne saurait entrer dans le plan de ce cours de faire en détail l’histoire de la morale métaphysique. Mon unique but

est de ])ien montrer que cette morale est totalement dépourvue de substance et que la méthode métaphysique est, plus encore que la méthode théologique, impuissante à résoudre le problème de l’éthique.

Pour cela, j’ai à examiner succinctement la morale métaphysique des anciens et celle des métaphysiciens modernes.

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